Scrutin n° 1817 du 14/06/2023
Sur l'amendement n° 967 de M. Mournet après l'article 2 de la proposition de loi visant à améliorer l'accès aux soins par l'engagement territorial des professionnels (première lecture).
- Dossier
- Améliorer l'accès aux soins par l'engagement territorial des professionnels (relié par : amendement)
- Demandé par
- Présidente du groupe "Renaissance"
- Objet
- amendement
- Source
- assemblee-nationale.fr
Amendement n° 967 · Article 2
De Benoit Mournet (RE) , déposé le 09/06/2023. Sort : Rejeté. Fiche de l'amendement · sur le proposition de loi proposition de loi sur la proposition de loi, après engagement de la...
Dispositif
Après l’article L. 4131‑1‑1 du code de la santé publique, il est inséré un article L. 4131‑1‑2 ainsi rédigé :
« Art. L. 4131‑1‑2. – Les usagers du système de santé bénéficient d’un accès équitable aux médecins généralistes et spécialistes sur l’ensemble du territoire national. L’installation d’un médecin est en conséquence subordonnée à une autorisation délivrée par le conseil de l’ordre des médecins, après avis du conseil territorial de santé, dans des conditions déterminées par décret.
« Le conseil de l’ordre des médecins s’appuie sur les indicateurs territoriaux de l’offre de soins. »
Exposé sommaire
Au 1er janvier 2022, on comptait en France 229 000 médecins généralistes et spécialistes. Selon les projections de la DREES (mars 2021), les effectifs de médecins devraient stagner jusqu’en 2030. La densité au niveau national s’élève à 338 médecins pour 100 000 habitants en 2022. La densité moyenne des médecins généralistes est de 149 pour 100 000 habitants (dont 57 % de libéraux), et 192 pour 100 000 habitants pour les médecins spécialistes (dont 33 % de libéraux). Cependant des disparités territoriales existent :
- pour les médecins généralistes, l’écart va de 89 à 272 généralistes pour 100 000 habitants en métropole, et de 50 à 170 dans les territoires d’outre-mer ;
- pour les médecins spécialistes, l’écart va de 74 à 648 pour 100 000 habitants en métropole, et de 39 à 181 dans les territoires d’outre-mer.
(Source INSEE 2023, professionnels de santé au 1er janvier 2022 : comparaisons départementales).
Comme l’indique l’exposé des motifs de la proposition de loi, « ces inégalités sont particulièrement marquées chez les médecins spécialistes. 25 % des médecins spécialistes couvrent 5 % du territoire ; une quarantaine de départements sont aujourd’hui sous le seuil critique de 40 spécialistes pour 100 000 habitants. Parmi les spécialités les plus touchées, on trouve la gynécologie et la pédiatrie : 23,6 % des femmes vivent dans un désert médical gynécologique et 27,5 % des enfants vivent dans un désert médical pédiatrique. »
Selon une enquête publiée par l’INSEE en 2017, la faible densité médicale d’un territoire multiplie par huit les risques de renoncement aux soins par les personnes les plus précaires, lesquelles ont déjà trois fois plus de chance d’y renoncer du fait de leur situation patrimoniale.
Plusieurs mesures positives ont d’ores et déjà été prises pour enrayer le phénomène de désertification médicalepar des incitations à l’installation et par une politique de libération du temps médical :
- augmentation des places en institut de formation en soins infirmiers (+1.300 places) et en institut de formation d’aide-soignant (+ 3.600 places) ; 650 millions d’euros investis en 2021 afin d’améliorer le fonctionnement des services hospitaliers et 125 millions d’euros pour le secteur médico-social ; renforcement de 250 structures de prise en charge des publics précaires dans tous les territoires ;
- suppression du numerus clausus et création d’un projet territorial de développement des CPTS (loi OTSS de 2019) ;
- création du Service d’Accès aux Soins (SAS) ; élargissement des compétences des sage- femmes et de plusieurs autres professionnels de santé ; infirmiers de pratiques avancés
(lois « Rist ») :
- développement du télé-soin et programmation d’investissements pluriannuels massifs dans l’hôpital public (LFSS) ;
- renforcement de la place du numérique dans la pratique quotidienne des médecins (en particulier dans le cadre des relations avec l’assurance maladie) ainsi que réduire les canaux informationnels à disposition des médecins (afin de permettre une information centralisée et communiquée plus rapidement) et mise en place d’assistants médicaux (le recours à un assistant permet une augmentation moyenne de la patientèle de l’ordre de 10 %) ;
- aides à l’installation des jeunes médecins déployés à la fois par l’Assurance maladie, l’État et les collectivités territoriales. Par exemple, le contrat d’aide à l’installation des médecins (CAIM) permet aux professionnels de percevoir jusqu’à 50.000 euros sur la base d’un zonage ARS.
Chaque agence régionale de santé (ARS) dispose en effet d’une compétence lui permettant de définir des « zones sous-denses » en médecins, elles-mêmes réparties en zones d’action complémentaire (ZAC – là où la densité médicale est faible) et en zones d’intervention prioritaire (ZIP – là où la densité médicale est la plus faible).
Cependant ces incitations financières à l’installation tout comme les mesures fiscales peuvent aussi générer des effets de bord non souhaités. Par exemple, les zones de revitalisation rurale ouvrant droit à une exonération de cinq ans de l’impôt sur le revenu peuvent désinciter à l’installation dans des villes de centre bourg.
L’ensemble de ces mesures sont nécessaires et utiles mais force est de constater qu’elles ne suffisent pas aujourd’hui pour atteindre l’objectif d’un accès équitable aux professionnels de santé.
Après avoir interrogé des usagers, des professionnels de santé de ville et hospitaliers, des fonctionnaires experts, des responsables ordinaux ainsi que des responsables de CPTS, et pris connaissance des trois rapports infra[1], une meilleure régulation apparaît comme une perspective nécessaire, même si elle n’est pas aujourd’hui acceptée par une partie des professionnels médicaux.
Il ne s’agit nullement de stigmatiser les professionnels de santé mais bien de se fonder sur les besoins et attentes des usagers.
Aussi, cet amendement vise à instaurer un nouveau mode d’autorisation d’installation pour les médecins. L’autorisation pour un médecin de s’installer dans un territoire devra être délivrée par le conseil de l’ordre des médecins du territoire correspondant, après l’avis du conseil territorial de santé en s’appuyant sur les indicateurs territoriaux de l’offre de soins définis à l’article précédent.
Selon une étude réalisée en juin 2022 par l’institution ViaVoice pour le média « Essentiel Santé Magazine », près d’un tiers des Français (31 %) déclarent avoir déjà renoncé à aller voir un médecin généraliste alors qu’ils en avaient besoin.
Parmi eux, 18 % déclarent avoir dû y renoncer « plusieurs fois ». Ce chiffre est encore plus significatif concernant les consultations chez un spécialiste. 42 % des Français indiquent qu’ils ont dû renoncer à un rendez-vous chez un médecin spécialiste, et 25 % « plusieurs fois ».
S’agissant des motifs de renoncement à un rendez-vous médical, 30 % des personnes interrogées ont évoqué des délais trop longs dans la prise de rendez-vous, et 30 % l’impossibilité pure et simple de trouver un médecin disponible.
75 % estiment qu’il n’y a « pas de réelle égalité » entre les Français en termes d’accès aux soins, et 67 % considèrent vivre dans un désert médical. 84 % estiment que la lutte contre les déserts médicaux est un enjeu « important voire prioritaire ».
[1] - France stratégie, Les dispositifs juridiques d’organisation des professions de santé et leur évolution (hors cadre hospitalier), Document de travail, février 2023 ;
- Cour des comptes, Rapport sur l’application des lois de financement de la sécurité sociale, 2017 ;
- Drees, Remédier aux pénuries de médecins dans certaines zones géographiques, décembre 2021
Vote par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Membres | Pour | Contre | Abst. | Non-votants |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Renaissance | contre | 171 | 4 | 90 | 0 | 0 |
| Rassemblement National | contre | 88 | 0 | 38 | 0 | 0 |
| La France insoumise - Nouvelle Union Populaire écologique et sociale | contre | 75 | 0 | 46 | 0 | 0 |
| Les Républicains | contre | 62 | 3 | 10 | 2 | 0 |
| Démocrate (MoDem et Indépendants) | contre | 51 | 3 | 8 | 2 | 0 |
| Socialistes et apparentés (membre de l’intergroupe NUPES) | pour | 31 | 1 | 1 | 0 | 0 |
| Horizons et apparentés | contre | 29 | 5 | 13 | 1 | 1 |
| Écologiste - NUPES | pour | 23 | 2 | 1 | 0 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine - NUPES | pour | 22 | 2 | 0 | 0 | 0 |
| Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires | pour | 21 | 4 | 0 | 2 | 0 |
| Non inscrit | contre | 4 | 0 | 1 | 0 | 0 |
Votants
pour (24)
Géraldine Bannier Dem, Mickaël Cosson Dem, Éric Martineau Dem, Sandra Regol Ecolo - NUPES, Nicolas Thierry Ecolo - NUPES, Karine Lebon GDR - NUPES*, Yannick Monnet GDR - NUPES, Thierry Benoit HOR, Yannick Favennec-Bécot HOR, Loïc Kervran HOR, Luc Lamirault HOR, Jérémie Patrier-Leitus HOR, Stéphane Lenormand LIOT, Paul Molac LIOT, Benjamin Saint-Huile LIOT, David Taupiac LIOT, Fabrice Brun LR, Francis Dubois LR, Jérôme Nury LR, Stella Dupont RE, Caroline Janvier RE, Christophe Marion RE, Benoit Mournet RE, Elie Califer SOC
contre (208)
Anne-Laure Babault Dem, Christophe Blanchet Dem, Romain Daubié Dem, Laurent Esquenet-Goxes Dem, Bruno Fuchs Dem, Cyrille Isaac-Sibille Dem, Sandrine Josso Dem, Louise Morel Dem, Charles Fournier Ecolo - NUPES, Béatrice Bellamy HOR, Agnès Carel HOR, Félicie Gérard HOR, Anne Le Hénanff HOR, Lise Magnier HOR, Laurent Marcangeli HOR, Christophe Plassard HOR, Marie-Agnès Poussier-Winsback HOR, Philippe Pradal HOR, Isabelle Rauch HOR, Vincent Thiébaut HOR, Frédéric Valletoux HOR, Anne-Cécile Violland HOR, Nadège Abomangoli LFI - NUPES, Laurent Alexandre LFI - NUPES, Ségolène Amiot LFI - NUPES, Farida Amrani LFI - NUPES, Rodrigo Arenas LFI - NUPES, Christophe Bex LFI - NUPES, Carlos Martens Bilongo LFI - NUPES, Manuel Bompard LFI - NUPES, Idir Boumertit LFI - NUPES, Sylvain Carrière LFI - NUPES, Florian Chauche LFI - NUPES, Hadrien Clouet LFI - NUPES, Jean-François Coulomme LFI - NUPES, Catherine Couturier LFI - NUPES, Sébastien Delogu LFI - NUPES, Alma Dufour LFI - NUPES*, Sylvie Ferrer LFI - NUPES, Clémence Guetté LFI - NUPES, David Guiraud LFI - NUPES, Mathilde Hignet LFI - NUPES, Andy Kerbrat LFI - NUPES, Maxime Laisney LFI - NUPES, Antoine Léaument LFI - NUPES*, Élise Leboucher LFI - NUPES, Charlotte Leduc LFI - NUPES, Sarah Legrain LFI - NUPES, Murielle Lepvraud LFI - NUPES, Élisa Martin LFI - NUPES, William Martinet LFI - NUPES, Damien Maudet LFI - NUPES, Marianne Maximi LFI - NUPES, Manon Meunier LFI - NUPES, Danièle Obono LFI - NUPES, Nathalie Oziol LFI - NUPES, Mathilde Panot LFI - NUPES, René Pilato LFI - NUPES, François Piquemal LFI - NUPES, Sébastien Rome LFI - NUPES, François Ruffin LFI - NUPES, Aurélien Saintoul LFI - NUPES, Danielle Simonnet LFI - NUPES, Ersilia Soudais LFI - NUPES, Anne Stambach-Terrenoir LFI - NUPES, Aurélie Trouvé LFI - NUPES, Paul Vannier LFI - NUPES, Léo Walter LFI - NUPES, Thibault Bazin LR, Émilie Bonnivard LR, Ian Boucard LR, Marie-Christine Dalloz LR, Virginie Duby-Muller LR, Meyer Habib LR, Maxime Minot LR, Yannick Neuder LR, Éric Pauget LR, Jean-Louis Thiériot LR, Emmanuelle Ménard NI, Éric Alauzet RE, David Amiel RE, Pieyre-Alexandre Anglade RE, Belkhir Belhaddad RE, Fanta Berete RE, Aurore Bergé RE, Éric Bothorel RE*, Chantal Bouloux RE, Bertrand Bouyx RE, Anthony Brosse RE, Anne Brugnera RE, Danielle Brulebois RE, Eléonore Caroit RE, Jean-René Cazeneuve RE, Pierre Cazeneuve RE, Émilie Chandler RE, Clara Chassaniol RE, Yannick Chenevard RE*, Fabienne Colboc RE, François Cormier-Bouligeon RE, Laurence Cristol RE, Dominique Da Silva RE, Christine Decodts RE, Frédéric Descrozaille RE, Nicole Dubré-Chirat RE, Philippe Dunoyer RE, Philippe Fait RE*, Marc Ferracci RE, Hadrien Ghomi RE, Joël Giraud RE*, Charlotte Goetschy-Bolognese RE, Guillaume Gouffier Valente RE, Marie Guévenoux RE, Claire Guichard RE, Philippe Guillemard RE, Benjamin Haddad RE, Sacha Houlié RE, Monique Iborra RE, Alexis Izard RE, Brigitte Klinkert RE, Daniel Labaronne RE, Emmanuel Lacresse RE, Michel Lauzzana RE, Sandrine Le Feur RE, Constance Le Grip RE, Annaïg Le Meur RE, Christine Le Nabour RE, Nicole Le Peih RE*, Fabrice Le Vigoureux RE, Marie Lebec RE, Vincent Ledoux RE*, Mathieu Lefèvre RE, Patricia Lemoine RE, Sylvain Maillard RE, Jacqueline Maquet RE*, Didier Martin RE, Denis Masséglia RE, Stéphane Mazars RE, Graziella Melchior RE, Lysiane Métayer RE, Paul Midy RE*, Astrid Panosyan-Bouvet RE, Didier Paris RE, Emmanuel Pellerin RE, Anne-Laurence Petel RE, Béatrice Piron RE, Jean-Pierre Pont RE, Natalia Pouzyreff RE, Rémy Rebeyrotte RE, Robin Reda RE, Véronique Riotton RE, Stéphanie Rist RE, Marie-Pierre Rixain RE, Charles Rodwell RE*, Xavier Roseren RE, Jean-François Rousset RE, Lionel Royer-Perreaut RE, Thomas Rudigoz RE, Freddy Sertin RE, Charles Sitzenstuhl RE, Violette Spillebout RE, Liliana Tanguy RE*, Sarah Tanzilli RE, Prisca Thevenot RE, Corinne Vignon RE, Stéphane Vojetta RE, Lionel Vuibert RE, Christopher Weissberg RE, Éric Woerth RE, Caroline Yadan RE, Franck Allisio RN, Philippe Ballard RN, Christophe Barthès RN*, Christophe Bentz RN, Pierrick Berteloot RN, Jérôme Buisson RN, Frédéric Cabrolier RN, Victor Catteau RN, Roger Chudeau RN, Caroline Colombier RN*, Annick Cousin RN, Jocelyn Dessigny RN, Sandrine Dogor-Such RN, Nicolas Dragon RN*, Grégoire de Fournas RN, Thierry Frappé RN, Yoann Gillet RN, José Gonzalez RN, Géraldine Grangier RN, Daniel Grenon RN, Marine Hamelet RN, Timothée Houssin RN, Laurent Jacobelli RN, Julie Lechanteux RN, Hervé de Lépinau RN, Christine Loir RN, Philippe Lottiaux RN, Kévin Mauvieux RN, Nicolas Meizonnet RN, Yaël Ménaché RN*, Serge Muller RN, Lisette Pollet RN, Julien Rancoule RN, Anaïs Sabatini RN, Alexandre Sabatou RN, Emeric Salmon RN, Philippe Schreck RN, Emmanuel Taché RN, Mickaël Bouloux SOC
abstention (7)
Fabien Lainé Dem, Hubert Ott Dem, Jean-François Portarrieu HOR, Jean-Félix Acquaviva LIOT, Pierre Morel-À-L'Huissier LIOT, Josiane Corneloup LR, Isabelle Périgault LR
non-votant (1)
Naïma Moutchou HOR