Scrutin n° 2151 du 16/10/2019
Sur l'amendement n° 1747 de M. Woerth après l'article 16 du projet de loi de finances pour 2020 (première lecture).
- Dossier
- Loi de finances 2020 (relié par : amendement)
- Demandé par
- Président du groupe "Les Républicains"
- Objet
- amendement
- Source
- assemblee-nationale.fr
Amendement n° I-1747 · Article 16
De Éric Woerth (LR) , déposé le 10/10/2019. Sort : Rejeté. Fiche de l'amendement · sur le projet de loi projet de loi de finances pour 2020
Dispositif
L’article 278 du code général des impôts est ainsi rédigé :
« Art. 278. – Le taux normal de la taxe sur la valeur ajoutée résulte de l’addition d’un taux fixe de 18 % et d’un taux variable, dénommé »taux de la part verte« , qui ne peut être supérieur à 2 %.
« Le taux de la part verte diminue à mesure que sont réduites les émissions de gaz à effet de serre de la France conformément aux plafonds définis à l’article L. 222‑1 A du code de l’énergie et à la marche à suivre définie par la stratégie nationale de développement à faible intensité de carbone mentionnée à l’article L. 222‑1 B du même code.
« Chaque modification du taux de la part verte est fixée par la loi de finances de l’année, après avis du Haut conseil pour le climat mentionné à l’article L. 132‑4 du code de l’environnement.
« Le taux de la part verte, ainsi que le montant dû, sont indiqués de manière distincte lors de toute opération imposable à la taxe sur la valeur ajoutée.
« Le taux de la part verte est fixé, pour l’année 2020, à 2 %. »
Exposé sommaire
Cet amendement d’appel vise à poser la question de la refonte des principes mêmes de la fiscalité écologique.
Aujourd’hui, la fiscalité verte est constituée par la TICPE à près de 60 %.
C’est une fiscalité injuste et inefficace : le prélèvement est proportionnellement beaucoup plus élevé pour les plus modestes que pour les plus aisés et il n’est pas tenu compte de la capacité des ménages à financer leur propre transition.
Le totem du fameux « signal prix » s’est heurté de plein fouet, comme cela arrive parfois aux théories économiques, à la réalité qui s’est exprimée, il y a un an, par une crise sociale sans précédent.
Il ne faut pas mettre les français dans une impasse.
De plus la taxation carbone est essentiellement fondée sur les émissions nationales et n’arrive pas à capturer le CO2 importé, donc l’empreinte carbone globale.
L’objectif du présent amendement est d’isoler, dans le taux normal de TVA de 20 %, un quantum dit « part verte » compris entre 0 et 2 points et fixé, à compter de 2020, à 2 points ; soit un rendement approchant 14 milliards d’euros.
Ce total est obtenu en ajoutant les dépenses identifiées par l’OAT verte (crédit d’impôt transition énergétique, programmes d’investissement d’avenir dans la transition énergétique, financement de la recherche publique et de l’ADEME etc…) ainsi que les dépenses du compte d’affectation spéciale Transition énergétique ainsi que les aides à l’acquisition de véhicules propres etc. La part verte financera aussi les futures mesures d’accompagnement à la transition (primes, bonus, crédit d’impôt, etc.)
La logique d’une « part verte » au sein des grands impôts est donc de financer une partie des dépenses nécessaires à la baisse de nos émissions de CO2 et de notre empreinte carbone, en s’appuyant sur notre système fiscal existant, dont nous avons patiemment construit le caractère redistributif.
La transition écologique est notre défi collectif : y contribuer à hauteur de ses revenus est finalement plus juste, plus acceptable et probablement plus efficace que de contribuer à hauteur de son empreinte, notamment pour les plus modestes d’entre nous.
L’État doit par ailleurs substituer des obligations normatives aux incitations fiscales. Il convient de compléter ce dispositif par une cohorte de mesures directes destinées à modifier nos usages pour les rendre compatibles avec nos objectifs écologiques : interdictions, restrictions, évictions progressives, etc. Ces obligations devront être aménagées dans le temps, permettre de réelles phases de transition en prévoyant des dispositifs monétaires de compensation (primes, crédits d’impôts, etc.)
Cette part verte aura vocation à diminuer dans le temps, à mesure que sont atteint progressivement les objectifs en matière de baisse des émissions de gaz à effet de serre et de baisse de l’empreinte carbone.
Le taux de la part verte sera donc réexaminé chaque année par le Parlement sur cette base.
Cette approche est le contraire d’une fiscalité écologique trop souvent conçue dans une logique de rendement budgétaire qui a constitué une « rente fiscale » et fragilisé l’acceptabilité des politiques de transition écologique elles-mêmes.
Cette part verte doit enfin exclure toute augmentation de la TICPE liée à la trajectoire carbone.
Le principe d’« isofiscalité » doit s’appliquer strictement : la création de cette « part verte » doit se faire à charge fiscale constante.
La première étape proposée ici pour la TVA aura vocation à être élargie à d’autres « grands impôts » et particulièrement à l’impôt sur le revenu.
Cependant cette approche ne semble pas devoir s’appliquer directement aux entreprises, puisque l’efficacité des mesures fiscales incitatives est plus forte sur des agents économiques qui pilotent leur comportement essentiellement en fonction de considérations monétaires, contrairement aux ménages, et que ne se posent pas, dans ce cas, les questions de l’effet redistributif de l’impôt et des impératifs de justice sociale.
Vote par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Membres | Pour | Contre | Abst. | Non-votants |
|---|---|---|---|---|---|---|
| La République en Marche | contre | 304 | 1 | 44 | 0 | 1 |
| Les Républicains | pour | 104 | 25 | 0 | 0 | 0 |
| Mouvement Démocrate et apparentés | contre | 46 | 0 | 2 | 1 | 1 |
| Socialistes et apparentés | abstention | 29 | 0 | 0 | 2 | 0 |
| UDI, Agir et Indépendants | abstention | 28 | 0 | 0 | 4 | 0 |
| Libertés et Territoires | pour | 19 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| La France insoumise | contre | 17 | 0 | 2 | 0 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine | contre | 16 | 0 | 1 | 0 | 0 |
| Non inscrit | pour | 13 | 2 | 0 | 0 | 0 |
Votants
pour (28)
Emmanuelle Anthoine LR, Julien Aubert LR, Valérie Beauvais LR, Émilie Bonnivard LR, Jean-Yves Bony LR, Ian Boucard LR, Fabrice Brun LR, Pierre Cordier LR, Marie-Christine Dalloz LR, Vincent Descoeur LR, Fabien Di Filippo LR, Pierre-Henri Dumont LR, Claude Goasguen LR, Brigitte Kuster LR, Valérie Lacroute LR, Marc Le Fur LR, Constance Le Grip LR, Véronique Louwagie LR, Gilles Lurton LR, Olivier Marleix LR, Jean-Luc Poudroux LR, Alain Ramadier LR, Jean-Louis Thiériot LR, Isabelle Valentin LR, Pierre Vatin LR, Olivier Gaillard LaREM, Emmanuelle Ménard NI, Agnès Thill NI
contre (49)
Mathilde Panot FI, François Ruffin FI, Jean-Paul Dufrègne GDR, Saïd Ahamada LaREM, Pieyre-Alexandre Anglade LaREM, Bertrand Bouyx LaREM, Émilie Cariou LaREM, Anne-Laure Cattelot LaREM, Jean-René Cazeneuve LaREM, Philippe Chalumeau LaREM, Philippe Chassaing LaREM, Francis Chouat LaREM, Dominique David LaREM, Benjamin Dirx LaREM, Jacqueline Dubois LaREM, Nicole Dubré-Chirat LaREM, Stella Dupont LaREM, Éric Girardin LaREM, Joël Giraud LaREM, Guillaume Gouffier Valente LaREM, Perrine Goulet LaREM, François Jolivet LaREM, Catherine Kamowski LaREM, Yannick Kerlogot LaREM, Daniel Labaronne LaREM, Marion Lenne LaREM, Brigitte Liso LaREM, Marie-Ange Magne LaREM, Sandrine Mörch LaREM, Jean-Baptiste Moreau LaREM, Cendra Motin LaREM, Cécile Muschotti LaREM*, Catherine Osson LaREM, Xavier Paluszkiewicz LaREM, Patrice Perrot LaREM, Valérie Petit LaREM, Bénédicte Peyrol LaREM, Benoit Potterie LaREM, Éric Poulliat LaREM, Rémy Rebeyrotte LaREM, Laurent Saint-Martin LaREM, Jacques Savatier LaREM, Bertrand Sorre LaREM, Huguette Tiegna LaREM*, Élisabeth Toutut-Picard LaREM*, Frédérique Tuffnell LaREM, Corinne Vignon LaREM, Bruno Duvergé MODEM, Mohamed Laqhila MODEM
abstention (7)
Sarah El Haïry MODEM, Jean-Louis Bricout SOC, Josette Manin SOC, Paul Christophe UDI-AGIR, Patricia Lemoine UDI-AGIR, Lise Magnier UDI-AGIR, Christophe Naegelen UDI-AGIR
non-votant (2)
Richard Ferrand LaREM, Sylvain Waserman MODEM
mise au point seule (1)
Mises au point
Députés ayant déclaré après coup avoir voulu voter autrement (le résultat n'est pas modifié).
- Olivier Gaillard : voulait voter contre (a voté pour)
- Éric Woerth : voulait voter pour