Scrutin n° 4680 du 08/12/2025
Sur l'amendement n° 14 de Mme Elisa Martin et l'amendement identique suivant de suppression de l'article 18 de la proposition de loi portant création d'un statut de l'élu local (deuxième lecture).
- Dossier
- Proposition de loi portant création d'un statut de l'élu local (relié par : amendement)
- Demandé par
- Président du groupe "Socialistes et apparentés"
- Objet
- amendement
- Source
- assemblee-nationale.fr
Amendement n° 14 · Article 18
De Élisa Martin (LFI-NFP) , déposé le 04/12/2025. Sort : Rejeté. Fiche de l'amendement · sur le proposition de loi portant création d’un statut de l’élu local
Dispositif
Supprimer cet article.
Exposé sommaire
Par cet amendement, les députés du groupe LFI visent à supprimer les dispositions tendant à restreindre le champ d’application de la prise illégale d’intérêts.
1) Premièrement, cette modification ne s'appliquerait pas uniquement aux élus locaux. À ce titre, comme le relèvent les associations Anticor, Transparency International France et Sherpa, « si le but est de clarifier les règles pour les élus locaux, il serait plus approprié d'intervenir sur le fondement de l'article L. 1111-6 du code général des collectivités territoriales ». Or, la modification proposée entraîne un allègement généralisé et sans précédent de la responsabilité de l'ensemble des agents publics, avec des effets de bord potentiellement considérables et difficilement mesurables.
2) Deuxièmement, l’infraction deviendrait extrêmement difficile à caractériser. En remplaçant la formule actuelle « un intérêt de nature à compromettre » par « altérant », le texte substitue un critère subjectif à un critère objectif, pourtant central à la prévention des conflits d’intérêts. Cette évolution représente un net recul en matière de transparence. De plus, le Sénat ajoute l'exigence d'une action « en connaissance de cause », introduisant ainsi un élément intentionnel qui complexifie encore davantage la caractérisation de l'infraction. Comme l’indique la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique dans son Guide déontologique, il suffit, conformément à la théorie des apparences, qu’un doute raisonnable puisse naître sur l’exercice indépendant, impartial et objectif d’une fonction publique pour qu’un conflit d’intérêts soit caractérisé.
Le droit actuel sanctionne la possibilité d’une interférence, et non son intention ou son effet. Exiger une compromission effective revient à vider la norme de sa substance.
3) Troisièmement, il est introduit une exception dérogatoire dangereuse : l'infraction ne serait pas constituée lorsque la personne « ne pouvait agir autrement en vue de répondre à un motif impérieux d'intérêt général ».
Cette disposition crée une brèche considérable dans le dispositif répressif. Non seulement la notion de « motif impérieux d'intérêt général » est floue, mais l'ajout de la condition « ne pouvait agir autrement » suggère qu'il suffirait d'invoquer une quelconque nécessité pour échapper à toute poursuite. Cette exception risque de neutraliser l'infraction dans de nombreuses situations.
4) Enfin, cet article supprime le conflit d'intérêt "public-public". Si l’existence du conflit d’intérêt public-public est une singularité française, le seul constat de cette particularité ne saurait, à lui seul, justifier une modification des textes actuels pour en affaiblir la portée.
L'article inscrit désormais explicitement dans le code pénal que « ne peut constituer un intérêt au sens du présent article, un intérêt public », et modifie également l'article 432-12-1 en excluant « un intérêt public » du champ de l'infraction de trafic d'influence.
Supprimer toute notion d'« intérêt public » est la voie ouverte à tout type de chevauchement dans lesquels il deviendra impossible de constater une infraction : sociétés d’économie mixte, partenariats public-privé, services publics confiés à des acteurs privés, etc.
Vote par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Membres | Pour | Contre | Abst. | Non-votants |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Rassemblement National | contre | 123 | 0 | 19 | 0 | 0 |
| Ensemble pour la République | contre | 91 | 1 | 19 | 0 | 1 |
| La France insoumise - Nouveau Front Populaire | pour | 71 | 20 | 0 | 0 | 0 |
| Socialistes et apparentés | contre | 69 | 0 | 14 | 0 | 0 |
| Droite Républicaine | contre | 49 | 0 | 8 | 0 | 0 |
| Écologiste et Social | abstention | 38 | 0 | 1 | 5 | 0 |
| Les Démocrates | contre | 36 | 0 | 5 | 0 | 1 |
| Horizons & Indépendants | contre | 34 | 0 | 9 | 0 | 0 |
| Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires | contre | 22 | 0 | 7 | 0 | 0 |
| Gauche Démocrate et Républicaine | pour | 17 | 1 | 0 | 0 | 0 |
| Union des droites pour la République | contre | 16 | 0 | 2 | 0 | 0 |
| Non inscrit | contre | 9 | 0 | 4 | 0 | 0 |
Votants
pour (22)
Jean-Luc Fugit EPR, Stéphane Peu GDR, Nadège Abomangoli LFI-NFP, Farida Amrani LFI-NFP*, Christophe Bex LFI-NFP, Manuel Bompard LFI-NFP, Idir Boumertit LFI-NFP, Gabrielle Cathala LFI-NFP, Bérenger Cernon LFI-NFP, Jean-François Coulomme LFI-NFP, Karen Erodi LFI-NFP, Sylvie Ferrer LFI-NFP, David Guiraud LFI-NFP, Zahia Hamdane LFI-NFP, Mathilde Hignet LFI-NFP*, Élise Leboucher LFI-NFP*, Murielle Lepvraud LFI-NFP, Élisa Martin LFI-NFP, Nathalie Oziol LFI-NFP, Mathilde Panot LFI-NFP, Anne Stambach-Terrenoir LFI-NFP, Aurélie Trouvé LFI-NFP
contre (88)
Valérie Bazin-Malgras DR*, Sylvie Bonnet DR, Émilie Bonnivard DR*, Lionel Duparay DR, Philippe Gosselin DR, Guillaume Lepers DR, Jean-Pierre Taite DR, Nicolas Tryzna DR, Erwan Balanant Dem, Sandrine Josso Dem*, Éric Martineau Dem, Jean-Paul Mattei Dem, Jimmy Pahun Dem, Florent Boudié EPR, Anthony Brosse EPR*, Danielle Brulebois EPR, Yannick Chenevard EPR, Nicole Dubré-Chirat EPR, Sébastien Huyghe EPR, Catherine Ibled EPR, Brigitte Klinkert EPR*, Didier Le Gac EPR, Christophe Marion EPR*, Christophe Mongardien EPR, Karl Olive EPR, Agnès Pannier-Runacher EPR, Anne-Sophie Ronceret EPR, Charles Sitzenstuhl EPR, Violette Spillebout EPR, Corinne Vignon EPR, Éric Woerth EPR*, Caroline Yadan EPR, Steevy Gustave EcoS, Thierry Benoit HOR, Benoît Blanchard HOR, Jean-Michel Brard HOR, Nathalie Colin-Oesterlé HOR, Agnès Firmin Le Bodo HOR, Pierre Henriet HOR, Lise Magnier HOR, Jean Moulliere HOR, Christophe Plassard HOR*, Jean-Pierre Bataille LIOT, Joël Bruneau LIOT, Charles de Courson LIOT, David Habib LIOT*, Stéphane Lenormand LIOT, Christophe Naegelen LIOT, Constance de Pélichy LIOT*, Véronique Besse NI, Philippe Bonnecarrère NI, Daniel Grenon NI, Lionel Vuibert NI, Christophe Bentz RN, Guillaume Bigot RN*, Bruno Bilde RN, Emmanuel Blairy RN, Jérôme Buisson RN, Marc de Fleurian RN, Jonathan Gery RN, Julien Guibert RN, Marine Hamelet RN, Nadine Lechon RN, Philippe Lottiaux RN, David Magnier RN, Claire Marais-Beuil RN, Michèle Martinez RN, Alexandra Masson RN, Lisette Pollet RN, Julien Rancoule RN, Emeric Salmon RN, Jean-Philippe Tanguy RN, Marie-José Allemand SOC, Christian Baptiste SOC, Marie-Noëlle Battistel SOC*, Stéphane Delautrette SOC, Dieynaba Diop SOC, Romain Eskenazi SOC, Chantal Jourdan SOC, Sophie Pantel SOC, Marc Pena SOC, Dominique Potier SOC, Pierre Pribetich SOC, Valérie Rossi SOC, Isabelle Santiago SOC*, Thierry Sother SOC*, Olivier Fayssat UDR, Sophie Ricourt Vaginay UDR
abstention (5)
Pouria Amirshahi EcoS*, Christine Arrighi EcoS, Emmanuel Duplessy EcoS, Catherine Hervieu EcoS, Sébastien Peytavie EcoS
non-votant (2)
Christophe Blanchet Dem, Yaël Braun-Pivet EPR
mise au point seule (1)
Mises au point
Députés ayant déclaré après coup avoir voulu voter autrement (le résultat n'est pas modifié).
- Manuel Bompard : voulait voter non-votant (a voté pour)
- Éric Coquerel : voulait voter pour