Scrutin n° 228 du 08/11/2017
Sur l'amendement n° 627 de M. Ratenon à l'article 29 et État B de la seconde partie du projet de loi de finances pour 2018 (première lecture) - Mission Travail et emploi
- Dossier
- Loi de finances 2018 (relié par : amendement)
- Demandé par
- Président du groupe "La France insoumise"
- Objet
- amendement
- Source
- assemblee-nationale.fr
Amendement n° II-627 · ÉTAT B
De Jean-Hugues Ratenon (FI) , déposé le 02/11/2017. Sort : Rejeté. Fiche de l'amendement · sur le projet de loi projet de loi de finances pour 2018
Exposé sommaire
Après avoir coupé les financements pour réduire le nombre de contrats aidés qui passeraient de 479 000 en 2016 (ce chiffre prend en compte l’ensemble des contrats aidés ouverts en 2016 et non pas seulement ceux prévus en loi de finances initiale) à seulement 310 000 en 2017, le projet de loi de finances pour 2018 n’en prévoit plus que 200 000.
Sur les 200 000 contrats restants, le taux de prise en charge va diminuer de 72,5 % à 50 % et les emplois d’avenir, mis en place par le précédent Gouvernement pour mettre l’accent sur la formation, sont totalement supprimés.
Cette politique est dangereuse : des associations, des Ehpad, des collectivités locales, des écoles, des entreprises d’insertion et des entreprises traditionnelles se retrouvent en grande difficulté à cause de la perte de ces emplois. Au-delà de ces structures fragilisées, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui se retrouvent sans emploi : le Gouvernement se rend ainsi coupable du plus grand plan social de l’histoire de France. Sa vision idéologique le conduit même à fragiliser la timide reprise de l’emploi observée ces derniers mois.
Le Gouvernement justifie son action en affirmant que les contrats aidés ne permettent pas de favoriser l’insertion sur le marché du travail. Mais ce constat est pour le moins excessif voire trompeur. Comme le montre une étude de la DARES de mars 2017, six mois après la fin de l’aide de l’État, 67 % des personnes sorties en 2014 d’un CUI-CIE (contrat aidé du secteur marchand) et 41 % des personnes sorties d’un CUI-CAE (contrat aidé du secteur non-marchand) étaient en emploi. De plus, 71 % des sortants de CUI-CIE en 2014 ont été embauchés en CDI à la fin de leur contrat.
Ces chiffres sont tout à fait positifs si l’on tient compte des difficultés particulières des personnes généralement concernées par des emplois aidés, notamment dans le secteur non-marchand. En effet, un effort de ciblage sur les publics éloignés du marché du travail a été conduit ces dernières années. En 2015, neuf nouveaux bénéficiaires d’un contrat unique d’insertion sur dix présentaient des difficultés particulières pour trouver un emploi. Une part qui a sensiblement augmenté ces dernières années, à en croire la DGEFP. Même constat pour les récents emplois d’avenir, qui ont bénéficié à 79 % à des jeunes peu ou pas diplômés.
Au cours des cinq dernières années, les contrats aidés ont en outre fait l’objet d’un allongement de la durée moyenne des contrats (presque 12 mois actuellement) et d’un renforcement de la formation dispensée, en particulier en ce qui concerne les emplois d’avenir, afin de favoriser l’insertion durable dans l’emploi. La DARES montre ainsi que l’obligation de formation sur les emplois d’avenir est tout à fait remarquable : un an après la signature de leur contrat, 3 jeunes sur 4 en emploi d’avenir ont bénéficié d’une formation et 1 jeune sur 2 d’une formation certifiante. Les emplois d’avenir sont ainsi un outil de qualification qui a fait ses preuves.
Alors que le Gouvernement n’a de cesse de parler de formation pour les chômeurs, pourquoi casse-t-il ainsi l’un des principaux outils de formation des personnes les plus éloignées du marché de l’emploi ? Quelle est la logique en œuvre alors qu’il ne propose rien à la place ?
S’il y’a un défaut que l’on peut adresser aux contrats aidés, il résiderait dans l’effet d’aubaine pour certaines entreprises du secteur marchand : 58 % des emplois qui ont été pourvus par des personnes en contrats aidés dans le secteur marchand auraient de toute manière été pourvus selon la DARES. Cependant, même cet effet d’aubaine est de loin préférable à la montée du chômage et de la précarité. Il ne touche d’ailleurs principalement que le secteur marchand : à l’inverse, 66 % des emplois créés grâce aux contrats aidés dans le secteur non-marchand n’auraient pas été créés sans la perspective de bénéficier de l’aide. Dans le secteur non marchand, la DARES confirme ainsi que « financer un contrat aidé permet de créer un emploi supplémentaire ».
Les emplois aidés contribuent d’ailleurs à la vitalité de l’activité économique et permettent de créer des emplois durables : en 2015, les 60 000 contrats aidés supplémentaires votés par le Parlement ont ainsi permis une création nette d’environ 21 000 emplois selon cette étude. Ils jouent un rôle contra-cyclique certain : en période de ralentissement économique, ils ont un effet positif sur l’activité parce qu’ils permettent d’améliorer rapidement les conditions de vie de leurs bénéficiaires, en leur distribuant du pouvoir d’achat.
La suppression des contrats aidés est donc contre-productive pour l’emploi et pour l’activité, en plus d’avoir de dramatiques conséquences humaines. C’est d’autant plus regrettable que si le volume annuel de 450 000 emplois aidés a représenté un coût pour l’État de près de 4 milliards d’euros en 2016, cela représente un coût moyen par emploi, tous dispositifs confondus, d’environ 8 000 euros par emploi aidé, alors que le CICE, dans ses meilleures estimations, a coûté plus de 200 000 euros par emploi créé ou sauvegardé !
Face à ces constats, l’exécutif ne propose aucune alternative et demeure figé dans une logique d’austérité mortifère pour les classes populaires et les classes moyennes. Cette logique conduit à casser les dispositifs économiques et sociaux les plus utiles tandis que sont multipliés les cadeaux fiscaux inutiles aux classes les plus aisées. A cet égard, les 3,2 milliards d’euros de la suppression de l’ISF, qui vont favoriser l’inflation immobilière et le prix des actifs sur les marchés financiers en profitant aux plus aisés, sont à mettre au regard du licenciement de 150 000 personnes qui devrait « rapporter » environ 1,2 milliard d’euros au Gouvernement. Comme toujours, M. Macron propose l’austérité pour les plus fragiles et la prospérité pour les plus riches.
Cet amendement vise donc à augmenter de 150 000 le nombre de contrats aidés pour un coût de 1,2 milliard d’euros. Il prélève pour cela les moyens correspondants sur les crédits destinés à financer les exonérations de cotisations sociales pour les apprentis (sachant que la loi oblige de toute façon l’État à verser les montants correspondant aux organismes de sécurité sociale) dans le cadre de l’action n°2 « Amélioration de l’insertion dans l’emploi par l’adaptation des qualifications et la reconnaissance des compétences » du programme 103 « Accompagnement des mutations économiques et développement de l’emploi », pour les reverser sur l’action n°2 « Amélioration des dispositifs en faveur de l’emploi des personnes les plus éloignées du marché du travail » du programme 102 « Accès et retour à l’emploi ».
Vote par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Membres | Pour | Contre | Abst. | Non-votants |
|---|---|---|---|---|---|---|
| La République en Marche | contre | 313 | 0 | 98 | 2 | 1 |
| Les Républicains | abstention | 100 | 5 | 4 | 7 | 1 |
| Mouvement Démocrate et apparentés | contre | 47 | 0 | 15 | 0 | 0 |
| Les Constructifs : républicains, UDI, indépendants | contre | 35 | 1 | 2 | 0 | 0 |
| Nouvelle Gauche | pour | 31 | 9 | 0 | 0 | 0 |
| Non inscrit | pour | 18 | 1 | 0 | 0 | 0 |
| La France insoumise | pour | 17 | 7 | 0 | 0 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine | pour | 16 | 2 | 0 | 0 | 0 |
Votants
pour (25)
Ugo Bernalicis FI, Caroline Fiat FI, Michel Larive FI, Danièle Obono FI, Loïc Prud'homme FI, Adrien Quatennens FI, Jean-Hugues Ratenon FI, Alain Bruneel GDR, Hubert Wulfranc GDR, Francis Vercamer LC, Emmanuelle Anthoine LR, Nathalie Bassire LR, David Lorion LR, Jean-Louis Masson LR, Laurence Trastour-Isnart LR, Joël Aviragnet NG, Ericka Bareigts NG, Marie-Noëlle Battistel NG, Jean-Louis Bricout NG, Olivier Faure NG, Régis Juanico NG, Christine Pirès Beaune NG, Dominique Potier NG, Boris Vallaud NG, Michel Castellani NI
contre (119)
Agnès Firmin Le Bodo LC, Laure de La Raudière LC, Thibault Bazin LR, Gérard Cherpion LR, Gilles Lurton LR, Stéphane Viry LR, Saïd Ahamada LaREM, Ramlati Ali LaREM, Florian Bachelier LaREM, Delphine Bagarry LaREM, Belkhir Belhaddad LaREM, Aurore Bergé LaREM, Pascal Bois LaREM, Bruno Bonnell LaREM, Julien Borowczyk LaREM, Éric Bothorel LaREM, Brigitte Bourguignon LaREM, Anne Brugnera LaREM, Pierre Cabaré LaREM, Émilie Cariou LaREM, Sylvie Charrière LaREM, Fannette Charvier LaREM, Philippe Chassaing LaREM, Guillaume Chiche LaREM, Jean-Charles Colas-Roy LaREM, Fabienne Colboc LaREM, Claire Colomb-Pitollat LaREM, Dominique Da Silva LaREM, Marc Delatte LaREM, Michel Delpon LaREM, Jacqueline Dubois LaREM, Nicole Dubré-Chirat LaREM, Catherine Fabre LaREM, Emmanuelle Fontaine-Domeizel LaREM, Jean-Luc Fugit LaREM, Albane Gaillot LaREM, Grégory Galbadon LaREM, Laurence Gayte LaREM, Olga Givernet LaREM, Guillaume Gouffier Valente LaREM, Carole Grandjean LaREM, Florence Granjus LaREM, Stanislas Guerini LaREM, Yannick Haury LaREM, Monique Iborra LaREM, Jean-Michel Jacques LaREM, Hubert Julien-Laferrière LaREM, Stéphanie Kerbarh LaREM, Rodrigue Kokouendo LaREM, Célia de Lavergne LaREM, Gilles Le Gendre LaREM, Christine Le Nabour LaREM, Nicole Le Peih LaREM, Gaël Le Bohec LaREM, Jean-Claude Leclabart LaREM, Marion Lenne LaREM, Monique Limon LaREM, Richard Lioger LaREM, Marie-Ange Magne LaREM, Sylvain Maillard LaREM, Laurence Maillart-Méhaignerie LaREM, Jacques Marilossian LaREM, Denis Masséglia LaREM, Sereine Mauborgne LaREM, Jean François Mbaye LaREM, Graziella Melchior LaREM, Thomas Mesnier LaREM, Marjolaine Meynier-Millefert LaREM, Thierry Michels LaREM, Amélie de Montchalin LaREM, Jean-Baptiste Moreau LaREM, Adrien Morenas LaREM, Cendra Motin LaREM, Mickaël Nogal LaREM, Valérie Oppelt LaREM, Matthieu Orphelin LaREM, Patrice Perrot LaREM, Anne-Laurence Petel LaREM, Valérie Petit LaREM, Michèle Peyron LaREM, Damien Pichereau LaREM, Benoit Potterie LaREM, Éric Poulliat LaREM, Natalia Pouzyreff LaREM, Bruno Questel LaREM, Véronique Riotton LaREM, Marie-Pierre Rixain LaREM, Mireille Robert LaREM, Laëtitia Romeiro Dias LaREM, Thomas Rudigoz LaREM, Pacôme Rupin LaREM, Jean-Bernard Sempastous LaREM, Aurélien Taché LaREM, Liliana Tanguy LaREM, Jean Terlier LaREM, Vincent Thiébaut LaREM, Alice Thourot LaREM, Nicole Trisse LaREM, Marie-Christine Verdier-Jouclas LaREM, Corinne Vignon LaREM, Guillaume Vuilletet LaREM, Martine Wonner LaREM, Hélène Zannier LaREM, Jean-Marc Zulesi LaREM, Philippe Bolo MODEM, Jean-Louis Bourlanges MODEM, Marguerite Deprez-Audebert MODEM, Sarah El Haïry MODEM, Nadia Essayan MODEM, Bruno Fuchs MODEM, Brahim Hammouche MODEM, Mohamed Laqhila MODEM, Philippe Michel-Kleisbauer MODEM, Jimmy Pahun MODEM, Frédéric Petit MODEM, Josy Poueyto MODEM, Richard Ramos MODEM, Michèle de Vaucouleurs MODEM, Sylvain Waserman MODEM
abstention (9)
Pierre Cordier LR, Fabien Di Filippo LR, Laurent Furst LR, Maxime Minot LR, Aurélien Pradié LR, Alain Ramadier LR, Frédéric Reiss LR, Stella Dupont LaREM, Paul Molac LaREM
non-votant (2)
Marc Le Fur LR, François de Rugy LaREM
mise au point seule (1)
Mises au point
Députés ayant déclaré après coup avoir voulu voter autrement (le résultat n'est pas modifié).
- Patricia Mirallès : voulait voter contre