Scrutin n° 2547 du 27/09/2023
Sur l'amendement de suppression n° 8 de M. Delaporte et les amendements identiques suivants à l'article 2 du projet de loi pour le plein emploi (première lecture).
- Dossier
- Pour le plein emploi (relié par : amendement)
- Demandé par
- Présidente du groupe "Rassemblement National" Présidente du groupe "La France insoumise - Nouvelle Union Populaire écologique et sociale" Président du groupe "Socialistes et apparentés (membre de l'intergroupe NUPES)" Présidente du groupe "Écologiste -
- Objet
- amendement
- Source
- assemblee-nationale.fr
Amendement n° 8 · Article 2
De Arthur Delaporte (SOC) , déposé le 21/09/2023. Sort : Rejeté. Fiche de l'amendement · sur le projet de loi projet de loi sur le projet de loi, adopté par le Sénat après engagement de...
Dispositif
Supprimer cet article.
Exposé sommaire
Cet amendement des députés socialistes et apparentés vise à supprimer cet article 2, qui vise à assujettir l’ensemble des personnes inscrites à Pôle Emploi - donc y compris les allocataires du RSA - à la signature d’un nouveau « contrat d’engagement », comportant un minimum de 15 heures d’activité hebdomadaire.
Les députés signataires du présent amendement s’opposent fermement à cette disposition qui fragilise le droit au RSA, qui est pourtant le dernier filet de sécurité pour nos concitoyens, par exemple en cas d’absence ou de fin de droits à une assurance chômage, elle-même mise à mal par la réforme de 2022.
Il suffit pour s’en convaincre de se rappeler les mots de François Mitterrand en 1988 dans sa Lettre aux Français, dans laquelle il annonçait la création du Revenu minimum d’insertion (RMI) : « L’important est qu’un moyen de vivre ou plutôt de survivre soit garanti à ceux qui n’ont rien »
Après les deux réformes de l’assurance chômage (2019 et 2022) puis la réforme des retraites, cette réforme repose sur le même postulat historique du libéralisme : l’individu est lui-même seul responsable de ses turpitudes, et le rôle de l’État, par la coercition (donc la sanction financière), est de forcer le « profiteur » à se réinsérer.
Traduisant ce postulat philosophique, nul intérêt à renforcer les politiques publiques d’accompagnement social et d’insertion professionnelle : il suffirait de conditionner le versement du RSA à la réalisation de 15 à 20 heures « d’activité » pour que les allocataires du RSA trouve un emploi.
A l’opposé de ce postulat, nous pensons qu’être allocataire d’un minimum social n’est jamais un choix, jamais un « bénéfice » indu ; pas plus que la responsabilité de l’exclusion sociale et professionnelle ne repose exclusivement sur la personne.
Cet article 2 prévoit également un renforcement des sanctions, pourtant considérées comme inefficaces par de nombreuses études économiques, au premier rang desquelles la littérature d’Esther Duflo, prix Nobel d’économie.
Outre ce postulat philosophique et cette inefficacité à sanctionner, nous souhaitons dénoncer les effets pervers que va générer cet article 2.
C’est ce qui s’est passé au Royaume-Uni avec l’aggravation des sanctions sur le Universel Credit – qui a accru l’incertitude sur l’avenir et le stress des allocataires – sans un quelconque effet positif sur l’emploi, voire avec un effet contre-productif avec une multiplication des candidatures inappropriées mais nécessaires pour conserver son allocation.
A l’inverse de l’ensemble de ce projet de loi, et notamment de son article 2, les députés du groupe Socialistes et apparentés proposent de consacrer un droit opposable à l’accompagnement du bénéficiaire conjugué à un minimum social inconditionnel, revalorisé, et ouvert aux jeunes actifs.
Alors que l’allocataire vit une situation sociale et/ou professionnelle difficile qui le conduit à demander le RSA, un tel droit opposable inverse la charge de la responsabilité : les difficultés de l’allocataire ne relèvent plus de sa faute, mais de la société qui n’a pas su organiser son insertion (école, transports, garde d’enfants, emplois adaptés, etc.).
Il reviendrait dès lors à la collectivité - via les politiques publiques - de garantir à l’allocataire un accompagnement adapté, et mettre en place des services publics (école, transports, garde d’enfants, emplois adaptés, etc.) pour faciliter sa réinsertion sociale et professionnelle.
Un tel droit est également une réponse au non-recours au RSA (estimé à environ 30 % des allocataires potentiels).
Une telle inversion de la responsabilité renouerait avec l’histoire glorieuse de la construction de la protection sociale française, qui est celle d’une construction d’une assurance contre des risques collectifs qui pèsent sur les individus.
Outre ce droit à l’accompagnement opposable, il revient également de revoir le modèle-même du RSA.
Plusieurs principes nous guident ici : l’inconditionnalité, l’automaticité, la revalorisation du montant, et son ouverture aux jeunes actifs.
Pour toutes ces raisons, et dans une opposition ferme à cet article 2, cet amendement propose sa suppression pure et simple.
Vote par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Membres | Pour | Contre | Abst. | Non-votants |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Renaissance | contre | 170 | 0 | 58 | 0 | 0 |
| Rassemblement National | pour | 88 | 13 | 1 | 1 | 1 |
| La France insoumise - Nouvelle Union Populaire écologique et sociale | pour | 75 | 14 | 0 | 0 | 0 |
| Les Républicains | contre | 62 | 0 | 15 | 0 | 0 |
| Démocrate (MoDem et Indépendants) | contre | 51 | 0 | 10 | 0 | 0 |
| Socialistes et apparentés (membre de l’intergroupe NUPES) | pour | 31 | 5 | 0 | 0 | 0 |
| Horizons et apparentés | contre | 30 | 0 | 4 | 0 | 0 |
| Écologiste - NUPES | pour | 23 | 6 | 0 | 0 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine - NUPES | pour | 22 | 4 | 0 | 0 | 0 |
| Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires | pour | 21 | 3 | 0 | 2 | 0 |
| Non inscrit | contre | 4 | 0 | 1 | 0 | 0 |
Votants
pour (45)
Cyrielle Chatelain Ecolo - NUPES, Julie Laernoes Ecolo - NUPES, Benjamin Lucas-Lundy Ecolo - NUPES, Sébastien Peytavie Ecolo - NUPES, Marie Pochon Ecolo - NUPES, Sandra Regol Ecolo - NUPES, Pierre Dharréville GDR - NUPES, Elsa Faucillon GDR - NUPES, Émeline K/Bidi GDR - NUPES, Yannick Monnet GDR - NUPES, Ségolène Amiot LFI - NUPES, Louis Boyard LFI - NUPES, Jean-François Coulomme LFI - NUPES, Andy Kerbrat LFI - NUPES, Arnaud Le Gall LFI - NUPES, Élise Leboucher LFI - NUPES*, Jérôme Legavre LFI - NUPES, Mathilde Panot LFI - NUPES, Jean-Hugues Ratenon LFI - NUPES, Sébastien Rome LFI - NUPES, Danielle Simonnet LFI - NUPES, Ersilia Soudais LFI - NUPES, Andrée Taurinya LFI - NUPES, Paul Vannier LFI - NUPES, Martine Froger LIOT, Stéphane Lenormand LIOT*, Benjamin Saint-Huile LIOT, Frédéric Boccaletti RN, Victor Catteau RN, Jocelyn Dessigny RN, Sandrine Dogor-Such RN, Stéphanie Galzy RN, Yoann Gillet RN, Jordan Guitton RN, Julie Lechanteux RN*, Katiana Levavasseur RN, Michèle Martinez RN, Kévin Mauvieux RN, Nicolas Meizonnet RN, Anaïs Sabatini RN, Arthur Delaporte SOC, Jérôme Guedj SOC, Philippe Naillet SOC, Bertrand Petit SOC, Roger Vicot SOC
contre (89)
Anne Bergantz Dem, Laurent Croizier Dem, Estelle Folest Dem, Cyrille Isaac-Sibille Dem*, Florence Lasserre Dem, Laurent Leclercq Dem, Maud Petit Dem, Nicolas Turquois Dem, Laurence Vichnievsky Dem, Frédéric Zgainski Dem, Paul Christophe HOR, Félicie Gérard HOR, François Gernigon HOR, Stéphanie Kochert HOR, Thibault Bazin LR, Valérie Bazin-Malgras LR, Émilie Bonnivard LR, Hubert Brigand LR, Pierre Cordier LR, Marie-Christine Dalloz LR, Vincent Descoeur LR, Julien Dive LR, Justine Gruet LR, Philippe Juvin LR, Yannick Neuder LR, Jérôme Nury LR, Éric Pauget LR, Jean-Pierre Vigier LR, Alexandre Vincendet LR, Emmanuelle Ménard NI, Caroline Abadie RE, Éric Alauzet RE, David Amiel RE, Fanta Berete RE, Benoît Bordat RE, Éric Bothorel RE, Chantal Bouloux RE, Bertrand Bouyx RE, Danielle Brulebois RE, Stéphane Buchou RE, Françoise Buffet RE, Pierre Cazeneuve RE, Yannick Chenevard RE, Mireille Clapot RE*, Laurence Cristol RE, Christine Decodts RE, Julie Delpech RE*, Nicole Dubré-Chirat RE, Philippe Dunoyer RE*, Philippe Emmanuel RE, Marc Ferracci RE, Jean-Marie Fiévet RE, Philippe Frei RE, Jean-Luc Fugit RE, Guillaume Gouffier Valente RE, Claire Guichard RE, Benjamin Haddad RE, Laurence Heydel Grillere RE, Monique Iborra RE, Jean-Michel Jacques RE, Guillaume Kasbarian RE*, Brigitte Klinkert RE, Virginie Lanlo RE, Pascal Lavergne RE*, Sandrine Le Feur RE, Didier Le Gac RE, Christine Le Nabour RE, Nicole Le Peih RE, Marie Lebec RE, Vincent Ledoux RE*, Bastien Marchive RE, Christophe Marion RE, Denis Masséglia RE, Nicolas Metzdorf RE*, Charlotte Parmentier-Lecocq RE, Emmanuel Pellerin RE, Michèle Peyron RE, Béatrice Piron RE, Jean-Pierre Pont RE, Rémy Rebeyrotte RE, Cécile Rilhac RE, Charles Rodwell RE*, Philippe Sorez RE, Bertrand Sorre RE, Huguette Tiegna RE, Annie Vidal RE*, Stéphane Vojetta RE, Lionel Vuibert RE, Pierrick Berteloot RN
abstention (3)
Guy Bricout LIOT, Béatrice Descamps LIOT, Philippe Schreck RN