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rapport d'enquête sur les causes de l’incapacité de la France à atteindre les objectifs des plans successifs de maîtrise des impacts des produits phytosanitaires sur la santé humaine et environnementale et notamment sur les conditions de l’exercice des missions des autorités publiques en charge de la sécurité sanitaire — Rapport

Rapport · d'enquête · tome ou annexe · 14/12/2023 · 794 053 caractères · HTML sur assemblee-nationale.fr

Parties du document (2)
Sommaire (210)
  1. introduction
  2. 2013-2023 une décennie (presque) perdue ; les conditions de la réussite pour 2030
  3. résumé
  4. I. réduire les risques et usages des produits phytosanitaires, un impératif qui ne peut plus faire débat aujourd’hui
  5. A. définition et état des lieux des usages au sein de la ferme France
  6. 1. Que sont les produits phytosanitaires ?
  7. a. Un moyen de protection des cultures qui s’est imposé après la deuxième guerre mondiale
  8. b. Effort de définition
  9. 2. Quels en sont les usages au sein de la ferme France ?
  10. a. De la difficulté de mesurer les usages et leur évolution
  11. b. Des usages qui situent l’agriculture française dans la moyenne européenne
  12. c. Des volumes très variables selon les catégories de produits
  13. d. …et selon les cultures
  14. e. Une évolution des usages peu convergente avec la trajectoire de réduction annoncée
  15. f. Les usages dans les Outre-mer
  16. 3. Mieux connaître et mesurer les usages à l’échelle des exploitations et de la ferme France
  17. a. Progresser sur l’enregistrement des pratiques agricoles
  18. b. À la recherche d’un bon indicateur pour mesurer l’évolution des usages
  19. B. des impacts indésirables aujourd’hui largement documentés et incontestables
  20. 1. Les produits phytopharmaceutiques ont largement contaminé l’environnement
  21. a. Les études scientifiques révèlent que tous les compartiments de l’environnement sont contaminés
  22. b. La qualité de l’eau, un sujet de préoccupation majeur aujourd’hui, qui met largement en cause les produits phytopharmaceutiques
  23. c. Il est urgent de progresser sur la connaissance de l’impact de ces produits sur la qualité de l’air
  24. d. L’impact des pesticides sur la qualité des sols est également avéré et doit être davantage documenté
  25. 2. Un impact massif sur la biodiversité animale et végétale
  26. a. Les pesticides, une cause majeure du déclin de la biodiversité
  27. b. Des impacts directs et graves sur les écosystèmes
  28. c. Des impacts indirects multiples, encore partiellement appréhendés
  29. d. Une dégradation des services écosystémiques
  30. 3. Un impact prouvé sur la santé humaine
  31. a. Un impact établi avec un niveau de preuve fort par les expertises collectives de l’INSERM
  32. b. Encore de nombreux axes de recherche à explorer
  33. c. Les travailleurs de la terre en sont les premières victimes et doivent être davantage protégés
  34. II. consolider les rÉgimes d’autorisation des produits phytopharmaceutiques
  35. A. Des produits dangereux, soumis À autorisation de longue date
  36. 1. Les produits phytopharmaceutiques ont, en raison de leur nature, toujours été encadrés
  37. a. Dès 1943, la puissance publique régule la commercialisation des produits phytopharmaceutiques
  38. b. La loi du 22 décembre 1972 renforce l’évaluation des risques et précise leurs conditions d’utilisation
  39. 2. Avec la mise en place du marché unique, cet encadrement est progressivement devenu européen
  40. a. La directive de 1991 se fonde sur la reconnaissance mutuelle des AMM entre États membres
  41. b. Le règlement 1107/2009 pose les bases du régime actuel d’autorisation des produits
  42. c. La directive 2009/128 introduit l’objectif d’une réduction des risques et des usages
  43. 3. En France, l’évaluation des risques et les décisions d’autorisation ont été progressivement transférées du ministère de l’agriculture...
  44. a. 2006 : transfert de l’évaluation des risques à l’Afssa, devenue Anses
  45. b. 2014 : une décision historique de transfert des décisions d’AMM à l’Anses
  46. 4. Entre remise en cause de la procédure d’autorisation et échec des ambitions européennes, un contexte peu porteur
  47. a. Vers une remise en cause du rôle de l’Anses ?
  48. b. L’échec des négociations relatives au règlement européen SUR
  49. B. examen de la procédure d’autorisation des produits phytopharmaceutiques
  50. 1. L’homologation des substances actives, une compétence européenne
  51. a. Un préalable : l’évaluation de la dangerosité des substances par l’Echa
  52. b. La procédure d’évaluation par l’Efsa est largement conduite en coopération avec les États membres
  53. c. La gestion du risque est laissée à la Commission européenne et aux États membres
  54. 2. L’autorisation de mise sur le marché des produits relève des États membres
  55. a. La philosophie de cette répartition : les produits doivent être adaptés aux conditions locales
  56. b. L’évaluation des risques est conduite par l’Anses
  57. c. La décision d’autorisation de mise sur le marché relève également de l’Anses
  58. d. Le ministère de l’agriculture conserve un pouvoir de dérogation restreint
  59. 3. Le suivi ex-post de l’impact des produits en vie réelle et les éventuels réexamens
  60. 4. La procédure réglementaire d’autorisation a été le principal facteur d’évolution des usages des produits phytopharmaceutiques
  61. a. L’interdiction de molécules toujours plus nombreuses au niveau européen
  62. b. Les décisions de l’Anses sont venues restreindre les usages et interdire d’autres produits
  63. C. pour la consolidation d’un rÉgime d’autorisation fondÉ sur les donnÉes scientifiques et harmonisÉ à l’Échelle europÉenne
  64. 1. Les décisions d’autorisation de mise sur le marché des produits doivent rester à l’autorité scientifique
  65. a. Le transfert des AMM à l’Anses, une clarification salutaire du caractère incontournable de l’évaluation scientifique
  66. b. La responsabilité politique réside dans la définition du niveau de risque acceptable
  67. c. Le travail des agences sanitaires n’est pas contesté en tant que tel
  68. d. Conforter l’Anses dans ses missions actuelles d’évaluation et d’octroi des AMM
  69. 2. La capacité des agences sanitaires à produire des évaluations exhaustives doit être renforcée
  70. Renforcer le cadre méthodologique des évaluations pour mieux prendre en compte les données issues de la recherche
  71. b. Des limites méthodologiques et délais liés à un manque de ressources
  72. 3. Le processus d’amélioration de la déontologie et de la transparence de ces agences doit être entretenu
  73. L’Efsa observe des règles de déontologie strictes
  74. b. Le règlement 2019/1381 contribue largement à améliorer la transparence des évaluations
  75. c. Au sein de l’Anses, un réel effort de questionnement des processus internes
  76. 4. L’évaluation en vie réelle des produits doit être renforcée via le dispositif de phytopharmacovilance
  77. Accroître le financement du dispositif et développer la phyto-pharmaco-épidémiologie
  78. b. Et aller vers une phytopharmacovigilance à l’échelle européenne
  79. 5. Les décisions de mise sur le marché doivent être harmonisées à l’échelle européenne afin de gommer les situations de concurrence déloyale
  80. III. réparer le continuum recherche-développement pour massifier les pratiques
  81. A. recherche fondamentale et appliquée : des efforts à structurer, des liens à renforcer encore
  82. 1. Les acteurs de la recherche
  83. a. La recherche fondamentale
  84. b. La recherche appliquée et le développement : instituts techniques, firmes et filières
  85. 2. Un renouveau de la recherche, tant dans les technosolutions que dans les systèmes
  86. a. L’innovation technique suscite des espoirs importants
  87. b. Un renouveau de la recherche en agronomie
  88. 3. Des innovations qui viennent aussi des agriculteurs
  89. 4. Mais des difficultés dans le transfert de la recherche et des solutions
  90. 5. Les efforts de recherche doivent être mieux structurés pour embrasser quatre grandes priorités
  91. a. L’agronomie, les paysages, les territoires et la sociologie
  92. b. Le développement d’une approche prophylactique
  93. c. Les filières sur l’ensemble de la chaîne de valeur
  94. d. À plus court terme, l’anticipation des retraits de molécules
  95. B. Le réseau des FERMES DEPHY : laboratoire grandeur nature des transitions attendues
  96. 1. Un réseau d’agriculteurs pionniers bénéficiant d’un accompagnement renforcé
  97. 2. Des résultats plutôt encourageants
  98. 3. GIEE et 30 000 fermes, l’échec de la massification
  99. a. Les GIEE
  100. b. Le réseau des 30 000 fermes
  101. C. Le conseil aux agriculteurs : un impensé du plan Écophyto
  102. 1. Les CEPP, un mécanisme de régulation innovant et prometteur
  103. 2. La séparation du conseil et de la vente de produits phytopharmaceutiques : chronique d’un échec annoncé
  104. a. Une réforme louable dans son objet initial
  105. b. Un échec unanimement reconnu
  106. 3. Vers une refonte globale du conseil aux agriculteurs
  107. a. Remettre dans le jeu les techniciens des coopératives et du négoce
  108. b. Généraliser le déploiement d’un conseil stratégique global à destination de tous les agriculteurs
  109. c. Renforcer la formation des conseillers et expérimenter un ordre professionnel
  110. IV. les aides publiques comme levier de la transition agroécologique
  111. A. Transition agro-Écologique : le rendez-vous manquÉ de la nouvelle PAC et du Plan stratÉgique national français
  112. 1. La nouvelle PAC, un tournant vers la transition agroécologique ?
  113. 2. Le PSN français, un rendez-vous manqué
  114. a. Analyse des grands équilibres du PSN
  115. b. Un premier pilier peu exigeant sur le plan environnemental
  116. c. Un second pilier trop faiblement doté
  117. B. réformer le psn dès 2024
  118. 1. Différencier les aides en tenant compte des actifs
  119. 2. Réformer le cahier des charges de la certification HVE
  120. 3. Soutenir le potentiel de développement de l’agriculture biologique
  121. 4. Conforter la dynamique des Maec
  122. 5. Expérimenter un système assurantiel destiné à couvrir le risque des changements de pratiques
  123. C. Pour un fonds permanent d’innovation agroécologique au service des agriculteurs
  124. des règles de marché loyales au service de l’agroécologie
  125. A. L’agriculture française en situation de perte de compétitivité
  126. B. instaurer une relation commerciale équitable avec les pays tiers
  127. 1. Des importations extra-UE qui ne sont pas soumises aux normes phytosanitaires européennes
  128. a. Les limites du contrôle des limites maximales de résidus
  129. b. Une solution transitoire : la clause de sauvegarde
  130. c. Le recours à l’indication de l’origine
  131. d. Des enjeux particulièrement complexes Outre-mer
  132. 2. Mettre en place des règles équitables
  133. a. Supprimer les tolérances à l’importation pour tous les produits interdits dans l’UE
  134. b. Mettre en place des mesures miroir, une nécessité et un défi
  135. c. La contrepartie : aller jusqu’au bout de l’interdiction d’export des produits interdits dans l’UE
  136. C. mettre un terme aux distorsions internes à l’union européenne
  137. 1. Des distorsions de concurrence difficiles à objectiver
  138. a. Un travail hétérogène de la part des agences sanitaires ?
  139. b. Un inégal recours aux dérogations de l’article 53 ?
  140. c. Des situations de distorsion bien réelles
  141. 2. Parachever l’harmonisation européenne
  142. a. Un objectif de réduction commun, un prérequis
  143. b. Travailler sur les écarts de réglementation observés entre États
  144. c. Aller vers une harmonisation complète de la procédure d’autorisation à l’échelle de l’UE
  145. D. créer les conditions de l’agroécologie par le marché en France
  146. 1. Une situation de verrouillage par le marché à l’origine de blocages profonds
  147. a. Une demande de produits standardisés de la part des transformateurs et distributeurs
  148. b. Une difficulté à valoriser les espèces de diversification
  149. c. Un consommateur qui peine à hiérarchiser les enjeux
  150. 2. Accompagner les évolutions du marché
  151. a. Utiliser pleinement le levier de la commande publique
  152. b. Comment embarquer le consommateur ?
  153. c. Relancer le bio
  154. d. Responsabiliser l’aval de la chaîne
  155. e. Faire évoluer les cahiers des charges de l’alimentation animale
  156. f. Poser la question de la chaîne de valeur dans l’agro-fourniture
  157. VI. L’urgence d’un véritable pilotage politique et stratégique de la réduction des produits phyto
  158. A. Une politique publique actuellement sans pilote, sans vision d’ensemble
  159. 1. Des actions éclatées, sans vision d’ensemble possible
  160. a. Les crédits dédiés à la réduction des produits phytosanitaires ne font l’objet d’aucun pilotage global
  161. b. Une forme de saupoudrage, un ciblage insuffisant sur les actions à fort levier
  162. c. Des actions trop déliées de la grande enveloppe de la PAC
  163. 2. Une gouvernance largement perfectible
  164. a. Une gouvernance interministérielle peu opérationnelle
  165. b. Une rupture entre l’échelon national et l’échelon territorial
  166. c. Des acteurs clé jugés insuffisamment mobilisés
  167. 3. Une architecture complexe, des canaux de financement peu lisibles
  168. B. Pour une vraie politique de réduction des produits phytosanitaires à la gouvernance rénovée
  169. 1. La politique de réduction des produits phytosanitaires doit être portée pour un temps au niveau interministériel par Matignon et le SGPE
  170. 2. Elle doit être articulée au niveau territorial par les Draaf, en lien avec l’échelon national
  171. 3. La maquette du plan Écophyto doit être simplifiée et retracer l’ensemble des financements déployés
  172. 4. Passer d’une politique de moyens à une politique de résultats
  173. 5. Calibrer les moyens investis dans les politiques préventives en fonction des coûts de réparation prévisionnels
  174. 6. Éléments de réflexion en vue d’une nouvelle maquette budgétaire
  175. C. Inscrire écophyto dans un horizon politique partagé
  176. VII. une urgence : la sanctuarisation des captages pour l’alimentation en eau potable
  177. A. La pollution des captages pour l’AEP : un enjeu d’ores et déjà très prégnant
  178. B. Une approche curative privilégiée, des dispositifs préventifs mous ou peu utilisés
  179. 1. La mise en place de dispositifs dédiés à la prévention des pollutions diffuses
  180. a. Des périmètres de protection plutôt établis pour lutter contre les pollutions accidentelles
  181. b. La prise en compte des pollutions diffuses au sein des aires d’alimentation des captages : les ZSCE
  182. c. Les obligations réelles environnementales (ORE)
  183. d. Le droit de préemption sur les surfaces agricoles
  184. e. Les plans de gestion de la sécurité sanitaire des eaux (PGSSE)
  185. 2. Des dispositifs globalement insuffisants ou peu utilisés
  186. a. Des actions incitatives privilégiées
  187. b. Des dispositifs réglementaires inégalement utilisés
  188. c. Un constat globalement très mitigé
  189. 3. Une approche curative de plus en plus intenable
  190. C. Se donner les moyens d’une suppression des pesticides dans les aires d’alimentation, une urgence
  191. 1. Le plan « Eau » du Gouvernement : l’amorce d’une réponse
  192. 2. Aller plus loin encore dans l’obligation de résultats
  193. pour conclure : plaidoyer pour l’agronomie comme science du vivant
  194. Liste des recommandations
  195. Éclairer la réalité
  196. Consolider le régime d’autorisation
  197. réparer le continuum recherche-développement
  198. Promouvoir les politiques publiques en faveur de l’agroécologie
  199. Instaurer des règles de marché loyales au service de l’agroécologie
  200. Améliorer le pilotage public
  201. Sanctuariser les captages pour l’alimentation en eau potable
  202. Examen en commission
  203. Contributions des groupes politiques et des députés
  204. 1. Contribution de M. Frédéric Descrozaille, président de la commission d’enquête, député du Val-de-marne, M. Jean-Luc Fugit,...
  205. 2. Contribution de M. Grégoire de Fournas, député de Gironde, au nom du groupe Rassemblement National
  206. 3. Contribution du groupe La France insoumise – NUPES
  207. UNE GRANDE MANSUÉTUDE VIS À VIS DES PESTICIDES
  208. REDUIRE L’USAGE DES PESTICIDES, ALLER VERS LEUR ABANDON
  209. CONCLUSION
  210. 4. Contribution de Mme Marie Pochon, vice-présidente de la commission d’enquête, députée de la Drôme, au nom du groupe Écologistes – NUPES

Cette commission d’enquête se sera ostensiblement désintéressée de l’enjeu fondamental de la souveraineté alimentaire. « C’est par l’interdiction qu’on trouve des solutions » aura répété à de multiples reprises le rapporteur lors des auditions, cela contre les alertes maintes fois répétées par les représentants agricoles des impasses techniques dans lesquelles ils se trouvent.

Une commission d’enquête qui n’aura fait AUCUN déplacement sur le terrain pour aller constater la vie réelle des agriculteurs et leurs difficultés à assumer cette transition qui leur est imposée. Pas même un déplacement pour constater les conséquences du ravage spectaculaire et très médiatisé du Mildiou dans le vignoble du Bordelais. Ce rapport s’est en revanche très largement inspiré des nombreuses auditions d’ONG à l’expertise scientifique contestable mais à l’engagement militant certain.

Le rapport de cette commission d’enquête ne rend pas hommage à notre agriculture qui, sommée de s’adapter au pas de charge, tout en étant déjà l’une des plus vertueuses au monde, voit le résultat de ses efforts inestimables qualifiés scandaleusement par le rapporteur de « peu probants ».

Par ailleurs, en confondant sciemment les produits CMR de ceux qui ne le sont pas, le rapporteur Potier s’attaque au principe même de l’utilisation d’un produit chimique de synthèse quand bien même sa nocivité ne serait pas démontrée. Lors de son audition par la commission d’enquête le 16 novembre, le ministre de l’Agriculture posait cette question : « Pourquoi l’agriculture serait le seul secteur d’activité qui ne pourrait pas utiliser de produits chimiques ? » sans avoir le courage d’apporter une réponse.

A plusieurs moments des auditions de cette commission d’enquête, nous aurons vu une gauche et des ONG ostensiblement hostiles au progrès technique. Le 27 septembre, M. Thomas Uthayakumar, directeur Programmes & Plaidoyer de la Fondation pour la Nature et l’Homme (FNH) a déclaré qu’« il ne faut pas aller vers des substances chimiques même si elles étaient plus vertueuses, ni vers des biocontrôles ». Le 25 octobre, Benoît Biteau, député européen EELV estimait qu’« il ne faut pas déplacer la dépendance des pesticides vers une dépendance numérique ou robotique ».

En réalité, les savants fous de la gauche veulent nous ramener à l’agriculture de 1950 : celle capable de ne produire qu’une tonne de blé à l’hectare contre 8 aujourd’hui. Ce sont les mêmes qui nous ont privé de la souveraineté énergétique en sacrifiant notre parc nucléaire pour l’utopie du renouvelable. Ce sont les mêmes qui mettent aujourd’hui au second plan de leurs préoccupations l’impératif pourtant vital de la souveraineté alimentaire.

Après avoir fermé la centrale de Fessenheim et fait voter la fermeture de 14 réacteurs nucléaires, le Gouvernement s’est tardivement ressaisi pour nous éviter un désastre énergétique. Quand compte-t-il s’affranchir des mensonges de la gauche pour éviter à la France un désastre agricole ?

3. Contribution du groupe La France insoumise – NUPES

La création d’une commission d’enquête sur l’incapacité de la France à maitriser les impacts des produits phytosanitaires était une nécessité et nous saluons cette initiative. Le déclin de la biodiversité, la multiplication des clusters de cancers, les scandales liés aux pollutions de l’eau, de l’air et des sols, et l’impasse de la dépendance de notre agriculture aux intrants chimiques imposait que la représentation nationale fasse le point et explique cette situation, afin de mieux en sortir.

Les auditions menées ont été révélatrices de situations particulièrement graves, et de grandes lacunes dans l’exercice des missions des autorités publiques en charge de la sécurité sanitaire.

UNE GRANDE MANSUÉTUDE VIS À VIS DES PESTICIDES

Il est apparu de façon claire au cours des auditions que les autorités sanitaires européennes et françaises (EFSA / ANSES) ne protègent pas suffisamment les populations et l’environnement, notamment au regard des objectifs que les textes réglementaires leur fixent. Les agences interviennent en réalité le plus souvent en aval pour corriger, quand c’est possible, les dégâts à posteriori. On retrouve d’ailleurs systématiquement cet argument dans la bouche des promoteurs de l’utilisation des pesticides : "voyez, de nombreux pesticides ont été retirés, cela prouve bien que les mécanismes de régulation fonctionnent". De la même façon un titre de § dans ce rapport (p.102) est ainsi libellé : "L’ANSES a interdit un nombre important de substances". Pourtant les résidus de pesticides interdits il y a des années se retrouvent encore en quantité importante dans l’environnement et ont déjà causé leurs effets toxiques sur la santé. Il est bien entendu impossible de se satisfaire de cette situation, les dégâts étant souvent irréversibles.

Cette mansuétude s’illustre particulièrement concernant la présence des pesticides dans l’air. L’audition de Mr Yamada, responsable du pôle pharmacovigilance de l’ANSES est sur ce point révélatrice : il n’existe tout simplement pas de VR (valeur réglementaire) pour les pesticides dans l’air. Comment imaginer que les autorités sanitaires ignorent, de manière consciente, tout un pan de l’exposition humaine aux molécules épandues sous prétexte qu’il n’existe pas de test réglementaires pour évaluer l’absorption par voie aérienne des pesticides par l’humain (entre autres êtres vivants) ?

Les associations de victimes alertent sur ce sujet de manière répétée depuis longtemps : le collectif "Avenir Santé Environnement", auditionné le 07/09/23 nous a par exemple livré un témoignage sur le constat d’un excès de risques de cancers pédiatriques dans la plaine d’Aunis, autour de La Rochelle, lié à des facteurs environnementaux, en l’occurrence des polluants agricoles. Des études ATMO révèlent en effet la présence de près de 41 molécules pesticides dans l’air, faisant de ce territoire le détenteur d’un triste record de France (connu) sur ce sujet. Le message de l’association est clair et mérite d’être entendu : Nous ne pouvons plus nous contenter d’accompagner la baisse de l’usage des pesticides, mais il faut maintenant se fixer un objectif, même lointain, de sortie des pesticides.

Pourtant, il y a pour le moment une absence de décision sur ce sujet des pesticides dans l’air. L’action de l’État se résume pour l’instant à commander plus d’études. Mr Yamada déclare à ce sujet : "c’est au pôle produits réglementés (ndr : de L’ANSES) de prendre des décisions". Il est impératif que l’ANSES entende ce message et considère les effets des pesticides présents dans l’air. Des mesures immédiates de préservation de la santé doivent donc être prises pour stopper la catastrophe sanitaire probablement en cours.

Au niveau européen, la mansuétude n’est pas moins grande : L’EFSA, par la voix de Mr De Seze, chef du département « production des évaluations du risque" auditionné le 8/11/23, avoue des défaillances dans l’évaluation de la toxicité à long terme des pesticides.

Il indique la non prise en compte des avancées scientifiques sur les études mécanistiques dans le processus d’évaluation des pesticides, et ce, faute de moyens... Sur les études universitaires il dit : « Nous ne donnons pas un poids suffisant à ces études dans l’évaluation des risques », parlant même ‘ de fossé entre le monde scientifique et le monde règlementaire ».

Laurence Huc, toxicologue directrice de recherche de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), auditionnée le 19/10, nous dit à ce sujet que sur 14 mécanismes réels de cancérogénicité, un seul est pris en compte en toxicologie réglementaire. Les failles dans l’évaluation sont donc béantes. « La façon dont aujourd’hui le cadre règlementaire évalue les questions de biodiversité est partiel…il faudrait pouvoir développer des méthodologies plus complètes… » complète Mr De Seze.

Là encore c’est en toute connaissance de cause que les agences réglementaires acceptent que nous soyons les cobayes des évaluations de toxicité qui ne sont pas sérieusement faites en amont, avec toute l’impartialité indispensable.

REDUIRE L’USAGE DES PESTICIDES, ALLER VERS LEUR ABANDON

Malgré les nombreux constats posés sur la trop grande tolérance vis à vis des produits phytosanitaires et leurs effets, les recommandations du présent rapport pointent la bonne direction, mais ne prennent pas la mesure de l’urgence de la situation. Des mesures fermes et immédiates ainsi que des politiques publiques ambitieuses et massivement financées sont nécessaires.

En effet aujourd’hui les acteurs agricoles arbitrent les choix de leurs pratiques avant tout sur des critères économiques. C’est la problématique du revenu paysan bien trop bas qui est ici en cause et cela nous a été exposé en audition par les exploitants agricoles eux-mêmes. L’Impact de l’abandon des pesticides est estimé en moyenne à -13 % sur l’excédent brut d’exploitation, un obstacle économique difficile à surmonter pour la majorité des agriculteurs qui peinent toujours à tirer un revenu décent de leur activité.

Face à cela, les politiques publiques sont trop peu volontaires pour contraindre à la diminution de l’utilisation des pesticides, et pour accompagner financièrement cette transition. De leur côté les représentants des agriculteurs tirent argument de cette situation pour refuser toute mesure ambitieuse. Chambres d’Agriculture France, auditionnée le 11/10/23, demande ainsi des objectifs plus bas que ceux portés aujourd’hui : "Il faut aussi que le monde agricole sente que l’objectif est atteignable. Or, je ne suis pas certain que le fait d’afficher d’entrée de jeu l’objectif de 50 % de réduction constitue un grand facteur de motivation du monde agricole. [...]. Je pense qu’il vaut mieux avoir un indicateur qui ne soit pas trop élevé, atteindre le résultat et revoir l’objectif ensuite, plutôt que fixer une barre très haut que tout le monde considère comme inatteignable et qui ne génère pas de motivation. Je suis demandeur d’objectifs réalistes […] "

De la même façon le label HVE a été promu pour donner l’illusion d’une action résolue en faveur de la diminution des pesticides. Ce label ne contient pourtant dans son cahier des charges aucune ambition sur ce volet : élevé en concurrence notamment du label AB il crée de la confusion auprès des consommateurs mais permet aussi un siphonnage des maigres aides publiques dédiées à l’agriculture biologique.

De son côté le "BASIC" (Bureau d’Analyse Sociétale pour une Information Citoyenne) nous apprend que seul 1 % des financements publics qui vont à l’agriculture sont dédiés à la baisse de l’utilisation des pesticides. Cela donne un ordre de grandeur de l’effort fait et à faire. Par ailleurs ces financements visent l’ensemble des pratiques sans ciblage précis alors que l’analyse fine des données révèle que seuls 20 % des exploitations sont responsables de la quasi-totalité de l’augmentation des usages des pesticides. Là où l’État impute l’impasse et l’échec de la baisse de l’utilisation des pesticides sur l’agriculture tout entière, il y a en fait un problème de modèle qui est nié par les responsables politiques en charge aujourd’hui de l’orientation des politiques publiques agricoles.

Par ailleurs au regard des informations récentes qui révèlent une pollution massive et presque systématique de nos masses d’eau par des pesticides et leurs métabolites il est urgent que la puissance publique propose un plan de protection de notre eau de boisson et donc des captages : recherche systématique et uniformisée sur le territoire français (a minima métropolitain) d’un spectre large des pesticides et de leurs métabolites dans l’eau "potable", généralisation des aires de protection de captage, mise en place d’un fond de paiement pour services environnementaux (FPSE, géré par les agences de l’eau) abondé par des redevances relevées. A terme les coûts de dépollution a posteriori ainsi économisés seront réorientés vers ce FPSE.

CONCLUSION

En conclusion nous, députés du groupe parlementaire LFI-NUPES membres de la commission, tenons à redire l’importance de contraindre par loi et d’accompagner collectivement les pratiques vertueuses, à la hauteur de l’enjeu qui est posé.

Cela ne semble pas être la direction donnée par le gouvernement, à l’instar des annonces de la première ministre qui dans la soirée du 5 décembre 2023, a confirmé le renoncement à la hausse de la redevance pour pollution diffuse (RPD), perçue sur les ventes de pesticides, ainsi que celle de la redevance pour prélèvement sur la ressource en eau pour l’irrigation. Ce renoncement s’inscrit dans la longue lignée des gages donnés à l’agriculture industrielle et au modèle intensif. Il est d’autant plus grave qu’il revient sur une hausse qui avait été votée dans le projet de loi finances. Le gouvernement négocie donc directement avec les syndicats agricoles plutôt qu’avec les parlementaires dont il passe outre les décisions.

Nous recommandons en priorité :

- De réglementer immédiatement les rejets de pesticides dans l’air : nous sommes très en retard en ce qui concerne la surveillance de l’air par rapport à ce qui est prévu pour les sols ou pour l’eau. Les pesticides ne font pas partie des quelques polluants dont la concentration dans l’air est mesurée et réglementée. Des mesures conservatoires doivent être prises sans délai pour préserver la santé des populations.

- De faire payer les firmes pour les études académiques indépendantes, longues et coûteuses, nécessaires à la délivrance des AMM qu’elles demandent, afin que ces dossiers réglementaires ne soient pas uniquement documentés par les études scientifiques réalisées par ces mêmes firmes.

- De relever très fortement le taux de redevance pour pollution diffuse et rééquilibrer fortement la contribution des usagers au financement des agences de l’eau, aujourd’hui principalement supporté par les particuliers pourtant consommateurs minoritaires en volume.

- De supprimer le label HVE ou d’envisager une refonte complète de son cahier des charges pour en faire un véritable tremplin vers la transition vers l’agriculture biologique;

- De créer une caisse de défaisance pour reprendre la dette agricole de celles et ceux qui s’engagent au travers d’un contrat de transition à passer au 100 % bio, les auditions ayant confirmé que la dimension économique constitue l’un des principaux freins à la réduction des pesticides.

Pour le groupe LFI-Nupes,

Aymeric Caron

Mathilde Hignet

Loïc Prud’homme

Michel Sala

4. Contribution de Mme Marie Pochon, vice-présidente de la commission d’enquête, députée de la Drôme, au nom du groupe Écologistes – NUPES

Ecophyto : anatomie d’un fiasco

Décembre 2023

Avant-propos

Cette contribution au rapport de la commission d’enquête sur les causes de l’incapacité de la France à atteindre les objectifs des plans successifs de maîtrise des impacts des produits phytosanitaires sur la santé humaine et environnementale et notamment sur les conditions de l’exercice des missions des autorités publiques en charge de la sécurité sanitaire a été rédigée par Marie Pochon au nom du groupe Écologiste - NUPES.

Les député·es du groupe saluent le travail important d’auditions réalisé par le président et le rapporteur de la commission d’enquête. Ils saluent également la très grande majorité des constats et préconisations établies et espèrent que celles-ci seront suivies d’actions concrètes, rapides et fortes pour mettre un terme aux pollutions majeures qui menacent la survie de notre agriculture et de notre environnement.

Depuis 2008, la France a échoué à atteindre les objectifs de réduction de l’usage des produits phytosanitaires prévus par les plans Ecophyto. Nous, Écologistes, le regrettons ardemment. Certes, quelques avancées ont eu lieu, en matière de prise de conscience et d’initiatives prometteuses, telles que les fermes Dephy. Mais l’utilisation des pesticides continue de se maintenir à un niveau beaucoup trop élevé, et avec elle, ses impacts sanitaires et environnementaux vertigineux. L’incapacité de la France à se mettre en ordre de marche pour effectivement réduire l’usage des pesticides est coûteuse, en matière de santé publique et pour nos écosystèmes.

Les Écologistes le rappellent : la réduction de l’usage global de produits phytopharmaceutiques est non seulement possible, mais aussi souhaitable et nécessaire, à la fois en matière de protection du vivant, de santé des Françaises et des Français, mais également en matière d’efficacité de la dépense publique, et de souveraineté alimentaire.

Aussi, nous appelons à ce que la Stratégie Ecophyto 2030, qui doit prochainement être présentée par le gouvernement, tire véritablement les leçons des quinze années de ce qu’on peut appeler un fiasco, pour mettre en œuvre les actions nécessaires.

Plans Ecophyto : quinze ans de fiasco

Des promesses du Grenelle de l’environnement sur les pesticides, il ne reste plus grand chose. Depuis 15 ans, l’Etat gaspille des milliards d’euros d’argent public dans des politiques inefficaces. Les plans Ecophyto (1, 2, 2+), qui prévoyaient notamment de réduire les usages de produits phytopharmaceutiques de 50 % d’ici 2018, puis 2025 et de sortir du glyphosate d’ici fin 2020 pour les principaux usages et au plus tard d’ici 2022 pour l’ensemble des usages, ont manifestement échoué. C’est le constat alarmant posé par ce rapport de commission d’enquête, qui reprend, comme dans l’intention de son rapporteur, les nombreux éléments étayés dans nombre de rapports sur les échecs de ces plans successifs. Rien n’est nouveau. En revanche, qu’aucune réaction n’ait été engagée est peut-être le fait le plus accablant.

La Cour des comptes a par exemple réalisé une enquête sur le bilan des plans Ecophyto et formulé des recommandations dès 2019, où elle constatait les points suivants.

Au-delà d’un besoin de simplification et de visibilité accrue pour les plans Écophyto, l’État pourrait davantage influer sur les modes de production agricole et les filières par l’exercice de ses compétences normatives, de régulation et d’information.

Aussi, nous recommandons de rendre les objectifs Ecophyto juridiquement contraignants et y associer un système de pénalité :

● Inscrire dans la Loi pour le renouvellement des générations agricoles l’objectif de 50 % réduction des pesticides d’ici à 2030

● Étudier la mise en œuvre d’un système de pénalités financières en cas de non-respect des objectifs de réduction sur le même principe que les Certificats d’Economie d’Energie (CEE). Ce système consisterait en la mise en place de sanctions financières associées au mécanisme des CEPP (Certificats d’Economie Produits Phytosanitaires) : en fin de période, les vendeurs de produits phytopharmaceutiques (PPP) doivent justifier de l’accomplissement de leurs obligations par la détention d’un montant de certificats équivalents à ces obligations. En cas de non-respect de leurs obligations, les vendeurs sont tenus de verser une pénalité pour chaque volume de PPP manquant. Le montant de cette pénalité doit être suffisamment élevé.

En juillet 2020, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie missionnait ses propres experts, ceux du ministère de l’Agriculture (CGAAER), du ministère de l’Ecologie (CGEDD) et de l’Inspection Générale des Finances (IGF), pour analyser l’efficience des fonds publics dédiés à la réduction de l’usage des pesticides. Ce rapport, concluant, comme les précédents, à l’échec des plans Ecophyto, soulignait par ailleurs que 643 millions d’euros avaient été mobilisés chaque année par la France pour atteindre ses objectifs, alors que l’Etat affichait jusqu’ici un montant annuel de 71 millions d’euros. Le rapport sera caché du grand public, mais sera finalement publié par la fédération France Nature Environnement[342].

Ce n’est pas en mettant la réalité sous cloche que l’on peut y dénicher des solutions. Il nous faut faire face, collectivement, à celle-ci. Ne pas l’esquiver, derrière des formules creuses, de “cohabitation des modèles”, ou de “responsabilisation des consommateurs”. Nous l’affirmons : tous les systèmes agricoles ne se valent pas pour parvenir à réduire l’usage des pesticides. D’après les résultats d’une étude, publiés dans l’Atlas des pesticides, la quantité de pucerons est 5 fois plus élevée dans les champs en agriculture conventionnelle[343]. L’agriculture industrielle s’est aujourd’hui rendue intrinsèquement dépendante des pesticides. A l’inverse, le même rapport du CGAAER, de l’IGF et de l’IGEDD estime que si 25 % de la surface agricole française passait du conventionnel à l’agriculture biologique, près de la moitié de l’objectif de réduction de 50 % de l’usage des pesticides serait atteint.

Après plus de 15 ans d’échec, il est donc crucial d’assumer pleinement que l’usage des pesticides est inhérent à certains modèles agricoles et que ceux-ci, si l’objectif est bien celui poursuivi par les gouvernements, doivent être freinés, au profit des systèmes économes et autonomes tels que l’agriculture biologique.

Par ailleurs, certaines faiblesses du régime d’autorisation ont également contribué à nous éloigner des objectifs d’Ecophyto. Lors de son audition par la Commission d’enquête, M. Guilhem de Sèze, chef du département “production des évaluations du risque” de l’EFSA, a confirmé le manque d’intégration de la littérature scientifique universitaire. Les procédures d’évaluation européennes et françaises sont trop souples : les entreprises doivent fournir elles-mêmes les informations jugées pertinentes pour l’évaluation. Il s’avère également, comme l’a rappelé Benoît Biteau lors de son audition, que l’EFSA n’a pas les moyens de faire appliquer scrupuleusement la réglementation en vigueur.

Aussi, en complément des préconisations du rapporteur, nous proposons de consolider le régime d’autorisation :

● En intégrant pleinement la littérature scientifique universitaire dans la procédure d’évaluation

● En augmentant le budget de l’EFSA et de l’ANSES pour leur permettre d’appliquer la réglementation

● En se rapprochant du droit américain pour que ce soit à la puissance publique de définir quelles informations sont pertinentes pour l’évaluation et que les industries soient dans l’obligation de les fournir, notamment :

- la totalité des co-formulants ;

- les effets à long terme : la CNDASPE (Commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé publique et d’environnement) a estimé dans un avis que pour deux exemples d’autorisation, les exigences du règlement européen en matière d’évaluation de la toxicité à long terme des pesticides n’étaient pas satisfaites ;

- les effets cocktails, l’EFSA ayant reconnu en novembre 2022 devant le Parlement européen ne pas avoir de méthode pour l’étude des effets synergiques ;

- les propriétés toxiques des métabolites des PFAS ;

- les effets du glyphosate sur la biodiversité.

En outre, concernant la séparation de la vente et du conseil, les Écologistes soutiennent le constat et les recommandations formulées par le rapporteur. Il soulignent par ailleurs le besoin de maintenir une régulation stricte de la séparation de la vente et du conseil, en conservant notamment les deux agréments “conseil spécifique” inscrits dans la loi, dans le référentiel :

● Le conseil spécifique séparé de la vente de produits phytosanitaires ;

● Le conseil spécifique indépendance élargie : conseil séparé de la vente et de l’application de tous les intrants (production végétale et animale), de tout machinisme agricole et de subventions de fonctionnements (C15 et C16 du référentiel conseil / disponible de manière volontaire pour les entreprises de conseil qui le souhaitent).

Dans ce contexte, il s’avère donc que l’échec des plans Ecophyto était prévisible. Comme le rappelle l’Atlas des pesticides en reprenant les constats formulés par l’INRAE[344] : “l’échec d’Ecophyto était prévisible. En se concentrant uniquement sur les pratiques des agriculteurs et des conseillers, ce plan a ignoré les effets plus larges des stratégies économiques et techniques déjà mises en place par l’ensemble des acteurs concernés, qui maintiennent des systèmes agricoles au sein desquels les pesticides jouent un rôle central. Il s’agit d’un véritable verrouillage sociotechnique, construit autour d’un réseau d’acteurs, de normes et de pratiques qui s’entretiennent mutuellement. Sans prise en compte de cette dimension systémique incluant les intérêts des divers acteurs, aucune évolution significative ne pourra s’enclencher.”

Engager une transition systémique vers l’agroécologie

La transition agroécologique est tout autant possible que nécessaire.

Plusieurs scénarios l’affirment, une agriculture sans pesticides est tout à fait réaliste à condition d’engager une réelle transition systémique. Ceci a été largement étudié et validé par le CNRS dans son étude “Une Europe sans pesticides en 2050”, par l’IDDRI (scénario Ten Years For Agroecology) ou encore Solagro dans le scénario Afterres. Ce constat est également appuyé empiriquement par le réseau de fermes DEPHY.

Il existe ainsi un consensus scientifique sur le fait qu’une transition systémique vers l’agroécologie est la façon la plus sûre de sortir des pesticides. Au contraire, les techniques d’optimisation de l’utilisation des phytos maintiennent les agriculteurs dans une dépendance aux pesticides. Pourtant, les Contrats de Solutions créés par la FNSEA et censés accompagner les professionnels vers la réduction et la sortie des pesticides, ne proposent quasiment que des solutions d’optimisation.

Si cette transition est techniquement possible, elle est même nécessaire. En effet, 50 % de la production agricole dépend directement des services écosystémiques. La destruction des écosystèmes par les pesticides met donc en péril notre résilience et notre souveraineté alimentaire. Les produits phytosanitaires peuvent également nuire aux cultures, en modifiant la régulation de leur système de défense contre les maladies et les champignons nocifs du sol. La stagnation des niveaux de rendements depuis 30 ans témoignent également de l’efficacité décroissante des produits phytosanitaires, en raison du phénomène croissant de résistance des plantes aux pesticides et de la dégradation des sols et de la biodiversité[345]. Il est donc grand temps de sortir de l’idée reçue selon laquelle notre agriculture ne fonctionnerait pas sans produits phytosanitaires.

Par ailleurs, les pesticides contaminent l’eau et les sols sur le long terme. Des analyses effectuées en Europe, ont montré que sur 317 couches arables agricoles testées, plus de 80 % contenaient des résidus de pesticides. Cette contamination est pérenne : selon une étude[346], après 20 ans d’agriculture biologique, jusqu’à 16 résidus de pesticides ont été retrouvés dans les échantillons de sols prélevés sur 60 sites agricoles à travers toute la Suisse. Cette contamination a lieu même à très petite dose, c’est pourquoi la simple réduction de l’usage des pesticides n’est pas satisfaisante et qu’il nous faut viser une sortie totale de l’usage des pesticides.

Par ailleurs, cela doit nous alerter sur la nécessité de préserver drastiquement les ressources en eau. L’État doit s’engager à définir les points de prélèvement sensibles, fixer un calendrier d’établissement de cette définition, et les conditions d’élaboration des plans de gestion de la sécurité sanitaire en eau. Les écologistes recommandent la mise en place d’un plan de sortie des pesticides de synthèse, accompagné des moyens nécessaires, sur les Aires d’Alimentation de Captage. De même, à la “sécurisation” et l’”accélération” des projets de stockage d’eau de grande ampleur, et de captation dans les nappes phréatiques, promues par le Gouvernement, nous devons opposer l’efficacité de l’argent public, le respect du droit commun, le dialogue démocratique. Force est de constater qu’en la matière, nous n’y sommes pas : un rapport du bureau d’études missionné par le comité de bassin Loire-Bretagne, pointait le 11 décembre 2023 le manque de transparence, la baisse des pesticides a minima, les conversions bio au compte-gouttes des agriculteurs engagés dans le protocole d’accord entérinant le projet de création de seize réserves de substitution sur le bassin de la Sèvre niortaise et du Mignon, cinq ans plus tard. Nous demandons un moratoire sur ces projets. Tant que celui-ci n’est pas appliqué, nous préconisons la conditionnalité stricte de tout engagement d’argent public au respect strict d’exigences en matière d’utilisation des pesticides, à la conversion en bio, avec des sanctions fortes et l’annulation des protocoles en cas de non-respect.

Malheureusement, les politiques publiques actuelles ne sont pas alignées sur ces constats scientifiques et les soutiens à la transition agroécologique sont bien trop faibles pour engager un réel changement de système.

Globalement, comme l’ont rappelé Hervé Guyomard et Jean-Christophe Bureau au cours de leur audition par la commission d’enquête, les politiques publiques soutiennent un système qui maintient une dépendance aux pesticides. D’après la Fondation pour la Nature et l’Homme, seulement 1 % des financements publics contribuerait véritablement à la réduction des phytos[347].

La Politique Agricole Commune (PAC), dans son fonctionnement même, contribue au maintien, voire à l’augmentation de l’utilisation des pesticides : les paiements directs à l’hectare, en stimulant l’agrandissement des exploitations, avec peu de rotation des cultures ou de diversification des assolements poussent à développer les modèles agricoles qui sont justement les plus dépendants au produits phytosanitaires. Ces grandes exploitations captent ainsi la grande majorité des aides PAC : en 2021, 20 % des exploitations agricoles concentraient 55,7 % du total des aides PAC octroyées.

Par ailleurs, les politiques publiques destinées à limiter l’utilisation des produits phytosanitaires et qui soutiennent la transition sont inefficaces. Le Plan Stratégique National (PSN) français, est en l’occurrence trop peu ambitieux et ne permet pas dans sa configuration actuelle de réduire leur utilisation :

- Les éco-régimes sont beaucoup trop accessibles et n’incitent pas au changement de pratique. Actuellement, la quasi-totalité des exploitations agricoles auraient accès au premier niveau sans changer de pratiques[348].

- Les Mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) sont sous-dotées budgétairement : d’après Jean-Christophe Bureau, auditionné par la commission d’enquête, leur budget s’élève à 550 millions d’euros. Ceci est bien peu au regard du budget total des concours publics à l’agriculture qui s’élèvent quant à eux à 14 milliards d’euros, soit 40 000 euros par exploitation en moyenne. Ainsi, il manque 250 à 350 millions d’euros au budget des MAEC au niveau national pour répondre aux contrats engagés sur la période 2023-2027.

- Enfin, la conditionnalité des aides n’est pas assez forte et pas assez orientée sur les produits phytosanitaires. Enfin, le label Haute Valeur Environnementale (HVE), n’incitant pas au changement de pratique, continue de bénéficier de soutiens publics.

Aussi, il est urgent de transformer en profondeur nos politiques publiques, d’une logique curative à une logique préventive, en réorientant les financements vers l’agroécologie. Cela nécessite de :

● Dresser un panorama de toutes les dépenses publiques qui encouragent directement ou indirectement au maintien des pesticides et l’associer à un plan de sortie. Ce rapport doit être rendu pour la révision du PSN à l’été 2024, ou pour le PLF2025 a minima et avoir un impact direct sur le budget vert.

● Renforcer les mécanismes contraignants sur l’utilisation des pesticides, notamment en :

- Augmentant le niveau des redevances pour pollution diffuse, pour qu’elles atteignent le même niveau que la taxation des produits pétroliers, soit 60 % du prix final des produits ;

- Augmentant la taxe sur les ventes des produits phytopharmaceutiques avec un effet redistributif pour les agriculteurs ;

- Renforçant les obligations en matière de pesticides dans les labels : label rouge, AOP, IGP.

● Réviser le PSN dès 2024 pour :

- Transformer l’aide à l’hectare en aide à l’actif ;

- Réhausser la conditionnalité des paiement directs de la PAC (notamment BCAE 4 et BCAE 7) ;

- Réhausser le budget alloué au MAEC pour la période 2023-2027 à hauteur de 350 millions d’euros ;

- Revoir le barème de l’éco-régime pour augmenter significativement l’écart entre niveau standard et niveau supérieur et garantir que le niveau standard prévoit déjà des actions concrètes et réelles pour l’environnement

- Rétablir l’aide au maintien en bio.

● Soutenir et promouvoir l’agriculture biologique, notamment via la révision du PSN, le rétablissement de l’aide au maintien, la mise en place d’outils de régulation des marchés, et le soutien à la demande (communication et commande publique)

● Développer les Paiement pour Services Environnementaux, notamment pour les exploitations à proximité des Aires d’alimentation de captages (AAC), pour rémunérer les agriculteurs qui contribuent à l’effort de réduction des pesticides

● Soutenir les filières protéines végétales, afin de promouvoir la végétalisation de l’alimentation, et la sortie des engrais de synthèse grâce à la fixation de l’azote dans le sol par les légumineuses

● Supprimer le label HVE et réorienter ses soutiens publics vers l’agriculture biologique

● Mettre en cohérence les autres politiques et stratégies pour qu’elles contribuent à la sortie des pesticides : installation, foncier, projets alimentaires territoriaux, plan eau, SNANC etc.

● Faire respecter les objectifs de la loi Egalim sur la restauration collective (50 % de produits de qualité et durables dont 20 % issus de l’agriculture biologique, repas végétariens) en soutenant financièrement et accompagnant les collectivités locales et acteurs publics concernés

● Sortir l’agriculture des accords de libre-échange et interdire les importations de produits alimentaires qui ne respectent pas les règles sanitaires, sociales et environnementales appliquées à l’agriculture européenne, notamment via la mise en place de clauses miroirs

Pour nourrir cette transition, il est également nécessaire d’orienter la recherche vers l’agroécologie, en :

● Facilitant l’accès aux données pour les chercheurs, notamment dans un but d’évaluer les incitations fiscales aux pesticides. Actuellement, le manque d’accès aux données contraint les travaux, notamment pour coupler économie et environnement.

● Réorientant les financements de la recherche prévus pour la robotique - génétique - numérique vers la recherche agronomique

Une condition préalable : en finir avec les lobbies et les marchands de doute et engager un démocratisation de notre système agricole et alimentaire

“Cela fait des années qu’on sait mais rien ne bouge”. Combien de fois avons-nous entendu ces mots ? De la part de scientifiques, journalistes, agriculteurs, médecins, élus, citoyens… Des centaines de rapports, de campagnes, de témoignages, de livres, de films, mais rien ne bouge. Pourquoi continue-t-on de gaspiller l’argent public dans un modèle qui précarise et rend malade nos agriculteurs, tue nos sols, détruit le vivant ? Pourquoi empêche-t-on la généralisation des innovations agroécologiques, vertueuses pour l’environnement et les humains ?

Nous connaissons le problème. Nous devons le nommer et le combattre clairement : le verrouillage de notre système agricole par les tenants de l’agriculture industrielle, qui en sont les principaux bénéficiaires. En tête, le lobby de l’agrochimie, l’un des plus puissants, a construit ses relais patiemment mais sûrement depuis des années, des chambres d’agriculture aux plateaux de chaînes d’information.

Dénoncer le rôle du lobbying de l’agrochimie semble être une lapalissade tant il a été documenté, notamment sur le dossier du glyphosate où il avait par exemple été révélé que l’Institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques avait recopié des pages entières des dossiers présentés par les industriels, dont Monsanto[349]. En France, le syndicat majoritaire, la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), impose régulièrement ses vues au gouvernement comme il l’a de nouveau démontré il y a quelques jours avec l’abandon par le gouvernement de la hausse de la redevance pour pollutions diffuses, en dépit du principe, constitutionnel, de pollueur-payeur et des alertes des Agences de l’eau.

Néanmoins, si nous ne disons pas cela, si nous ne comprenons pas que tout se joue ici, nous continuerons de regretter années après années, auditions après auditions, rapports après rapports, l’échec de notre politique de réduction de l’usage des pesticides.

Notre faillite à réduire l’usage des pesticides vient d’une forme d’impuissance politique que les gouvernements successifs ont construit eux-mêmes, en laissant les rênes de la décision politique en matière d’utilisation des pesticides à d’autres qu’aux citoyennes et citoyens. Ces autres, ce sont les nombreux think tanks, journalistes ou célébrités qui désinforment afin de bloquer la transition et maintenir le statu quo. Aussi, les Écologistes soutiennent la proposition du rapporteur visant à instaurer une taxe sur les dépenses en publicité des entreprises agroalimentaires, destinée à financer la montée en puissance de la communication publique sur une alimentation saine et économe en produits phytosanitaires.

Ces nouvelles stratégies de manipulation des marchands de doute, qui tentent de s’emparer du marché de l’information scientifique, sont décrites dans l’enquête “Les gardiens de la raison” de Stéphane Foucart, Stéphane Horel et Sylvain Laurens. Ils y évoquent par exemple des sites internet se réclamant du fact-checking, sur l’actualité agricole.

Extraits de l’enquête :