Scrutin n° 2135 du 08/10/2019
Sur l'amendement n° 2427 de Mme Obono et l'amendement identique suivant après l'article 21 du projet de loi relatif à la bioéthique (première lecture).
- Dossier
- Bioéthique (relié par : amendement)
- Demandé par
- Président du groupe "La France insoumise"
- Objet
- amendement
- Source
- assemblee-nationale.fr
Amendement n° 2427 · Article 21
De Danièle Obono (FI) , déposé le 20/09/2019. Sort : Rejeté. Fiche de l'amendement · sur le projet de loi projet de loi sur le projet de loi relatif à la bioéthique (n°2187).
Dispositif
I. – Après le septième alinéa de l’article L. 1111‑4 du code de la santé publique, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :
« Hors nécessité vitale immédiate, aucun acte médical de conformation sexuée irréversible visant à modifier les caractéristiques sexuelles ne peut être effectué sur une personne mineure tant que l’intéressée n’est pas en mesure d’exprimer par elle-même son consentement après avoir reçu une information adaptée à son âge. »
II. – Le dernier alinéa de l’article 371‑1 du code civil est complété par une phrase ainsi rédigée : « En cas de désaccord sur une décision de nature médicale relevant de l’alinéa 7 de l’article L. 1111‑4, le juge des tutelles apprécie la volonté du mineur. »
Exposé sommaire
Cet amendement est issu des échanges de vue et d’un travail en commun transpartisan entre les membres du groupe d’études sur les discriminations et LGBTQIphobies dans le monde ainsi que du groupe d’études droits de l’enfant et protection de la jeunesse.
Cet amendement vise à ce que tout acte médical de conformation sexuée, hors cas d’urgence vitale, soient différés pour être préalablement soumis au consentement de la personne elle-même, personnellement exprimé, après avoir reçu une information adaptée et pu prendre pleine conscience des conséquences d’une telle opération.
Le Conseil d’État le rappelle d’ailleurs dans son rapport sur la révision de la loi de bioéthique remis au Premier ministre en 2018 : des professionnels de santé réalisent des actes médicaux tendant à conformer les caractéristiques sexuelles primaires ou secondaires des personnes présentant des variations du développement sexuel, en dehors du cadre légal de l’article 16‑3 du code civil. Celui-ci précise que ces opérations doivent avoir lieu seulement en cas de nécessité médicale pour la personne, ou recueil préalable d’un consentement libre et éclairé, exprimé par les personnes concernées elles-mêmes. Le Conseil d’État ajoute que seules sont envisageables les interventions « qui s’imposent afin d’éviter de mettre en jeu le pronostic vital de la personne ou les souffrances physiques associées à ces variations. »
En principe, le dispositif existant devrait permettre de contrôler l’appréciation de nécessité médicale opérée par le médecin. En effet, l’application du principe de proportionnalité (article L. 1110‑5 du code de la santé publique), combinée à l’obligation du médecin de ne pratiquer « aucune intervention mutilante [...] sans motif médical très sérieux et, sauf urgence ou impossibilité, sans information de l’intéressé et sans son consentement. » (article R. 4127‑41 du même code), devraient suffire à interdire de telles opérations. Force est de constater qu’il n’en est rien.
En 2017, le Défenseur des droits et la délégation aux droits des femmes du Sénat ont déjà montré la nécessité de changer la prise en charge des personnes intersexes. De nombreuses institutions se sont prononcées pour appeler à cesser ces pratiques. Toutes s’accordent sur le principe de précaution et la nécessité de ne pas intervenir sur le corps de la personne concernée sans urgence vitale et sans son consentement libre et éclairé, personnellement exprimé. L’État français a été rappelé à l’ordre par trois comités de l’ONU : en janvier 2016, par le Comité des Droits de l’Enfant puis en mai 2016, par le Comité contre la torture, et enfin, en juillet 2016, par le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes).
La loi du 4 mars 2002 a permis de renforcer les droits du mineur en introduisant à l’article L. 1111‑4 (actuel alinéa 7) du code de la santé publique l’obligation pour le médecin de « rechercher » son consentement, l’exercice de ses droits n’en reste pas moins dévolu à ses représentants légaux. Ainsi, la recherche de discernement, qui conférerait une capacité d’exercice à consentir au mineur est écartée, de sorte qu’il n’est question que de consentement consultatif. En l’espèce, ces opérations ont souvent lieu sur des nourrissons, qui ne sont évidemment pas en état de consentir à quoi que ce soit. Pourtant, ce sont elles et eux qui devront vivre toute leur vie, dans un corps avec des caractéristiques sexuelles qui ont été modifiées, sans même avoir pu donner leur avis, alors qu’il n’y avait aucune urgence à intervenir. Parfois, ces personnes sont tenues dans l’ignorance d’opérations qu’ils ont subies très jeunes, et n’apprennent la vérité que tardivement.
A contrario, l’article L. 1111‑5 du code de la santé publique démontre que le consentement libre et éclairé du mineur peut être recueilli sans l’aval de ses représentants légaux. Celui-ci prévoit un droit d’exercice à consentir au mineur lorsque ce dernier refuse que ses représentants légaux soient consultés sur les décisions médicales intéressant la sauvegarde de sa santé.
Compte tenu du contexte de pression psychologique dans lequel peuvent évoluer les parents au moment de la naissance, il est proposé par voie d’amendement de modifier l’article 1111‑4 du code de la santé publique pour que ce type d’intervention irréversible soit soumis au préalable au consentement personnel de l’enfant.
Vote par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Membres | Pour | Contre | Abst. | Non-votants |
|---|---|---|---|---|---|---|
| La République en Marche | contre | 304 | 3 | 58 | 3 | 1 |
| Les Républicains | contre | 104 | 1 | 17 | 0 | 1 |
| Mouvement Démocrate et apparentés | contre | 46 | 3 | 5 | 0 | 0 |
| Socialistes et apparentés | pour | 29 | 3 | 1 | 0 | 0 |
| UDI, Agir et Indépendants | contre | 28 | 0 | 4 | 0 | 0 |
| Libertés et Territoires | pour | 19 | 4 | 1 | 0 | 0 |
| La France insoumise | pour | 17 | 5 | 0 | 0 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine | pour | 16 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Non inscrit | contre | 13 | 0 | 3 | 0 | 0 |
Votants
pour (19)
Alexis Corbière FI, Caroline Fiat FI, Bastien Lachaud FI*, Danièle Obono FI, Loïc Prud'homme FI, Frédérique Meunier LR, Jeanine Dubié LT, Paul Molac LT, Matthieu Orphelin LT, Sylvia Pinel LT, Alexandra Louis LaREM, Jean-Louis Touraine LaREM, Pierre Venteau LaREM, Aude Luquet MODEM, Philippe Michel-Kleisbauer MODEM, Maud Petit MODEM, Alain David SOC, Hervé Saulignac SOC, Michèle Victory SOC
contre (89)
Emmanuelle Anthoine LR, Nathalie Bassire LR, Thibault Bazin LR, Valérie Beauvais LR, Xavier Breton LR, Josiane Corneloup LR, Annie Genevard LR, Philippe Gosselin LR, Patrick Hetzel LR, Gilles Lurton LR, Maxime Minot LR, Éric Pauget LR, Alain Ramadier LR, Éric Straumann LR, Isabelle Valentin LR, Pierre Vatin LR, Charles de la Verpillière LR, Philippe Vigier LT, Bérangère Abba LaREM, Delphine Bagarry LaREM, Didier Baichère LaREM, Sophie Beaudouin-Hubiere LaREM, Belkhir Belhaddad LaREM, Aurore Bergé LaREM, Barbara Bessot Ballot LaREM, Aude Bono-Vandorme LaREM, Éric Bothorel LaREM, Bertrand Bouyx LaREM, Anne Brugnera LaREM, Stéphane Buchou LaREM*, Danièle Cazarian LaREM, Philippe Chalumeau LaREM, Annie Chapelier LaREM, Guillaume Chiche LaREM, Bérangère Couillard LaREM, Marc Delatte LaREM, Jacqueline Dubois LaREM, Nicole Dubré-Chirat LaREM, Audrey Dufeu LaREM*, Jean-François Eliaou LaREM, Christophe Euzet LaREM, Anne Genetet LaREM, Carole Grandjean LaREM*, Florence Granjus LaREM, Christine Hennion LaREM, Yannick Kerlogot LaREM, Sonia Krimi LaREM, Frédérique Lardet LaREM, Gilles Le Gendre LaREM, Marie Lebec LaREM, Jean-Claude Leclabart LaREM, Martine Leguille-Balloy LaREM, Marion Lenne LaREM, Monique Limon LaREM, Brigitte Liso LaREM, Jacques Marilossian LaREM, Didier Martin LaREM, Sereine Mauborgne LaREM, Naïma Moutchou LaREM*, Zivka Park LaREM, Michèle Peyron LaREM, Jean-Pierre Pont LaREM, Florence Provendier LaREM, Bénédicte Pételle LaREM, Cathy Racon-Bouzon LaREM, Mireille Robert LaREM, Laëtitia Romeiro Dias LaREM, Cédric Roussel LaREM, Jean-Bernard Sempastous LaREM, Bertrand Sorre LaREM, Vincent Thiébaut LaREM, Nicole Trisse LaREM, Frédérique Tuffnell LaREM, Olivier Véran LaREM, Annie Vidal LaREM, Jean-Marc Zulesi LaREM, Géraldine Bannier MODEM, Brahim Hammouche MODEM, Cyrille Isaac-Sibille MODEM, Patrick Mignola MODEM, Nicolas Turquois MODEM, Marie-France Lorho NI, Emmanuelle Ménard NI, Agnès Thill NI, Dominique Potier SOC, Sophie Auconie UDI-AGIR, Thierry Benoit UDI-AGIR, Agnès Firmin Le Bodo UDI-AGIR, Maina Sage UDI-AGIR
abstention (3)
Blandine Brocard LaREM, Emmanuelle Fontaine-Domeizel LaREM, Raphaël Gérard LaREM
non-votant (2)
Marc Le Fur LR, Richard Ferrand LaREM