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avis sur le projet de loi de finances pour 2019 (n°1255). — Immigration, asile et intégration

Avis · tome ou annexe · 12/10/2018 · 165 239 caractères · HTML sur assemblee-nationale.fr

Parties du document (9)
Sommaire (45)
  1. SOMMAIRE
  2. introduction
  3. I. malgré une baisse des flux à destination de l’europe, la problématique migratoire reste entière
  4. A. des flux migratoires marqués par une diminution des arrivées et par une évolution des routes empruntées
  5. 1. Les flux migratoires à destination de l’Europe connaissent une tendance décroissante
  6. 2. La route de la Méditerranée occidentale apparaît comme une nouvelle voie privilégiée
  7. 3. Des nationalités qui varient en fonction des routes migratoires
  8. B. la France fait face à d’importants flux secondaires et à une demande d’asile en hausse constante
  9. 1. Une demande d’asile qui continue d’augmenter
  10. 2. Une pression migratoire inégalement répartie
  11. 3. L’immigration irrégulière : une problématique persistante
  12. II. LA MISSION IMMIGRATION, asile et intégration pour 2019 : des objectifs bien identifiés mais des moyens insuffisants
  13. A. UNE INSUFFISANCE DE MOYENS POUR AMéliorer le traitement de la demande d’asile
  14. B. la nécessité de mieux intégrer les étrangers en situation régulière
  15. C. UNE PRIORITé : rendre la lutte contre l’immigration irrégulière plus efficace
  16. III. la nécessité de remédier aux faiblesses de notre politique d’éloignement
  17. A. des mesures d’éloignement qui n’aboutissent que trop peu en pratique
  18. 1. Les différentes mesures d’éloignement en France
  19. 2. Une politique d’éloignement qui pâtit de très faibles taux d’exécution
  20. 3. Les aides au retour
  21. B. les obstacles à l’éloignement effectif des étrangers en situation irrégulière se situent à toutes les étapes du processus
  22. 1. Des difficultés de placement en rétention administrative
  23. 2. Des mesures annulées par le juge judiciaire et par le juge administratif
  24. 3. Des difficultés en matière d’identification et de traçabilité
  25. 4. Des marges de progression concernant la délivrance des laissez-passer consulaires
  26. C. LA PROBLématique particulière des mineurs non accompagnés
  27. IV. la politique migratoire de la France doit associer la coopération européenne à des partenariats bilatéraux renforcés
  28. A. le cadre européen demeure nécessaire pour répondre au défi migratoire
  29. 1. Si la coopération européenne en matière migratoire connaît des points de blocage…
  30. 2. … la solidarité entre États membres demeure indispensable face aux enjeux migratoires
  31. 3. Dans ce contexte, plusieurs réformes en cours devraient permettre de renouveler et de renforcer la politique migratoire européenne
  32. B. le renforcement de la coopération avec les pays d’origine et de transit doit constituer une priorité
  33. conclusion
  34. TRAVAUX DE LA COMMISSION
  35. Présentation du rapport devant la commission des affaires étrangÈres
  36. EXAMEN DES CRÉDITS
  37. Liste des personnes auditionnées par le rapporteur
  38. ANNEXE 1 : CRÉDITS
  39. ANNEXE 2 : Demande d’asile en Europe et en france
  40. ANNEXE 3 : ÉLOIGNEMENT DES ÉTRANGERS EN SITUATION IRRÉGULIÈRE
  41. ANNEXE 4 : CONTRôles AUX FRONTIÈRES
  42. ANNEXE 5 : GESTION DES FLUX MIGRATOIRES
  43. ANNEXE 6 : INTÉGRATION DES ÉTRANGERS EN SITUATION RÉGULIÈRE
  44. ANNEXE 7 : hÉbergement
  45. ANNEXE 8 : coopÉration bilatÉrale

N° 1304

ASSEMBLÉE NATIONALE

CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958

QUINZIÈME LÉGISLATURE

Enregistré à la Présidence de l’Assemblée nationale le 12 octobre 2018.

AVIS

PRÉSENTÉ

AU NOM DE LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

SUR LE PROJET DE loi de finances pour 2019 (n° 1255),

TOME VII

IMMIGRATION, ASILE ET INTÉGRATION

PAR M. Pierre-Henri DUMONT

Député

Voir le numéro : 1302.

SOMMAIRE

Pages

  1. introduction
  2. I. malgré une baisse des flux à destination de l’europe, la problématique migratoire reste entière
  3. A. des flux migratoires marqués par une diminution des arrivées et par une évolution des routes empruntées
  4. 1. Les flux migratoires à destination de l’Europe connaissent une tendance décroissante
  5. 2. La route de la Méditerranée occidentale apparaît comme une nouvelle voie privilégiée
  6. 3. Des nationalités qui varient en fonction des routes migratoires
  7. B. la France fait face à d’importants flux secondaires et à une demande d’asile en hausse constante
  8. 1. Une demande d’asile qui continue d’augmenter
  9. 2. Une pression migratoire inégalement répartie
  10. 3. L’immigration irrégulière : une problématique persistante
  11. II. LA MISSION IMMIGRATION, asile et intégration pour 2019 : des objectifs bien identifiés mais des moyens insuffisants
  12. A. UNE INSUFFISANCE DE MOYENS POUR AMéliorer le traitement de la demande d’asile
  13. B. la nécessité de mieux intégrer les étrangers en situation régulière
  14. C. UNE PRIORITé : rendre la lutte contre l’immigration irrégulière plus efficace
  15. III. la nécessité de remédier aux faiblesses de notre politique d’éloignement
  16. A. des mesures d’éloignement qui n’aboutissent que trop peu en pratique
  17. 1. Les différentes mesures d’éloignement en France
  18. 2. Une politique d’éloignement qui pâtit de très faibles taux d’exécution
  19. 3. Les aides au retour
  20. B. les obstacles à l’éloignement effectif des étrangers en situation irrégulière se situent à toutes les étapes du processus
  21. 1. Des difficultés de placement en rétention administrative
  22. 2. Des mesures annulées par le juge judiciaire et par le juge administratif
  23. 3. Des difficultés en matière d’identification et de traçabilité
  24. 4. Des marges de progression concernant la délivrance des laissez-passer consulaires
  25. C. LA PROBLématique particulière des mineurs non accompagnés
  26. IV. la politique migratoire de la France doit associer la coopération européenne à des partenariats bilatéraux renforcés
  27. A. le cadre européen demeure nécessaire pour répondre au défi migratoire
  28. 1. Si la coopération européenne en matière migratoire connaît des points de blocage…
  29. 2. … la solidarité entre États membres demeure indispensable face aux enjeux migratoires
  30. 3. Dans ce contexte, plusieurs réformes en cours devraient permettre de renouveler et de renforcer la politique migratoire européenne
  31. B. le renforcement de la coopération avec les pays d’origine et de transit doit constituer une priorité
  32. conclusion
  33. TRAVAUX DE LA COMMISSION
  34. Présentation du rapport devant la commission des affaires étrangÈres
  35. EXAMEN DES CRÉDITS
  36. Liste des personnes auditionnées par le rapporteur
  37. ANNEXE 1 : CRÉDITS
  38. ANNEXE 2 : Demande d’asile en Europe et en france
  39. ANNEXE 3 : ÉLOIGNEMENT DES ÉTRANGERS EN SITUATION IRRÉGULIÈRE
  40. ANNEXE 4 : CONTRôles AUX FRONTIÈRES
  41. ANNEXE 5 : GESTION DES FLUX MIGRATOIRES
  42. ANNEXE 6 : INTÉGRATION DES ÉTRANGERS EN SITUATION RÉGULIÈRE
  43. ANNEXE 7 : hÉbergement
  44. ANNEXE 8 : coopÉration bilatÉrale

introduction

La commission des Affaires étrangères est saisie pour avis afin de se prononcer sur les crédits de la mission « Immigration, asile et intégration » du projet de loi de finances pour 2019. Cette mission comporte deux programmes : le programme 303 « immigration et asile » et le programme 104 « intégration et accès à la nationalité française ».

Pour la quatrième année consécutive, le budget de la mission est en augmentation. Cette hausse vise principalement à renforcer les moyens alloués à l’exercice du droit d’asile, à la lutte contre l’immigration irrégulière et à mettre en place les conclusions du comité interministériel à l’intégration du 5 juin dernier.

Dans un contexte de baisse des flux migratoires à destination de l’Europe, la France reste exposée à une demande d’asile en hausse constante et à d’importants flux secondaires venus d’autres États européens. Malgré ces dynamiques, les prévisions du gouvernement pour 2019 reposent sur une stabilisation de la demande d’asile, qui apparaît aujourd’hui plus qu’incertaine.

Surtout, pour intégrer dignement les bénéficiaires de la protection internationale et assurer une bonne intégration des étrangers en situation irrégulière, il est indispensable de faire preuve d’un volontarisme accru pour lutter contre l’immigration irrégulière et d’améliorer l’efficacité de notre politique d’éloignement.

Aujourd’hui, la politique d’éloignement menée en France pâtit d’une trop faible effectivité des mesures prises, qui reflète des obstacles présents à chaque étape du processus d’éloignement. Des leviers d’amélioration existent, et ils intègrent au premier chef la nécessité d’une coopération accrue avec les pays d’origine et de transit.

La politique migratoire de la France doit pleinement intégrer cette dimension internationale et bilatérale, au-delà d’un cadre européen qui demeure, malgré d’importants blocages, incontournable. Cette combinaison du cadre européen et du cadre bilatéral, aujourd’hui pleinement assumée par un pays comme l’Espagne, actuel premier pays d’arrivée des migrants en Europe, apparaît comme une voie prometteuse pour la France, que la commission des affaires étrangères est à même de porter.

I. malgré une baisse des flux à destination de l’europe, la problématique migratoire reste entière

A. des flux migratoires marqués par une diminution des arrivées et par une évolution des routes empruntées

1. Les flux migratoires à destination de l’Europe connaissent une tendance décroissante

Sur la période récente, les flux migratoires à destination de l’Europe ont connu plusieurs évolutions notables. La première tient à l’ampleur des arrivées, en baisse constante depuis le pic connu en 2015, où environ 1,2 million de migrants ont atteint l’Europe. Ainsi selon l’OIM (Organisation internationale des migrations), 103 172 migrants et réfugiés étaient arrivés en Europe au 3 octobre 2018, toutes voies confondues, 84 345 personnes étant arrivées par la mer. À titre de comparaison, près de 187 000 migrants sont arrivés en Europe en 2017, et plus de 390 000 en 2016.

Cette décélération globale des arrivées va de pair avec une situation contrastée selon les routes. Elle tient notamment à l’importante baisse des arrivées par la Méditerranée centrale. Sur les neuf premiers mois de 2018, environ 21 000 migrants sont arrivés en Italie, pour plus de 105 000 à la même période en 2017. Cela s’explique en partie par les dispositions prises par les autorités italiennes, et ce dès le précédent gouvernement. On peut mentionner l’accord de coopération signé en février 2017 avec la Libye, prévoyant une assistance italienne aux garde-côtes et à la marine libyenne, ou encore la mise en place d’un code de conduite encadrant les opérations de sauvetage en mer des ONG au large des côtes libyennes. Les autorités actuelles ont plus récemment procédé à la fermeture des ports italiens aux navires non-italiens affrétés par des ONG. Par ailleurs, la baisse des arrivées par la voie de la Méditerranée centrale peut aussi s’expliquer par l’instabilité au nord de la Libye, notamment dans les régions côtières.

En outre, cette baisse des flux s’est accompagnée d’une mortalité accrue sur la voie méditerranéenne. Selon le HCR (Haut-commissariat pour les réfugiés), pour chaque groupe de 18 personnes ayant entrepris la traversée de la Méditerranée centrale entre janvier et juillet 2018, une personne est décédée ou a disparu, contre une sur 42 au cours de la même période en 2017. Ces données indiquent une dangerosité accrue de cette voie, que le HCR impute principalement aux capacités réduites de sauvetage des ONG.

Un autre facteur expliquant la baisse des flux relève de l’application de l’accord du 18 mars 2016 entre l’Union européenne et la Turquie, qui prévoyait notamment une aide de 3 milliards d’euros pour la Turquie. L’application de cet accord a favorisé un endiguement des flux au plus fort de la crise migratoire ainsi qu’en 2017, mais il faut toutefois souligner ses limites, attestées par un regain des arrivées par la route des Balkans et par la Grèce. Ainsi le nombre total de migrants arrivés en Grèce au 2 septembre 2018 s’élevait à 32 159, soit une hausse de 79 % par rapport à 2017. Ce regain de la pression migratoire intervient dans un contexte préoccupant, marqué par un engorgement du système d’asile, une saturation des centres de rétention et d’identification et une poursuite de l’immigration irrégulière organisée à partir de la Grèce.

La Grèce et la route des Balkans restent aussi exposées aux évolutions du conflit syrien, alors qu’environ 3 millions de réfugiés syriens se trouvent encore en Turquie aujourd’hui. La situation dans la poche d’Idlib, qui a connu une nouvelle vague d’affrontements armés en septembre, pourrait ainsi se traduire à terme par une hausse des flux migratoires empruntant la route des Balkans.

Par ailleurs, on relève aussi une légère hausse des arrivées par Chypre, qui n’est pourtant pas membre de l’espace Schengen et ne constituait donc pas en principe une destination privilégiée pour les migrants.

2. La route de la Méditerranée occidentale apparaît comme une nouvelle voie privilégiée

Le deuxième phénomène majeur caractérisant les évolutions des flux migratoires vers l’Europe tient à l’augmentation notable des flux passant par la Méditerranée occidentale, qui a fait de l’Espagne le premier point d’entrée des migrants dans l’Union européenne. Sur les neuf premiers mois de 2018, plus de 41 000 migrants sont arrivés en Espagne toutes voies confondues, ce qui représente une hausse de plus de 143 % par rapport à 2017. On dénombre 36 674 arrivées par la mer, en hausse de 196 % par rapport à 2017, et 4 920 arrivées terrestres. Les arrivées terrestres correspondent exclusivement aux enclaves de Ceuta et Mellila, deux seules frontières terrestres entre l’Afrique et l’Union européenne. Au total, en comptant les arrivées par voie maritime, Ceuta et Mellila ont été le point d’arrivée de respectivement 1 840 et 3 877 migrants sur la période indiquée.

Si ces flux restent sans commune mesure avec les arrivées connues par l’Italie au plus fort de la crise migratoire, ils n’en demeurent pas moins préoccupants. Selon les informations communiquées par le ministère de l’Intérieur espagnol, l’Espagne est exposée à une très forte hausse de la demande d’asile, à hauteur de 92 % en 2017, et à un engorgement de son système d’asile, qui conduit à un traitement des demandes dépassant largement le délai légal de six mois. La demande d’asile déposée en Espagne reste majoritairement le fait de ressortissants sud-américains (Venezuela, Colombie, Honduras…), mais l’Espagne doit désormais traiter d’une demande d’asile croissante provenant de personnes originaires du Maghreb.

L’Espagne doit aussi faire face à des détournements de la procédure d’asile, certains migrants attendant le jour de notification de leur expulsion pour déposer une demande d’asile afin de pouvoir se maintenir sur le territoire. D’autre part, la proportion importante de mineurs non accompagnés constitue un véritable défi pour les services sociaux et de justice espagnols.

Au-delà de la pression exercée sur l’Espagne, ces flux sont préoccupants pour la France lorsqu’ils se muent en flux secondaires. En effet, les migrants arrivés en Espagne en 2018 sont ressortissants de pays en majorité francophones et sont enclins à poursuivre leur route vers la France. D’après le ministère de l’Intérieur espagnol, la majorité des migrants arrivant actuellement en Espagne viennent d’Afrique subsaharienne et notamment du Mali, du Sénégal, de Côte d’Ivoire, de Gambie et de Guinée Conakry. Surtout, la part des ressortissants Marocains et Algériens connaît une progression importante, pour s’établir autour de 20 % en moyenne pour chacun de ces deux pays. Selon la police aux frontières, les refus d’entrée à la frontière franco-espagnole ont connu une hausse importante en 2018, notamment durant la période estivale.

3. Des nationalités qui varient en fonction des routes migratoires

De façon générale, on peut souligner la part croissante des Maghrébins parmi les migrants arrivant en Europe. Au-delà du cas de l’Espagne, on relève une forte progression des ressortissants tunisiens dans les arrivées en Italie. Selon le ministère italien de l’Intérieur, les Tunisiens représentent aujourd’hui la première nationalité de migrants arrivant en Italie. Avec 1 910 arrivées sur les quatre premiers mois de 2018, pour 231 sur la même période en 2017, ils représentent l’une des rares nationalités à avoir progressé par rapport à 2017, devant les Érythréens, les Nigérians, les Soudanais, les Pakistanais, les Maliens, les Guinéens et les Sénégalais. Or, la majorité de ces pays bénéficient d’un taux de protection faible et présentent relativement peu de candidats éligibles à l’asile.

Sur la route des Balkans en revanche, les nationalités les plus représentées restent la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan ([1]) , pays qui bénéficient de taux de protection élevés. Cette situation n’empêche pas les tentatives de détournement de la procédure d’asile auxquelles doit faire face la Grèce, notamment pour les demandeurs d’asile rassemblés dans les « hotspots » et souhaitant faire échec, par le dépôt d’une demande d’asile, au retour vers la Turquie prévu par l’accord de mars 2016.

B. la France fait face à d’importants flux secondaires et à une demande d’asile en hausse constante

La France demeure, à différents égards, une destination privilégiée pour les flux migratoires en Europe. En tant que pays de destination d’une part, choisi notamment parmi les ressortissants du Maghreb et d’autres pays d’Afrique (RDC, Congo, Cameroun, Côte d’Ivoire, Mali, Sénégal…), ou encore par des ressortissants d’Europe de l’Est (Albanais, Roumains, Géorgiens). D’autre part, la France apparaît comme un point d’étape privilégié pour des migrants en situation irrégulière désireux d’atteindre d’autres pays européens, comme le Royaume-Uni ou l’Allemagne.

1. Une demande d’asile qui continue d’augmenter

Si l’évolution annuelle la plus sensible de la demande d’asile enregistrée en France sur la période récente a été observée entre 2014 et 2015 (+24 %), à l’occasion du pic des arrivées en Europe, cette dynamique de progression s’est maintenue. Après une hausse de 7 % en 2016, la demande d’asile a augmenté de 17,5 % en 2017, avec 100 755 demandes déposées ([2]). Selon l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), la tendance actuelle devrait aboutir à une hausse similaire en 2018 et à un total de demandes s’établissant entre 115 000 et 120 000, pour des données qui n’intègrent pas les personnes placées en procédure Dublin et dont la demande n’est pas recevable.

Source : ministère de l’Intérieur

En termes de nationalités, il faut distinguer entre les nationalités à taux de protection élevée comme les Afghans (83,1 %), première nationalité représentée en 2018, les Soudanais (59,6 %) ou les Syriens (95,2 %), et les nationalités à taux de protection faibles. Si la demande albanaise (6,5 % de taux de protection), qui était la première en 2017, a significativement baissé, l’OFPRA a pu constater une hausse significative de la demande d’asile géorgienne, dans un contexte de libéralisation des visas de court séjour pour les ressortissants géorgiens entrée en vigueur le 28 mars 2017. L’OFPRA a ainsi enregistré 1 979 demandes d’asile géorgiennes au premier semestre 2018, pour 469 au premier semestre 2017.

Le taux de protection de l’OFPRA s’est ainsi établi à 27 % en 2017 (36 % en incluant les demandes devant la CNDA, Cour nationale du droit d’asile). Ce léger recul par rapport au taux de 38 % observé en 2016 s’explique par la progression des nationalités à taux de protection faibles, telles que les Albanais et les Haïtiens (2,8 %). Si la France se situe à un niveau en apparence faible par rapport à d’autres pays européens, le niveau du taux de protection doit donc être apprécié en fonction des nationalités les plus représentées parmi les demandeurs.

Taux d’admission à une protection internationale dans les principaux pays de l’Union européenne pour l’année 2017 (première instance)

Nombre de décisions de première instanceNombre de décisions positivesTaux d’admission globalTaux d’admission au statut de réfugié et à la protection subsidiaire
Autriche56 28530 00053 %52 %
Belgique24 04512 58552 %52 %
Allemagne524 185261 62050 %42 %
Pays-Bas15 9457 81049 %45 %
Suède61 06526 77544 %42 %
Grèce24 51010 45543 %43 %
Italie78 23531 79541 %16 %
Espagne13 3454 67035 %35 %
Royaume-Uni27 7708 56031 %28 %

Source : Eurostat

Taux d’admission à une protection internationale dans les principaux pays pour le premier semestre 2018 (première instance)

Nombre de décisions de première instanceNombre de décisions positivesTaux d’admission globalTaux d’admission au statut de réfugié et à la protection subsidiaire
Autriche21 1208 52040,5 %38,5 %
Belgique11 2955 94552,5 %52,5 %
Allemagne100 22039 65539,5 %33,5 %
Pays-Bas5 2101 84035 %32 %
Suède18 3355 94532 %31 %
Grèce14 9156 75545 %45 %
Italie47 62518 52039 %10 %
Espagne5 64592017 %17 %
Royaume-Uni15 4254 70030 %26 %
France57 93516 46028,5 %28,5 %

Source : Eurostat

Surtout, une part importante de cette demande correspond à des flux secondaires. C’est le cas de l’essentiel de la demande afghane, arrivée notamment d’Allemagne et des pays du nord de l’Europe. La demande soudanaise est également concernée, dans le cadre de flux secondaires depuis l’Italie. En 2017, 57 761 demandeurs d’asile enregistrés en France avaient déjà été enregistrés comme demandeurs d’asile dans un autre pays de l’Union européenne, ce qui représente plus de 57 % des demandes. Ces demandeurs ont essentiellement été enregistrés en Allemagne (14 975) et en Italie (19 599). Surtout, ce nombre est en hausse significative par rapport à 2016 (37 589), ce qui souligne les effets contrastés selon les pays de la baisse globale de la demande d’asile en Europe.

Ainsi, si la France n’a pas été parmi les pays les plus exposés à la crise migratoire en 2015, elle occupe désormais une place prépondérante au sein de l’Union européenne en termes de demande d’asile. La France a été le troisième pays de l’UE, derrière l’Allemagne et l’Italie, à recevoir le plus de primo-demandes de protection internationale en 2017, et le deuxième en termes de statuts protecteurs octroyés. Au premier trimestre 2018, la France était le deuxième pays européen en termes de demandes d’asile reçues, alors que l’Allemagne connaissait un reflux, qui la rapproche des niveaux observés en 2014. La France est l’un des rares pays de l’Union européenne, avec la Grèce et l’Espagne, à ne pas connaître actuellement de baisse de la demande d’asile.

2. Une pression migratoire inégalement répartie

Au-delà de ces évolutions globales, il importe de revenir sur la répartition inégale de la pression migratoire en France.

Ainsi, l’Île-de-France compte pour environ la moitié de la demande d’asile enregistrée en France. Sur les huit premiers mois de 2018, on constate une hausse de 67 % du nombre d’attestations de demande d’asile délivrées par rapport à la même période en 2017, pour 59 968 attestations. Cette évolution est encore plus prononcée à Paris, avec 21 128 attestations délivrées contre 11 146 l’année précédente ([3]) .

Source : OFPRA

Certains départements d’outre-mer continuent de subir une pression migratoire significative. C’est le cas de la Guyane, où la demande d’asile est en progression constante depuis 2014. Elle était de l’ordre de 5 000 demandes en 2017, sachant que plus de 90 % des demandeurs sont des ressortissants haïtiens, essentiellement motivés par des raisons socio-économiques et bénéficiant d’un taux de protection très faible.

Par ailleurs, Mayotte reste exposée à des flux entrants estimés entre 25 000 et 30 000 personnes par an, pour 18 à 20 000 reconduites annuelles. La situation migratoire y est particulièrement sensible, à tel point que la préfecture a été contrainte de fermer, au printemps 2018, son bureau des étrangers.

Dans ce contexte, votre rapporteur souhaite demander l’intégration d’une ligne budgétaire qui permettrait de soutenir les territoires les plus impactés par les flux migratoires, sur le modèle du contrat de développement territorial pour Calais et le Calaisis. Ce soutien permettrait de financer des mesures variées, telles que l’éclairage des autoroutes, le cas de l’A16 constituant un bon exemple.

Concernant Calais et le Calaisis, si l’État a repris à sa charge la distribution des repas, certaines associations présentes sur place agissent également en ce sens en parallèle, ce qui conduit à une situation peu lisible et favorise des rassemblements à des endroits non équipés en conséquence ni sécurisés (poubelles, douches, WC etc) par les autorités.

De façon générale, dans les lieux faisant face à une forte pression migratoire, il s’agit aujourd’hui d’éviter la création de nouveaux points de fixation. Si la situation actuelle est stable, la tendance actuelle des flux à destination de la France pourrait fragiliser certaines zones, telles que le Calaisis où la reprise des mouvements est d’ores et déjà perceptible.

3. L’immigration irrégulière : une problématique persistante

De façon générale, la France fait face à une immigration irrégulière persistante et préoccupante.

Par nature, l’immigration irrégulière est difficile à évaluer avec exactitude. Plusieurs indicateurs peuvent toutefois en donner une mesure. Le nombre de bénéficiaires de l’AME (Aide médicale d’État) est souvent invoqué, ce dispositif permettant à certains étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins. Au 31 décembre 2017, 315 800 étaient bénéficiaires de l’AME, soit une augmentation de 1,4 % par rapport à l’année précédente.

La fiabilité de cet indicateur, attribué sous conditions de résidence stable d’au moins trois mois en France, reste relative. Elle ne permet pas de prendre en compte l’immigration irrégulière transitoire, et des modifications peuvent toucher ses conditions d’accès. D’autres données peuvent compléter cet indicateur, telles que le nombre d’interpellations d’étrangers en situation irrégulière, bien qu’il reflète également le niveau des effectifs de police disponibles.

Ainsi, on constate entre 2016 et 2017 une hausse du nombre de personnes contrôlées en situation irrégulière, de 97 143 personnes à 119 727 :

Les dix premières nationalités contrôlées en situation irrégulière

en France entre 2016 et le premier semestre 2018

201620172018
Nationalité1er semestre2ème semestre1er semestre2ème semestre1er semestreTotal
ALGÉRIENNE4 0173 6504 6265 4596 55824 310
IRAKIENNE4 5532 9604 1874 9284 29720 925
AFGHANE4 1904 9214 6583 9262 26619 961
MAROCAINE3 2743 0054 4533 8444 41018 986
ÉRYTHRÉENNE2 2084 3265 1732 7953 08217 584
TUNISIENNE3 1602 4933 0573 2863 91315 909
SOUDANAISE1 2892 7233 8585 0682 18115 119
ALBANAISE2 0702 5672 7262 3682 17811 909
ROUMAINE2 3291 6911 9901 5951 9079 512
PAKISTANAISE1 3991 4171 9122 0881 6868 502

Source : ministère de l’Intérieur

Sur le premier semestre 2018, 56 245 personnes ont été interpellées en situation irrégulière, en légère baisse par rapport à 2017 (60 521). En termes de nationalités représentées, on remarque une hausse du nombre de ressortissants maghrébins et une baisse plus ou moins marquée du nombre des ressortissants de pays à taux de protection élevés, tels que l’Afghanistan, le Soudan et l’Irak, et à l’exception de l’Érythrée.

Les dix premières nationalités contrôlées en situation irrégulière

en France au premier semestre 2018

NationalitésNbre de contrôles 1er semestre 2018Évolution par rapport au semestre précédent
Algérienne6 558+ 20%
Marocaine4 410+ 15%
Irakienne4 297- 13 %
Tunisienne3 913+19 %
Érythréenne3 082+10 %
Afghane2 266-42 %
Soudanaise2 181-57 %
Albanaise2 178-8 %
Roumaine1 907+20 %
Malienne1 697+1,7 %

Source : ministère de l’Intérieur

Enfin, l’ampleur de l’immigration irrégulière en France peut aussi s’appréhender en fonction des refus d’admission, qui se sont élevés à 87 000 en 2017, contre 64 000 en 2016 ([4]). Selon la DCPAF (Direction centrale de la police aux frontières), la tendance actuelle pour 2018 est à la baisse, ce qui ne doit pas occulter la problématique des flux secondaires, notamment depuis l’Espagne et depuis l’Italie, où l’on estime qu’environ 200 000 migrants se sont maintenus.

II. LA MISSION IMMIGRATION, asile et intégration pour 2019 : des objectifs bien identifiés mais des moyens insuffisants

Pour la quatrième année consécutive, le budget de la mission « Immigration, asile et intégration » est en augmentation. Les crédits de la mission inscrits au PLF 2019 sont en hausse de 37,5 % en AE (Autorisation d’engagement) et de 22,7 % en CP (Crédits de paiement) par rapport à la loi de finances initiale pour 2018, et représentent ainsi 1,86 et 1,69 milliard d’euros.

– Le programme 303 « Immigration et asile » voit ses crédits pour 2019 portés à 1,44 milliard d’euros en AE et 1, 28 milliards d’euros en CP, en hausse respectivement de 374,9 millions d’euros et de 181,6 millions d’euros. Cette hausse vise principalement l’action 2 « garantie de l’exercice du droit d’asile » (+ 306,8 M€ en AE et + 128,9 M€ en CP), afin de renforcer les capacités d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile, et l’action 3 « lutte contre l’immigration irrégulière » (+51,2 M€ en AE et +33,9 M€ en CP), essentiellement du fait du renforcement de la capacité des centres de rétention administrative (CRA), dans le cadre du plan d’action « garantir le droit d’asile et mieux maîtriser les flux migratoires » présenté en Conseil des ministres le 12 juillet 2017.

– Les crédits du programme 104 « Intégration et accès à la nationalité française » atteignent 413millions d’euros, une hausse significative par rapport à 2018, à hauteur de 131,9 millions d’euros en AE et de 132 millions d’euros en CP. Il s’agit principalement de répondre aux objectifs fixés par le gouvernement à l’occasion du comité interministériel à l’intégration du 5 juin 2018, où il a été décidé d’amplifier l’effort d’intégration des migrants en situation irrégulière et notamment des réfugiés.

Votre rapporteur souhaite d’emblée souligner un point particulier, concernant les crédits alloués aux frais d’éloignement des migrants en situation irrégulière. Votre rapporteur constate une hausse de 1,871 million d’euros en AE, soit plus de 6 % par rapport à la LFI pour 2018. Or, cette hausse pour l’essentiel absorbée par l’utilisation accrue de l’avion Beechcraft de la DGSCGC (3,3 millions d’euros contre 2 millions d’euros en 2018). Cela signifie que la hausse des crédits dédiés à l’éloignement des migrants en situation irrégulière sera quasi intégralement dévolue au raccompagnement des ressortissants des pays des Balkans et du Caucase. Votre rapporteur souligne que l’effort de raccompagnement ne doit pourtant pas uniquement se faire à destination de pays comme l’Albanie, la Géorgie et la Roumanie, mais également vers des pays où l’effectivité des éloignements reste très insuffisante.

A. UNE INSUFFISANCE DE MOYENS POUR AMéliorer le traitement de la demande d’asile

Dans un contexte de hausse continue de la demande d’asile déposée en France, notre système d’asile reste fragilisé par la durée de traitement des demandes d’une part, et par la saturation des capacités d’accueil d’autre part.

En matière de délais, il faut tout d’abord relever un effort soutenu de l’OFPRA, qui a permis de passer entre 2017 et 2018 d’un délai moyen de traitement de 183 jours à 145 jours, au premier semestre 2018. Par ailleurs, des efforts d’optimisation du traitement des demandes ont été initiés en 2018, avec la mise en place progressive d’un système d’automatisation des convocations des demandeurs d’asile, qui doit être généralisé d’ici la fin de l’année.

Nombre de demandes d’asileDélai moyen de traitement d’un dossierDélai moyen de traitement d’un dossier (procédure accélérée)
201685 726182,6 jours117
2017100 755185,3 jours132,4
1er semestre 201856 836145,5 jours105

Source : OFPRA

Or, l’objectif fixé par le gouvernement d’un délai incompressible de deux mois, qui ne pourra pas être atteint en 2018, ne sera pas soutenu par une hausse des moyens alloués en 2019. La dotation de l’OFPRA est fixée pour 2019 à 70,6 millions d’euros, soit 1 % de plus que pour 2018. Cette dotation est justifiée par le gouvernement par une prévision de stabilisation de la demande d’asile, qui apparaît pourtant plus qu’incertaine. Or, une hausse de la demande d’asile entraîne mécaniquement des dépenses de fonctionnement supplémentaires, liées par exemple aux frais d’interprétariat. En outre, cette dotation ne tient pas compte de la pression financière subie par l’OFPRA du fait d’une tendance à la hausse des frais irrépétibles ([5]) , qui pourraient atteindre 1 million d’euros en 2018, en hausse par rapport à 2016 et 2017.

Si le traitement des demandes d’asile tend à s’améliorer – on le voit notamment en tenant compte de la progression du délai médian de traitement des demandes, passé de 142 jours en 2017 à 108 jours sur les huit premiers mois de 2018 – la cohérence entre les objectifs affichés par le gouvernement, tant dans le plan d’action du 12 juillet 2017 que dans la loi du 10 septembre 2018, et les moyens alloués pour les atteindre, semble discutable.

En matière de capacités d’accueil, le dispositif d’hébergement a été renforcé en 2018 de 4 000 places. 3 500 places doivent être créées en 2019 et 9300 places de CHUM ([6]) en Ile-de-France seront intégrées aux dispositifs HUDA ([7]) et CPH ([8]). Pour autant, ces créations de place doivent s’accompagner d’une fluidification de l’occupation du dispositif pour être efficaces. Cela vaut pour l’intégration des bénéficiaires de la protection internationale, mais aussi pour les déboutés du droit d’asile. Or au 31 août 2018, on dénombrait selon l’OFII 12 003 déboutés du droit d’asile en maintien indu dans le DNA (dispositif national d’accueil), soit 13 % des places occupées.

Ce maintien indu doit être mis en relation avec l’absence d’automaticité entre refus d’octroi de la protection internationale et prise d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF) :

201620172018
1er semestre2ème semestre1er semestre2ème semestre1er semestre
OQTF prononcées demandeurs asile déboutés12 1839 0859 02411 71513 611
Rejets CNDA18 44516 42520 98617 74417 940
OQTF prononcées demandeurs asile déboutés/ rejets CNDA66 %55 %43 %63 %76 %

Les données semestrielles sur les rejets CNDA sont provisoires.

Source : MI-DGEF

Début 2018, un dispositif d’automatisation de la transmission de l’information a été généralisé à l’ensemble des préfectures. Il permet aux préfectures d’être immédiatement avisées des rejets de demande d’asile et semble prometteur. Toutefois, au-delà de cette automatisation technique, un renforcement du lien entre refus de l’asile et mesures d’éloignement est possible, la France étant, selon les données d’Eurostat, l’un des pays européens où les obligations de quitter le territoire prises à l’encontre des déboutés de l’asile ont été le moins respectées depuis 2010.

L’Allemagne a ainsi adopté depuis 2016 une série de mesures qui ont permis de lutter plus efficacement contre ce phénomène, comme la mise en place de « processus de transit » dans les centres de police. Ces centres doivent permettre de traiter plus efficacement la demande d’asile, et de renvoyer immédiatement les déboutés aux frontières du pays.

Au plan budgétaire, la pression exercée sur l’OFPRA et sur le DNA (dispositif national d’asile) se traduit aussi par un impact sur l’ADA (allocation pour demandeur d’asile). Créée par la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d’asile, l’ADA est versée aux demandeurs d’asile ayant accepté les conditions matérielles d’accueil de l’OFII et dont les ressources mensuelles sont inférieures au montant du RSA (Revenu de solidarité active). Le montant prévu pour 2019 s’élève à 335,9 millions d’euros, en hausse de 5,7 % par rapport à 2018.

Cela appelle à deux remarques. Premièrement, l’évolution du montant prévu pour 2019 repose sur une augmentation de 10 % de la demande d’asile en 2018, et sur une stabilisation en 2019, hypothèse qui comme évoqué apparaît plus qu’incertaine. Or en 2017, la hausse de 28 % des flux de l’asile s’est traduite par une hausse de 13 % des montants d’ADA payés.

Deuxièmement, il faut rappeler que mécaniquement, plus la demande d’asile tarde à être traitée, plus l’ADA à vocation à augmenter en volume. De même, une faible fluidité dans les dispositifs d’hébergement implique une prise en charge accrue au titre du pécule additionnel de l’ADA, versé aux personnes sans proposition d’hébergement.

Dans ce contexte, votre rapporteur appelle à davantage s’intéresser à l’application de la protection temporaire. La protection temporaire concerne les étrangers non-européens qui fuient massivement leur pays ou région d’origine et ne peuvent y retourner, en raison de conflits armés ou de violences, ou du fait de violations graves et répétées des droits de l’homme. Il s’agit d’un dispositif exceptionnel et temporaire, autorisé par décision du Conseil de l’Union européenne pour une période d’un an, pouvant être prolongée de deux ans maximum et pouvant être interrompue à tout moment par le Conseil de l’UE.

Il n’y a actuellement aucun étranger bénéficiant de ce dispositif en France, alors que la protection temporaire pourrait être appliquée dans certains cas à la marge de la protection actuelle.

B. la nécessité de mieux intégrer les étrangers en situation régulière

La situation des réfugiés vient aussi souligner les limites de notre politique d’intégration des étrangers en situation régulière.

À titre indicatif, les primo-délivrances des titres de séjour depuis 2012 se sont réparties de la façon suivante :

Motifs d’admission20122013201420152016 définitif2017 estimé2017/ 2016
A. Économique16 01317 80019 05420 62822 98227 690+20,5 %
B. Familial87 17093 71492 32690 11389 12491 070+2,2 %
C. Étudiants58 85762 81564 99670 02373 64488 095+19,6 %
D. Divers12 62413 14813 74213 86614 74114 840+0,7 %
E. Humanitaire18 45617 91620 82222 90329 86240 305+35,0 %
Total193 120205 393210 940217 533230 353262 000+13,7 %

Source : AGDREF / DSED

En la matière d’intégration, des objectifs ont été fixés par le gouvernement à l’occasion du comité interministériel à l’intégration du 5 juin 2018. Sont ainsi prévus un renforcement des prestations dispensées dans le cadre du CIR (Contrat d’intégration républicaine), dont un doublement du nombre d’heures de formation en français et de la formation civique, et un apport de moyens accrus aux territoires, notamment dans le but de renforcer l’intégration professionnelle.

La mise en œuvre de ce plan permet d’expliquer la hausse des crédits alloués au programme 104. L’action 11 « accueil des étrangers primo arrivants » (+64,60 M€ en AE/CP, soit + 34 %), l’action 12 « actions d’accompagnement des étrangers en situation régulière » (+11,3 M€ en AE/CP, soit +29 %) et l’action 15 « accompagnement des réfugiés » (+56 € en AE/CP, soit +130 %) en sont les actions bénéficiaires, afin de mettre en œuvre le doublement des volumes de formation linguistique et civique et d’introduire un volet insertion professionnelle dans le CIR.

Si le renforcement de ces outils semble pertinent, on peut regretter un manque d’ambition. En effet, le passage à 400 heures de formation linguistique, pouvant aller jusqu’à 600 heures pour les non scripteurs et non lecteurs, semble nécessaire mais insuffisant, quand on sait que seuls 43,7 % des bénéficiaires du parcours 200 heures – en principe les plus éloignés du français – parviennent au niveau A1 à l’issue de leur formation. À titre de comparaison, les formations linguistiques en Allemagne comprennent généralement 600 heures d’enseignement, pouvant s’étendre à 900 heures pour les réfugiés, avec pour objectif d’atteindre le niveau B1.

Votre rapporteur souhaite aussi attirer l’attention sur les modalités du regroupement familial tel qu’il est pratiqué en France. En France, les ressources minimum exigées pour être éligible au regroupement familial sont très basses : pour une famille de 6 personnes ou plus, les ressources minimum sont fixées à 1 404,18 euros en moyenne sur les 12 mois précédant la demande. À titre de comparaison, le « revenu vital minimum » exigé au Canada était fixé en 2016 à 75 174 euros par an pour une famille de six personnes, soit en moyenne 6 264,5 euros par mois. À l’heure où le gouvernement s’est fixé pour objectif d’améliorer l’intégration des personnes en situation régulière, ces données interrogent sur notre capacité à combiner une politique d’accueil plutôt généreuse à des moyens insuffisants en matière d’intégration.

C. UNE PRIORITé : rendre la lutte contre l’immigration irrégulière plus efficace

Enjeu majeur, la lutte contre l’immigration irrégulière mobilise un nombre important d’acteurs, à différents niveaux d’action : sécurité des frontières, octroi des visas, interpellations, lutte contre les filières d’immigration irrégulière, ou encore exécution des mesures d’éloignement, aspect qui sera plus longuement traité dans la troisième partie du rapport.

Le contrôle des frontières, où interviennent les refus d’admission, est l’une des missions principales de la police aux frontières. Deux évolutions doivent être mentionnées : le rétablissement, en 2015, des contrôles aux frontières intérieures, et la modification en 2016 de l’article 8-2 du Code frontières Schengen, en vertu duquel la totalité des voyageurs entrant et sortant de l’espace Schengen doivent faire l’objet d’un contrôle aux frontières systématique et approfondi. Ces évolutions ont réorienté les missions de la police aux frontières, ce qui a impliqué une mobilisation renforcée d’autres services en compensation, notamment concernant les interpellations. Ce renforcement du contrôle des frontières s’est aussi traduit par une hausse sensible des refus d’entrées : 87 000 en 2017 contre 63 700 en 2016 et 15 800 en 2015.

Un point de vigilance a toutefois été signalé à votre rapporteur par la Direction centrale de la police aux frontières. En cas d’extension des missions de l’agence Frontex et d’augmentation de ses effectifs à 10 000 personnes d’ici 2020, la France devrait fournir l’équivalent de 370 ETP (Équivalents temps-plein) à redéployer. De façon générale, la France pourrait représenter jusqu’à 11 % de l’effort global. Il faudrait donc veiller à compenser ce redéploiement, et ce dès le prochain projet de loi de finances, si l’évolution de Frontex devait se confirmer.

Intervenant en amont des arrivées sur le territoire national, l’octroi des visas joue aussi un rôle non négligeable dans la lutte contre l’immigration irrégulière, en contribuant à la prévenir. Comme indiqué à votre rapporteur par les services du MEAE en audition, la politique française des visas, qui repose sur le cadre juridique européen pour les visas de court-séjour, doit articuler trois objectifs : attractivité du territoire, sécurité du territoire et maîtrise des flux migratoires. À ce stade, la lutte contre l’immigration irrégulière passe par un contrôle rigoureux des profils à risque, lorsque la politique des visas n’est pas directement utilisée comme un levier coercitif en cas de difficultés en matière de réadmission d’étrangers en situation irrégulière, comme cela a été fait récemment à l’égard des Comores.

La lutte contre l’immigration irrégulière se poursuit dans un second temps à l’encontre des étrangers en situation irrégulière présents sur le territoire national. Les interpellations, qui ont connu une hausse entre 2016 et 2017, relèvent de la police aux frontières ainsi que d’autres services comme la gendarmerie ou la préfecture de police de Paris. Sur les huit premiers mois de 2018, 74 000 interpellations ont été effectuées, dont 41 000 par la police aux frontières.

Là encore, la DCPAF a pu alerter votre rapporteur. Le CESEDA (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) autorise la prise d’empreintes des étrangers en situation irrégulière ([9]), dont le refus peut être sanctionné depuis l’entrée en vigueur de la loi du 7 mars 2016, renforcée par la loi du 10 septembre 2018. Or, la police aux frontières constate une irrégularité des poursuites engagées selon les régions, et globalement une insuffisance dans l’engagement des poursuites.

Surtout, depuis la suppression du délit de séjour irrégulier par la loi du 31 décembre 2012, les forces de police doivent agir dans le cadre de la police administrative uniquement, et ne disposent d’aucun moyen de contrainte pour obtenir une prise d’empreintes de la part des étrangers en situation irrégulière. Dans les cas, fréquents, de refus, il est donc impossible pour les forces de police de déterminer si la personne interpellée est ou non dublinable, ce qui constitue un frein considérable dans l’aboutissement des reconduites. On estime ainsi que sur le premier semestre 2018, pour 2 800 gardés à vue, 170 étrangers en situation irrégulière ont été placés en CRA, et moins de 70 ont fait l’objet d’un éloignement.

Enfin, la police aux frontières est également mobilisée pour lutter contre les filières d’immigration irrégulière, aux côtés de la DSPAP, de la DCPJ et de la gendarmerie nationale. Ainsi en 2017, 303 filières ont été démantelées, pour 219 sur les sept premiers mois de 2018. Ces filières suivent une logique de spécialisation : filières d’aide à l’entrée au séjour (97), filières ayant recours à la fraude documentaire (66), filières spécialisées dans le travail illégal (39), filières organisant des reconnaissances indues d’enfants (14), filières spécialisées dans l’organisation de mariages de complaisance (3), filières fraudant le statut d’étrangers malades (1) ([10]) . À noter que sur 219 filières, 59 ont donné à lieu à de la coopération policière internationale, indispensable face au caractère transnational des réseaux.

L’action menée pour démanteler ces filières est d’autant plus cruciale que le savoir-faire criminel des réseaux évolue en permanence, au gré des plans de lutte adoptés. Ainsi les points d’entrée sur les frontières terrestres tendent à se multiplier, y compris par des zones difficiles d’accès comme les zones montagneuses de la frontière italienne. Les réseaux ont recours aux technologies du numérique telles que les messageries cryptées ou le dark web, mais aussi à des systèmes bancaires parallèles. Par ailleurs, des enquêtes récentes ont révélé la capacité des filières à renouveler complètement leurs schémas, par exemple en multipliant les points de « ramassage » et de « dépose ».

III. la nécessité de remédier aux faiblesses de notre politique d’éloignement

A. des mesures d’éloignement qui n’aboutissent que trop peu en pratique

1. Les différentes mesures d’éloignement en France

La politique d’éloignement repose tout d’abord sur différentes mesures d’éloignement prises à l’encontre des étrangers en situation irrégulière. Lorsqu’elles sont exécutées, ces mesures se traduisent par des éloignements dits forcés.

La principale mesure d’éloignement utilisée en France est l’obligation de quitter le territoire français (OQTF), prise essentiellement en cas de refus d’octroi ou de renouvellement d’un titre de séjour, ou à la suite d’une interpellation en situation irrégulière.

Conditions d’applicationProcédureRecours
– Étranger non européen entré illégalement en France ou dans l’espace Schengen – Expiration ou invalidité du titre de séjour ou visa – Menace à l’ordre public lors d’un séjour en France de moins de 3 mois – Travail sans autorisation lors d’un séjour de moins de 3 mois– Décision prise par le préfet de département (préfet de police à Paris) – Départ en direction du pays d’origine ou de tout pays permettant une admission légale – Délai de 30 jours francs pour départ volontaire – Possibilité d’aide au départ volontaireDélai de dépôt – dépôt auprès du tribunal administratif compétent – 15 ou 30 jours francs (en fonction de la situation de l’individu) -délai de 48h en cas de suppression préfectorale du délai de départ volontaire Délai d’instruction – de 6 semaines à 3 mois (en fonction de la situation de l’individu) Délai d’appel de la décision – contestation possible auprès de la cour administrative d’appel

Une OQTF peut être complétée par une interdiction de retour sur le territoire français, pour trois ans maximum et dans tout l’espace Schengen.

Les interdictions de territoire français relèvent d’une procédure d’éloignement distincte, d’ordre judiciaire et non administratif :

Conditions d’applicationProcédureRecours
– Étranger non européen ayant commis un crime ou un délit – peine complémentaire (à prison ou amende par ex.) ou principale– décision par le juge pénal – expulsion du territoire par les forces de l’ordre, immédiate ou à l’issue de la peine de prison ferme – renvoi vers le pays d’origine ou tout autre pays consentant où le séjour est légal– ITF en peine principale : contestation devant la cour d’appel – ITF en peine complémentaire : – contestation devant la cour d’appel – pourvoi en cassation – demande de relèvement auprès du tribunal correctionnel (pour les délits) ou de la chambre de l’instruction de la cour d’appel (pour les crimes)

Les arrêtés d’expulsion, le plus souvent pris par les préfets, sont utilisés en cas de menace à l’ordre public :

Conditions d’applicationProcédureRecours
– Étranger non européen représentant une menace grave ou très grave pour l’ordre public – Étranger mineur non sujet à cette mesure – L’étranger résidant habituellement en France depuis l’âge de 13 ans ou moins est concerné dans certains cas restreints (terrorisme, violences graves, etc .)– décision prise par le préfet du lieu de résidence : arrêté préfectoral d’expulsion (APE) – arrêté ministériel d’expulsion (AME) en cas d’urgence absolue – convocation devant la commission d’expulsion – renvoi de force dans le pays d’origine ou dans un autre pays étranger, et ce même avec un permis de séjour valide – renvoi immédiat ou différé avec assignation à résidence– recours en annulation devant le tribunal administratif – recours en abrogation auprès de l’administration – réexamen automatique de la mesure tous les 5 ans

On peut ajouter à cette liste les décisions de réadmission, prises par les préfets à l’encontre d’étrangers en situation irrégulière ayant déjà déposé une demande d’asile dans un pays membre de l’Union européenne.

20172017 - 6 mois2018 - 6 mois
prononcéesexécutéesPrononcéesExécutéesPrononcéesExécutées
Interdictions du territoire1 1961 024584507590598
OQTF85 26811 53540 7935 90750 8386 406
APRF79468
Arrêtés d’expulsion22521012398125100
Décisions de réadmission17 2514 5897 9422 20913 4342 582
Départs volontaires3 7781 7693 616
Départs spontanés5 4382 7822 819
Non-respect de l’ICTF13034108
Totaux103 94026 78349 44213 35264 98716 237

Source : MI-DCPAF/DSED

2. Une politique d’éloignement qui pâtit de très faibles taux d’exécution

Malgré l’existence de ces mesures, la politique d’éloignement conduite par la France reste fragilisée par un faible taux d’exécution des mesures prononcées, qui n’évolue que très peu d’une année sur l’autre. Si ce taux dépend naturellement du nombre de mesures prises, la persistance d’un écart considérable entre les mesures adoptées et leur traduction concrète reflète les nombreux obstacles auxquels se heurte notre politique d’éloignement.

De façon globale, sur 92 076 mesures d’éloignement prononcées ([11]) en 2016, 16489 ont été exécutées, soit 17,9 %. En 2017, sur 103 940 mesures prononcées, 18 158 ont été exécutées, soit 17,4 % ([12]). On observe donc à la fois une progression dans l’absolu en 2017, en termes de mesures prononcées et de mesures exécutées, et la persistance d’un écart dont la réduction doit être une priorité. Sur une plus longue période, on peut également constater une incapacité à accompagner la hausse des mesures prononcées d’un renforcement de leur effectivité :

201220132014201520162017
Mesures prononcées90 86897 39796 22988 99192 076103 940
Mesures exécutées26 81222 75321 48919 99116 48918 158
Taux29,5 %23,36 %22,33 %22,46 %17,90 %17,46 %

Source : ministère de l’Intérieur

Si l’on regarde plus spécifiquement les OQTF, qui constituent de loin la principale mesure d’éloignement en termes de mesures prises, on constate le même phénomène :

AnnéePrononcéesExécutéesTaux
201579 75013 51817,0 %
201681 62811 65314,3 %
201785 26811 53513,5 %
Semestre 1 201850 8386 40612,6 %

Source : ministère de l’Intérieur

Là encore, il faut tenir compte de l’évolution du dénominateur, qui reflète tant l’évolution du nombre d’étrangers en situation irrégulière en France que l’investissement des forces de police et des préfectures. Pour autant, un volontarisme accru en matière de mesures prises n’a de sens que s’il s’accompagne d’un renforcement de l’effectivité de ces mesures.

En termes de nationalités, la politique d’éloignement connaît également des effets contrastés :

Éloignement des cinq nationalités les plus éloignées en 2017

NATIONALITÉSRetours forcés sous billetterieRetours aidésRetours volontairesTotal Retour RPT hors UERéadmis-sions RPT dans UERenvois ressortis-sants UETotal Éloigne-ments
ALBANAISE22513008826391772816
ROUMAINE021652165
ALGÉRIENNE10325926313542561610
MAROCAINE6571836810434451488
TUNISIENNE61212196820165985

Source : MI-DCPAF/DSED

Éloignement des cinq nationalités les plus éloignées

au premier semestre 2018

NationalitésRetours forcés sous billetterieRetours aidésRetours spontanésTotal Retour RPT hors UERéadmissions RPT dans UERenvois ressortis-sants UETotal éloignements
ALBANAISE969444921 505701 575
ROUMAINE01 0981 098
ALGÉRIENNE65537129821103924
MAROCAINE3378135480234714
SOUDANAISE77317530547

Source : MI-DCPAF/DSED

Les taux d’exécution des OQTF varient beaucoup selon les nationalités. Parmi les nationalités les plus éloignées quantitativement, les Albanais et les Roumains connaissent ainsi un taux d’exécution des OQTF relativement élevé, à hauteur de 32 et de 59 % au premier semestre 2018. Cela est dû à plusieurs facteurs, au premier rang desquels l’appartenance à l’Union européenne de la Roumanie, et la bonne coopération des autorités albanaises d’autre part. À l’inverse, pour certains pays dont les ressortissants font l’objet d’un nombre important d’OQTF, tels que l’Algérie (4 480), le Maroc (3 725) ou le Mali (1 539), les taux d’exécution restent faibles (respectivement 13 %, 12 % et 4 % pour le premier semestre 2018).

3. Les aides au retour

Parmi les étrangers faisant l’objet d’une mesure d’éloignement, certains ont recours à des aides au retour, dispositif pris en charge par l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration). L’aide au retour a été attribuée à 7 114 étrangers en 2017, enfants compris, en hausse considérable par rapport aux années 2015 et 2016 (4 758 et 4 774 personnes). Parmi eux, 3 778 personnes n’avaient pas fait l’objet d’une mesure d’éloignement et ne sont donc pas comptabilisées parmi les éloignements forcés.

Les aides au retour, qui sont en progression sur l’année 2018 avec 8 375 bénéficiaires à la fin août, sont une ressource utile pour améliorer l’efficacité des éloignements. L’aide peut être administrative et matérielle ou financière. Elle est alors versée en une seule fois, au moment du départ, en tenant compte de la situation administrative du bénéficiaire et de son pays de retour. Elle s’élève à 650 euros pour les ressortissants des pays tiers soumis à visa, et à 300 euros pour les ressortissants des pays dispensés de visa et le Kosovo.

Selon Didier Leschi, directeur général de l’OFII, ces dispositifs fonctionnent bien malgré quelques limites, telles que les difficultés rencontrées avec certaines préfectures pour la délivrance des OQTF. On peut noter qu’à partir de 2019, l’aide au retour sera proposée aux étrangers placés en centres de rétention, comme elle l’est déjà systématiquement aux déboutés du droit d’asile.

Par ailleurs, et bien qu’il soit difficile d’estimer avec exactitude le coût d’un éloignement ou le coût d’un retour aidé, les données dont nous disposons invitent à favoriser le recours aux aides au retour. Sur la base des coûts portés par le programme 176 ([13]) « police nationale » et par le programme 303, qui inclut les frais liés à la rétention à l’assignation à résidence, on obtient un coût moyen par éloignement de 4 340,28 euros en cas de rétention, et de 4 180,28 euros en cas d’assignation à résidence. Pour les retours aidés, en additionnant le coût du dispositif et le coût de gestion par dossier, on obtient un total de 2 900 euros.

Enfin, il faut mentionner le recensement des personnes en situation irrégulière quittant le territoire national spontanément, sans faire l’objet d’une mesure d’éloignement ni bénéficier d’une aide au retour. Selon le ministère de l’Intérieur, on a pu compter en 2017 5 438 départs spontanés, en légère baisse (2,7 %) par rapport à 2016 (5 591).

B. les obstacles à l’éloignement effectif des étrangers en situation irrégulière se situent à toutes les étapes du processus

Les résultats inégaux et insuffisants de notre politique d’éloignement s’expliquent par de nombreux facteurs, intervenant à toutes les étapes du processus d’éloignement : difficultés de placement en centre de rétention administrative, libération ordonnée par le juge judiciaire ou annulation des mesures d’éloignement par le juge administratif, identification des étrangers en situation irrégulière, délivrance des laissez-passer consulaires par les autorités des pays tiers.

1. Des difficultés de placement en rétention administrative

Les difficultés de placement en centre de rétention administrative (CRA) constituent un premier obstacle à l’éloignement. Le parc actuel, composé de 25 centres (dont 4 outre-mer), représente une capacité immobilière de 1 564 places en métropole et 227 outre-mer. Or, le taux d’occupation des CRA en métropole a sensiblement augmenté depuis l’automne 2017, passant de 67 % en 2017 à 80 % au premier semestre 2018. Pour les hommes isolés, qui représentent plus de 85 % du total, ce taux atteint même 89 %, soit en pratique un fonctionnement à pleine capacité.

Dans le cadre du plan d’augmentation des capacités des CRA en métropole engagé fin 2017, il est prévu, d’ici l’été 2020, d’obtenir 481 nouvelles places disponibles, par l’optimisation des places existantes et par l’accroissement du parc de rétention. Or, l’accroissement des places disponibles doit impérativement s’accompagner d’une hausse des moyens alloués aux CRA pour être efficace. Selon la Direction générale des étrangers en France (DGEF), il faut compter en moyenne 1,7 ETP par place occupée supplémentaire : une hausse de 481 places devrait donc s’accompagner d’une hausse de 818 ETP. À effectifs constants, cela se traduirait immanquablement par une pression accrue sur les services de police, qui risquerait de compromettre l’effort de renforcement du parc de rétention. Aujourd’hui, la problématique des places « neutralisées » atteste déjà des effets d’un manque d’effectifs sur le bon fonctionnement des centres de rétention. Votre rapporteur appelle donc à une vigilance particulière sur ce point, et ce dès à présent, dans un contexte où les ETP affectés à la police aux frontières, prévus par le programme 176, sont en baisse (13 906) par rapport au PLF pour 2018 (14 570).

Par ailleurs, il existe des alternatives au placement en rétention, telles que l’assignation à résidence. La loi du 7 mars 2016 a inscrit dans le CESEDA ([14]) l’assignation à résidence comme alternative prioritaire à la rétention administrative. Elle peut s’appliquer aux étrangers qui présentent des garanties de représentation effectives, et ne concerne donc pas en principe les étrangers qui ne possèdent pas de documents d’identité ou se sont déjà soustraits à une mesure d’éloignement. Ce dispositif s’est sensiblement développé sur la période récente, avec une hausse de 87 % entre 2016 et 2017, et gagnerait à s’étendre encore. Cela permettrait de réduire la pression sur les CRA, et de favoriser la continuité du processus d’éloignement des étrangers en situation irrégulière, bien que les étrangers non documentés ne soient pas concernés.

Les dispositifs de préparation au retour, mis en œuvre depuis 2015, gagneraient aussi à être développés. Ce dispositif, principalement utilisé pour les familles, repose sur un hébergement en milieu ouvert, un suivi administratif individualisé, un accompagnement par un opérateur social et une prise en charge financière par l’État. À ce stade, 13 dispositifs ont été ouverts, dont 7 en Ile-de-France.

Enfin, un recours accru aux audiences par visioconférence, concernant l’OFPRA et le juge des libertés et de la détention, permettrait de réduire la pression exercée sur les CRA. Selon la DCPAF, une généralisation de la visioconférence permettrait de gagner environ 300 ETP pour les services de police. Or, bien que 17 CRA soient dotés aujourd’hui de l’équipement nécessaire, une seule visioconférence a été tenue devant le JLD depuis 2017, du fait notamment des réticences des juges des libertés et de la détention. De même, le parc de rétention français est encore insuffisamment doté en salles d’audiences délocalisées : on en trouve dans 3 CRA de métropole, ainsi qu’à la zone d’attente de Roissy, alors que ce dispositif permet de générer des économies importantes en termes de coût d’escorte.

Au-delà de l’augmentation des moyens disponibles, l’efficacité du placement en rétention administrative passe aussi par une approche pragmatique, reposant sur une véritable politique de rétention. On peut en effet déplorer une insuffisante priorisation dans le recours aux placements en rétention, liée à un manque de coordination entre les préfectures. Or, il est possible de se doter de critères clairs et aptes à renforcer le taux d’éloignement en CRA. L’éloignement d’un étranger en situation irrégulière ne pouvant aboutir s’il n’est pas documenté, il apparaît préférable d’avoir recours au placement en rétention pour les étrangers documentés.

Le modèle mis en place par la région Ile-de-France, sous la forme d’une « cellule zonale pour la rétention », compétente pour examiner et classer toutes les demandes de placement en rétention émises dans la région, gagnerait ainsi à être développé au plan national. Au même titre que le potentiel d’éloignement de l’étranger, les risques induits pour l’ordre public sont pris en compte dans le recours à la rétention administrative. Selon les données de la préfecture de police de Paris, la mise en place de ce dispositif le 5 mars dernier a déjà permis d’améliorer significativement le taux d’éloignement en CRA : 5 à 6 étrangers sur 10 placés en rétention en Ile-de-France sont aujourd’hui effectivement éloignés, pour une moyenne nationale de 36 %.

Ainsi, le doublement de la durée maximale de rétention administrative à 90 jours, permis par loi du 10 septembre 2018, ne saurait constituer une mesure suffisante pour améliorer le taux d’éloignement en CRA. Quand on sait que les éloignements interviennent majoritairement dans les dix à quinze premiers jours de rétention, on voit que la rétention ne doit pas constituer une fin en soi, mais un outil au service de la politique d’éloignement.

2. Des mesures annulées par le juge judiciaire et par le juge administratif

Parmi les raisons avancées pour expliquer la faible exécution des mesures d’éloignement, le ministère de l’Intérieur met également en avant les libérations ordonnées par le juge judiciaire (juge des libertés et de la détention et cours d’appel), ainsi que les annulations des mesures d’éloignement par le juge administratif, qui peut aussi annuler les décisions fixant le pays de renvoi.

Les décisions de justice peuvent varier d’une juridiction à l’autre, mais on peut déplorer la part non négligeable d’annulations intervenant en raison de vices de procédure. Selon les données transmises par la DCPAF, jusqu’à 85 % des libérations ordonnées par le juge des libertés et de la détention en cas de placement en CRA s’expliquent par des vices de procédure, intervenant à différentes étapes du processus.

Des marges de progression existent donc, qui peuvent aussi passer par une meilleure représentation de l’État devant les juridictions administratives et judiciaires, afin de sécuriser davantage les procédures.

3. Des difficultés en matière d’identification et de traçabilité

Pour que l’éloignement d’un étranger en situation irrégulière puisse aboutir, son identification est nécessaire. Or, l’absence de documentation peut rendre la tâche complexe, et entraver l’obtention des laissez-passer consulaires de la part du pays d’origine.

Ainsi, la fraude documentaire demeure un mode opératoire très courant des filières d’immigration illégale. Cela concerne tant les filières dites d’acheminement, qui procurent des documents obtenus indûment, qu’ils soient falsifiés ou authentiques, que les filières dites de maintien. Elles peuvent fournir de faux documents de type CNI ou passeports, ou participer à l’obtention indue d’un titre de séjour ou d’un statut, sur la base de fausses déclarations et de faux justificatifs. Ces réseaux, qui peuvent être très localisés et intracommunautaires, sont particulièrement difficiles à identifier.

En plus de l’action menée contre les filières d’immigration illégale, des missions spécifiques portant sur l’identification ont pu être conduites, en coopération avec plusieurs pays tiers : Vietnam, Soudan, Mali, Côte d’Ivoire ou encore Sénégal. D’autres devraient être lancées prochainement, notamment avec le Pakistan et le Maroc. Une expérimentation portant sur l’identification par le biais des empreintes papillaires a par ailleurs été lancée courant 2018 avec le Maroc : les empreintes des individus dont les éléments laissent à penser qu’ils pourraient être de nationalité marocaine sont transmises aux autorités marocaines, via un canal sécurisé, pour comparaison avec les fichiers marocains. En fonction des résultats obtenus, il pourrait être pertinent d’étendre et de généraliser ce type de missions.

Des faiblesses doivent également être mises en avant en matière de traçabilité des mesures d’éloignement. En effet, depuis la dépénalisation des séjours irréguliers par la loi du 31 décembre 2012, les services de police ne disposent plus de signalisation des étrangers en situation irrégulière. Cela vaut pour les cas où une OQTF est prise sans mesure de rétention, et de façon générale, il n’existe pas de suivi entre les OQTF prises dans différents départements. Un étranger en situation irrégulière pourra donc faire l’objet d’une OQTF dans un département, puis être à nouveau interpellé dans un autre. Par ailleurs, en cas de prise d’empreintes, il n’existe pas de fichier en permettant l’enregistrement, ce qui invite à considérer la création d’un fichier administratif regroupant les empreintes des étrangers en situation irrégulière.

Le fichier Eurodac permet, dans le cadre de l’Union européenne et sur la base d’un système automatisé de reconnaissance d’empreintes digitales, d’identifier les personnes ayant déjà déposé une demande d’asile dans l’UE, d’identifier les personnes ayant franchi irrégulièrement une frontière extérieure de l’UE, et de déterminer l’État membre responsable de l’examen d’une demande d’asile.

4. Des marges de progression concernant la délivrance des laissez-passer consulaires

L’étape de l’identification des étrangers en situation irrégulière est étroitement liée à celle de la délivrance des laissez-passer consulaires (LPC), indispensable, en dehors de l’Union européenne, pour aboutir à l’éloignement.

La délivrance des LPC dépend de la coopération des autorités du pays d’origine, et on constate en la matière une grande hétérogénéité des pratiques.

2012201320142015201620172017/ 2016
Laissez-passer demandés6 5157 0227 4236 6475 8595 811- 0,8 %
Laissez-passer obtenus dans les délais utiles2 4032 4742 8572 8592 7072 966+ 9,6%
Laissez-passer obtenus hors délai177168207200170147- 13,5 %
Laissez-passer refusés1 4811 3271 144770587314- 46,5 %
demandes laissées sans réponse (demandes - réponses)2 4543 0533 2153 2152 3952 384- 0,5 %
Taux de délivrance dans délai36,9 %35,2 %38,5 %43 %46,2 %51 %+ 10,4 %

Source: MI – DGEF

Pour un taux de délivrance dans les délais de 51 % en moyenne en 2017, on observait des taux très disparates par pays, pouvant aller jusqu’à 91 % pour l’Albanie, mais restant très faibles pour d’autres pays comme le Mali (11 %). L’amélioration du taux de délivrance des laissez-passer consulaires doit ainsi passer par une approche ciblée et bilatérale, d’où l’identification en 2017 de six pays prioritaires (Maroc, Tunisie, Sénégal, Guinée, Côte d’Ivoire et Mali), avec lesquels renforcer notre coopération pour lutter contre l’immigration irrégulière constitue un impératif. Ce constat est d’autant plus important que les taux de délivrance des LPC dans les délais varient selon le nombre de laissez-passer demandés.

Année 2016
N°PAYSNOMBRE DE MESURES D’ÉLOIGNEMENT PRONONCÉESNOMBRE DE MESURES D’ÉLOIGNEMENT EXÉCUTÉES (sans compter les aides au départ et les départs spontanés)DEMANDES LPCTAUX DE RECONNAISSANCE DE LA NATIONALITÉTAUX DE DÉLIVRANCE DES LPC DANS LES DÉLAIS
1Algérie9 2781 5391 29454,3 %48,0 %
2Maroc6 6511 54468035,9 %27,5 %
3Tunisie4 6711 0601 13941,1 %31,5 %
4Pakistan3 0083703321,2 %12,1 %
5Mali2 8442507639,5 %11,8 %
6Bangladesh2 247826624,2 %21,2 %
7Sénégal2 1273289637,5 %32,3 %
8Égypte1 97918415725,5 %17,2 %
9Inde1 3971597941,8 %40,5 %
10Mauritanie757381323,1 %23,1 %
TOTAL ET TAUX MOYEN TOUS PAYS92 07616 4895 85955,44%46,20%
Année 2017
N°PAYSNOMBRE DE MESURES D’ÉLOIGNEMENT PRONONCÉESNOMBRE DE MESURES D’ÉLOIGNEMENT EXÉCUTÉES (sans compter les aides au départ et les départs spontanés)DEMANDES LPCTAUX DE RECONNAISSANCE DE LA NATIONALITÉTAUX DE DÉLIVRANCE DES LPC DANS LES DÉLAIS
1Algérie10 2451 6101 35658,26 %50,44 %
2Maroc7 5331 48864639,63 %29,72 %
3Tunisie5 09998596350,16 %39,77 %
4Pakistan3 5604668348,19 %33,73 %
5Mali3 2892607317,81 %10,96 %
6Bangladesh2 591682433,33 %29,17 %
7Sénégal2 25233111340,71 %32,74 %
8Égypte2 34923011925,21 %16,81 %
9Inde1 88019111354,87 %47,79 %
10Mauritanie816492642,31 %26,92 %
TOTAL ET TAUX MOYEN TOUS PAYS103 94017 5675 81160,25 %51,04%

Source : DSED

Ces tableaux font ainsi apparaître un important et regrettable décalage entre le nombre de mesures d’éloignement prononcées et le nombre de LPC demandés. Même si ces données n’intègrent pas les personnes ayant bénéficié d’une aide au retour, elles attestent des marges de manœuvre existantes en la matière. Pire encore, le nombre de LPC demandés a baissé entre 2016 et 2017 pour plusieurs pays malgré la hausse du nombre de mesures d’éloignement prononcées (Maroc, Tunisie, Mali…).

C. LA PROBLématique particulière des mineurs non accompagnés

En matière de prise en charge comme d’éloignement, la situation des mineurs non accompagnés présents sur le territoire national constitue une problématique à part entière.

Les mineurs non accompagnés, qui se caractérisent au sens d’un arrêté de référence du 17 novembre 2016 ([15]) comme non accompagnés d’une personne majeure qui serait leur « responsable légalement sur le territoire national » ou qui prendrait effectivement en charge l’enfant et manifesterait la volonté de se le voir confier durablement, sont pris en charge en France par les départements.

Si leur estimation exacte est difficile, on comptait 8 054 mineurs accueillis sur le territoire national en 2016, pour environ 13 000 en 2017, ce qui confirme une importante tendance à la hausse.

Les mineurs non accompagnés relèvent du droit commun de la protection de l’enfance et ne peuvent faire l’objet d’aucune mesure d’éloignement, mais des difficultés subsistent pour évaluer avec exactitude l’âge des personnes. Le recours aux examens médicaux ne peut intervenir qu’en cas de doute persistant après l’entretien et la vérification des documents d’état civil, et après saisie de l’autorité judiciaire. Or, ces examens ne permettent pas d’obtenir une évaluation exacte et subsiste une marge d’erreur de 18 mois, ce qui pose d’autant plus de problèmes que de nombreux mineurs présumés sont proches de la majorité.

Dans ce contexte, il existe toutefois des leviers d’action. La directive retour permet, en son article 17, le placement en rétention des mineurs non accompagnés, « en dernier ressort et pour la période appropriée la plus brève possible ». Elle encadre aussi les possibilités d’éloignement (article 10), à savoir, la nécessité pour l’État concerné de s’assurer que le mineur en question sera remis à « un membre de sa famille, à un tuteur désigné ou à des structures d’accueil adéquates dans l’État de retour ». Or, l’application de l’article 10 de la directive ne constitue pas une piste prise en compte par le gouvernement, ce que votre rapporteur regrette.

Par ailleurs, la nécessité d’une aide renforcée de l’État aux départements dans la prise en charge des mineurs non accompagnés reste entière. Cette compétence implique une charge financière non négligeable pour les départements, qui sont inégalement exposés à la présence des mineurs non accompagnés.

IV. la politique migratoire de la France doit associer la coopération européenne à des partenariats bilatéraux renforcés

A. le cadre européen demeure nécessaire pour répondre au défi migratoire

1. Si la coopération européenne en matière migratoire connaît des points de blocage…

En 2016, la Commission européenne a soumis sept propositions de textes visant à refondre intégralement le Régime d’asile européen commun (RAEC), à transformer le Bureau européen d’appui en matière d’asile en Agence européenne de l’asile, et à créer un instrument inédit concernant la réinstallation. Sur sept textes, cinq font actuellement l’objet de trilogues entre le Conseil, la Commission et le Parlement mais les deux règlements les plus complexes, « Dublin » et « Procédures » sont toujours en cours de discussion au Conseil.

La réforme du règlement Dublin III apparaît comme l’emblème des blocages connus aujourd’hui au niveau européen sur les questions migratoires. Le projet présenté par la Commission en mai 2016 vise notamment à simplifier l’application des dispositions en réduisant les délais d’instruction et en instituant une responsabilité permanente, et à lutter contre les mouvements secondaires, tout en renforçant les critères familiaux. La proposition prévoit également la création d’un mécanisme d’attribution permanent, pour rendre possible les relocalisations des demandeurs d’asile en cas d’afflux soudains et massifs, selon une clef de répartition prédéterminée.

De façon quasi unanime, le fonctionnement actuel du règlement Dublin III est aujourd’hui dénoncé comme inefficace. On le voit tout d’abord aux taux de transfert entre États des demandeurs d’asile placés sous procédure Dublin : en 2016, sur 25.963 procédures Dublin initiées par la France, les États membres ont accepté de reprendre en charge 14 301 demandeurs, et seuls 1 293 ont été effectivement transférés, pour un taux de transfert de 9%. Pour la première fois, en 2016, la France a transféré plus de demandeurs d’asile qu’elle n’en a repris en charge (1 242). En 2017, le taux de transfert est resté stable, mais le nombre de transferts a plus que doublé. Ainsi, le recours accru des autorités françaises à la procédure Dublin doit encore passer par une hausse des transferts effectifs pour gagner en efficacité. Cela est d’autant plus urgent que la France est sensiblement exposée aux flux secondaires : en 2017, près de 36 % des demandes d’asile déposées en guichet unique concernaient des demandes relevant de la procédure Dublin, ce qui représente un niveau inédit.

La France a donc tout intérêt à voir aboutir la réforme du règlement Dublin III. Pour autant, si les propositions de la Commission ont dans l’ensemble recueilli l’adhésion française, elles ont aussi suscité les réticences tant des États de première entrée que des États de Višegrad, opposés à toute forme d’accueil obligatoire. À ce titre, les anathèmes lancés tant par le gouvernement que par la représentation nationale à l’encontre de ces pays ne favorisent pas l’émergence d’un accord sur la refonte du règlement Dublin III, au contraire.

Dans ce contexte, les avancées les plus récentes ont été enregistrées lors du Conseil européen des 28 et 29 juin derniers, essentiellement autour de deux propositions, dont la concrétisation reste encore incertaine :

– Les « centres contrôlés », qui seraient établis dans des États membres volontaires – en priorité les pays de première entrée selon la France – permettraient d’accueillir les migrants et d’examiner leur situation afin de distinguer les bénéficiaires potentiels de la protection internationale des autres profils. Ces centres permettraient l’enregistrement des empreintes, l’identification des personnes et l’évaluation des risques sécuritaires, tout en apportant aux migrants un hébergement temporaire.

– Les « plateformes régionales de débarquement » renommées récemment « arrangements régionaux de débarquement », seraient installées dans des pays tiers, afin d’assurer une prise en charge rapide des personnes secourues en mer, et d’offrir des solutions adaptées en fonction du statut : soit le retour dans le pays d’origine (en lien avec l’OIM), soit l’accès à l’asile (en lien avec le HCR).

Ces deux propositions suscitent toutefois d’importantes questions d’ordre politique et d’ordre juridique. Aucun État membre ni État tiers ne s’est encore manifesté pour accueillir des centres ou des plateformes, et aucune estimation budgétaire n’a été réalisée. La proposition de plateformes a par ailleurs suscité une réaction assez négative des pays d’Afrique du nord, qui ont pu y voir une façon pour l’Union européenne de sous-traiter le problème migratoire. Au plan juridique, cette proposition suscite encore des interrogations en termes de conformité au droit international, tandis que la création de centres contrôlés, qui devraient être fermés pour fonctionner efficacement, nécessiterait des modifications juridiques dans plusieurs pays de première entrée (Italie, Grèce et Espagne notamment).

Dans l’intervalle, la France a ainsi pu prendre des mesures au plan national et au plan bilatéral. Selon le ministère de l’Intérieur, l’entrée en vigueur de la loi du 20 mars 2018 permettant une bonne application du régime d’asile européen, qui autorise notamment à placer en rétention un migrant après la décision de transfert vers un autre État européen, et ce dès le début de la procédure de détermination de l’État européen responsable de l’examen de sa demande, devrait permettre de confirmer la dynamique actuelle de hausse du taux de transfert, qui s’élevait à 26 % sur les huit premiers mois de 2018 ([16]) .

Au plan bilatéral, la France a conclu avec l’Allemagne un accord, actuellement en cours de formalisation, afin de s’engager mutuellement à appliquer des délais plus brefs que ceux prévus par le règlement Dublin III et à déterminer des modalités de transferts plus pratiques.

D’autres points de blocage ont pu apparaître au plan européen. C’est le cas de la proposition de révision du règlement Frontex, visant à renforcer le mandat de l’agence et présentée par la Commission le 12 septembre 2018. Les premiers échanges entre États membres ont fait ressortir une opposition entre les États favorables à la proposition, dont la France, et les États y étant opposés (Hongrie, Pologne, République tchèque, Malte, Italie) pour des raisons de souveraineté, notamment pour les États de première entrée qui redoutent une intervention renforcée de l’agence sur leur territoire national.

2. … la solidarité entre États membres demeure indispensable face aux enjeux migratoires

Pour plusieurs raisons, il reste indispensable de garantir un minimum d’entente, de responsabilité partagée et de solidarité entre les États membres.

Cette solidarité s’est déjà manifestée, à plusieurs reprises. Le mécanisme de relocalisation des demandeurs d’asile mis en place en 2015 a ainsi permis de réduire la pression exercée sur les États de première entrée. La France a accueilli à ce jour 5 029 personnes. Si le programme de relocalisation depuis la Grèce a pris fin en décembre 2017, du fait d’une réduction considérable des flux après l’accord UE Turquie, le regain actuel de ces flux pourrait justifier une reprise du programme. Concernant l’Italie, la France a décidé par solidarité de poursuivre le programme au-delà de l’automne 2017, et 192 personnes ont été relocalisées en France au premier trimestre 2018.

Malgré ces efforts, la France est loin de remplir ses objectifs en termes de relocalisation, qui avaient été fixés à 20 000 demandeurs d’asile.

Depuis l’été 2018, la position de fermeture des autorités italiennes a également rendu nécessaire une prise en charge commune des personnes secourues en mer par des navires comme l’Aquarius. La France a ainsi participé à cinq opérations financées avec des crédits européens, en accueillant 259 personnes par solidarité avec l’Espagne, Malte et l’Italie. Dans ce contexte, il faut aussi rappeler que malgré la mise en place d’une prise en charge par l’OFPRA pour les personnes débarquées, la coopération européenne ne permet pas d’empêcher les migrants non retenus par l’OFPRA d’arriver en France in fine, ce qui constitue une véritable faille dans la gestion des flux migratoires par les États européens.

3. Dans ce contexte, plusieurs réformes en cours devraient permettre de renouveler et de renforcer la politique migratoire européenne

Tout d’abord, les propositions budgétaires pour le prochain CFP (Cadre financier pluriannuel) prévoient un triplement du budget alloué à la gestion des frontières extérieures, des flux migratoires et de l’asile, à hauteur de 33mds euros. Comme la Direction de l’Union européenne du MEAE a pu l’indiquer à votre rapporteur en audition, cette hausse est de façon générale considérée comme nécessaire par tous les États membres, et non comme une variable d’ajustement.

D’autre part, plusieurs propositions de réformes en cours pourraient contribuer à mieux répondre aux enjeux migratoires actuels.

La Commission a ainsi présenté le 16 mai 2018 une proposition de modernisation du système d’information sur les visas, le VIS, allant dans le sens d’une meilleure gestion des frontières. Les modifications proposées permettraient de vérifier de manière plus approfondie les antécédents des demandeurs de visa, d’améliorer l’échange d’informations entre les États et de garantir l’interopérabilité avec les autres bases de données européennes existantes.

Le 12 septembre 2018, la Commission a également présenté une proposition de révision de la directive retour. La proposition comporte notamment un régime particulier pour le retour des étrangers en situation irrégulière et les déboutés de l’asile, à la frontière. Il s’agirait d’appliquer les dispositions actuelles de la directive retour, mais avec des délais resserrés pour déposer un recours contre la décision de retour, et un caractère non suspensif du retour. À noter toutefois que ce dispositif ne prévoit aucun régime privatif de liberté, ce qui risque de le fragiliser en termes de contrôle des flux.

Concernant Frontex, si les évolutions des compétences de l’agence sont en cours de négociation au niveau des États membres, il faut rappeler le rôle de l’agence dans la mise en place d’opérations de sauvetage en mer et de lutte contre les passeurs. Ces objectifs sont ainsi poursuivis par l’opération Thémis, lancée début 2018 en Méditerranée centrale.

Le recours accru de la France aux vols groupés Frontex depuis l’année dernière gagnerait aussi à se poursuivre pour renforcer l’effectivité des éloignements :

Nombre de vols organisés par la France (toutes catégories)
201320142015201620177 mois 2018Total
13410512998

Source : ministère de l’Intérieur

Comme la DCPAF a pu le signaler à votre rapporteur en audition, certains pays et notamment les pays du Maghreb refusent l’organisation de vols groupés, et il serait donc souhaitable d’engager des négociations au niveau européen pour faire lever cet obstacle.

Le cadre européen peut aussi être un support pour la coopération avec les pays tiers. Le Fonds fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique, « en faveur de la stabilité et de la lutte contre les causes de la migration irrégulière », auquel la France contribue à hauteur de 16,5 %, a permis de financer plusieurs projets de coopération porteurs depuis son lancement suite au Sommet de La Valette de novembre 2015. La déclaration conjointe du 28 août 2017 entre l’Union européenne et plusieurs États africains, « Relever le défi de la migration et de l’asile », a aussi permis de conforter une dynamique de coopération avec les pays d’Afrique, notamment le Niger. La coopération a permis de lutter contre les réseaux de passeurs en remettant en question leur modèle économique, tout en fournissant une aide pour développer des alternatives économiques. Une action a également été menée auprès des municipalités touchées par les trafics, à l’instar d’Agadez.

La déclaration a été prolongée à Niamey en mars dernier, dans un format élargi. Une feuille de route ambitieuse a été adoptée, autour de sept domaines d’action : application des conventions, création d’outils dédiés, renforcement des capacités matérielles et humaines, coopération policière, contrôle des frontières, création d’économies alternatives, protection des migrants et des victimes de la traite.

Pour autant, la coopération avec les pays d’origine et de transit reste inégale et appelle à une certaine vigilance.

Certaines négociations sont ainsi bloquées depuis plusieurs années. C’est le cas de l’accord de réadmission souhaité avec le Maroc, depuis dix ans, de même pour l’Algérie ou pour la Tunisie, bien que le début des négociations soit plus récent. Dans une démarche pragmatique, la Commission conclut aussi depuis 2016 des arrangements « opérationnels » (SOP « Standard operational procedures ») pour mettre en œuvre des bonnes pratiques sur le retour des étrangers en situation irrégulière. Ces accords ne sont pas juridiquement contraignants mais ont l’avantage d’être plus souples, plus discrets et par là-même plus faciles à conclure. À ce stade, quatre arrangements de ce type sont en vigueur, avec l’Afghanistan (déclaration politique "Joint Way Forward"), octobre 2016 – la Guinée (Conakry), juillet 2017 – le Bangladesh, septembre 2017 et l’Éthiopie, février 2018.

B. le renforcement de la coopération avec les pays d’origine et de transit doit constituer une priorité

Au-delà des possibilités permises par le cadre européen, la politique migratoire de la France gagnerait à reposer sur un continuum entre la dimension européenne et la dimension bilatérale. Cet aspect est indispensable à la bonne gestion des flux migratoires, en amont et en aval, pour la délivrance des laissez-passer consulaires et l’effectivité des retours.

Précisons d’emblée un point. En matière de coopération bilatérale, les évolutions souhaitables ne portent pas que sur le fond, mais également sur la méthode adoptée. Cet aspect a été mis en avant par la direction générale des Relations internationales du ministère de l’Intérieur espagnol, à l’occasion d’un déplacement effectué par votre rapporteur à Madrid. Notre coopération avec les États tiers doit se faire d’égal à égal, et non par la présentation unilatérale, par la France ou par l’Union européenne, de projets intégrant ces pays sans échange préalable.

L’approche développée par l’Espagne dès les années 2000, qui combine le cadre européen aux accords bilatéraux, repose ainsi également pour les autorités actuelles sur cette attention particulière apportée à la qualité des échanges.

Côté français, de nombreux outils et accords existent déjà, et connaissent un succès inégal. La France a ainsi signé 43 accords bilatéraux de réadmission, un accord de ce type comportant en général trois volets : la reprise des nationaux en situation irrégulière sur le territoire de l’autre partie contractante, la réadmission des ressortissants d’États tiers ayant séjourné ou transité sur le territoire de la partie requise, avant d’être en situation irrégulière sur le territoire de la partie requérante, et le transit par les États contractants pour l’éloignement des ressortissants d’États tiers vers leur pays.

Des dispositions spécifiques à la réadmission se rencontrent également dans certains accords de gestion concertée des flux migratoires. La France en a signé 8 dont 7 en vigueur, et 2 avec des pays à risque en matière d’immigration irrégulière, la Tunisie et le Sénégal. Ces dispositions connaissent un bilan mitigé : si la mobilité légale se développe en provenance des pays partenaires, la compensation attendue en matière d’endiguement de l’immigration irrégulière est souvent déficiente, voire inexistante.

Enfin, la France a conclu avec 8 pays des procès-verbaux, sans valeur juridique contraignante, portant sur la délivrance des LPC. La présence parmi ces États du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie, qui figurent parmi les six pays prioritaires identifiés en 2017 pour un renforcement du dialogue sur les enjeux migratoires, indique l’existence de marges de progression pour notre coopération bilatérale.

Au-delà de ces accords et arrangements, la France coopère avec les pays d’origine et de transit par le biais de l’aide au développement, plus de 8 milliards d’euros en moyenne par an ciblant prioritairement l’Afrique subsaharienne. La France apporte également son expertise aux pays tiers par des échanges en matière de formation, menés par la DCPAF, ou par la participation à la construction des outils nécessaires à une meilleure gestion des frontières et des flux, tels que le projet de mise en place d’un état civil en Guinée.

Pour autant, des leviers existent pour renforcer cette coopération et il est indispensable de s’en saisir. Le taux de délivrance des LPC connaît actuellement une progression, de 24 % entre le premier semestre 2017 et le premier semestre 2018, preuve de la nécessité d’un volontarisme renforcé.

En matière de prévention des flux, l’aide au contrôle des frontières, parfois très difficile dans certaines régions comme le Sahel, doit être renforcée, de même que la lutte contre les trafics de migrants. Là encore, le Niger constitue un bon exemple des actions possibles, bien qu’elles ne soient pas reproductibles à l’identique partout compte tenu des spécificités locales et des différents contextes politiques, plus ou moins favorables.

L’accompagnement des pays tiers passe aussi par le développement d’outils comme l’état civil et la biométrie. Ces outils sont indispensables pour lutter contre l’immigration irrégulière, qui est facilitée par la fraude documentaire, mais aussi pour créer en retour des conditions plus favorables à la mobilité légale. Des projets sont également en cours en ce sens aux niveaux européen et multilatéral, par exemple par le biais du programme ID4D de la Banque mondiale.

En matière d’aide au développement, si un débat existe de longue date sur le recours à une conditionnalité des aides, il faut rappeler que cette conditionnalité peut également s’envisager de façon positive, en prévoyant un complément d’aide au développement modulé selon la qualité de la coopération en matière de gestion des flux migratoires.

Dès lors, le volet coercitif consistant à réduire voire à interrompre l’attribution des visas pour les ressortissants d’États peu coopérants est loin d’être notre seul levier d’action, bien qu’il ait récemment été intégré par la Commission à sa proposition de modification du Code communautaire des visas, sous la forme d’un mécanisme ad hoc permettant le déclenchement, sur décision politique, de conditions plus strictes pour le traitement des visas lorsqu’un pays tiers ne coopère pas suffisamment en matière de réadmission.

conclusion

Dans un contexte où la France reste particulièrement exposée aux flux migratoires arrivant en Europe et figure parmi les rares pays de l’Union européenne à connaître une hausse constante de la demande d’asile, les crédits prévus pour la mission Immigration, asile et intégration dans le PLF pour 2019 sont loin d’être suffisants.

Malgré une hausse significative par rapport à la LFI pour 2018, la prévision plus qu’incertaine d’une stabilisation de la demande d’asile en 2019 ne peut que fausser la sincérité du budget pour 2019. C’est pourquoi votre rapporteur appelle à rejeter les crédits de la mission, par souci de sincérité budgétaire et pour aller au-delà d’un budget d’affichage, qui ne permettra pas de renforcer efficacement la lutte contre l’immigration irrégulière.

Si l’on peut saluer la hausse prévue des places en centres de rétention administrative et la hausse des capacités du parc de centres d’accueil pour demandeurs d’asile, la lutte contre l’immigration irrégulière (action n° 3 du programme 303) ne représente que 51,2 millions d’euros dans le PLF 2019, pour un total de crédits en AE de 1,44 mds d’euros. À titre de comparaison, les crédits prévus pour l’Aide médicale d’État s’élèvent à 935 millions d’euros, en hausse de 6 %, dans un contexte où les mesures d’éloignement exécutées connaissent une baisse alarmante, avec un recul de 10 654 éloignements forcés exécutés entre 2012 et 2017, alors que la pression migratoire continue de s’accroître. Cela vaut tout particulièrement pour des territoires qui semblent abandonnés par l’État, à l’instar de Mayotte qui a vu arriver illégalement environ 18 000 personnes sur les six premiers mois de 2018.

De même, les objectifs affichés en matière d’amélioration du traitement de la demande d’asile ne sont aucunement soutenus au plan budgétaire : la dotation allouée à l’OFPRA est de 70,6 millions d’euros, soit une hausse qui n’atteint même pas 1 % par rapport à 2018, à rebours de l’augmentation de la demande d’asile.

Dès lors, si certaines évolutions vont dans un sens favorable à la gestion des flux migratoires, les moyens alloués à la mission « Immigration, asile et intégration » restent largement insuffisants pour mener une politique migratoire qui permette à la fois de renforcer l’efficacité des éloignements forcés et d’accueillir dignement les étrangers en situation régulière, l’un ne pouvant aller sans l’autre.

TRAVAUX DE LA COMMISSION

Présentation du rapport devant la commission des affaires étrangÈres

Au cours de sa réunion du mardi 23 octobre 2018, la commission examine le présent avis budgétaire.

Mme la présidente Marielle de Sarnez. Nous en venons à l’examen pour avis des crédits de la Mission « Immigration, asile et intégration ». Nous avons beaucoup débattu de cette question lors de notre précédente réunion, et nous avons notamment reçu Pierre-Antoine Molina, directeur général des étrangers en France au ministère de l’intérieur.

M. Pierre-Henri Dumont, rapporteur pour avis. Madame la présidente, mes chers collègues, je reviens vers vous aujourd’hui pour vous présenter mes travaux sur la Mission « Immigration, asile et intégration » dans le cadre du projet de budget pour 2019. Je vais résumer les grandes lignes de mon rapport, long d’une centaine de pages et qui comporte beaucoup de chiffres, ce qui vous permettra de remettre à jour vos fiches et vos données, avant de vous faire part de mon sentiment sur un budget qui me semble largement insuffisant pour répondre à la situation migratoire que connaît la France.

La mission « Immigration, asile et intégration » comporte deux programmes : le programme 303 « Immigration et asile » et le programme 104 « Intégration et accès à la nationalité française ».

Pour la quatrième année consécutive, le budget de la mission est en hausse de 37,5 % en autorisations d’engagement et de 22,7 % en crédits de paiement et, bien évidemment, il faut le saluer. En effet, si les flux migratoires arrivant en Europe connaissent une tendance à la baisse depuis le pic de 2015 – un peu plus de 103 000 arrivées sur les neuf premiers mois de 2018 pour un total de 187 000 migrants parvenus en Europe en 2017 –, la France reste particulièrement exposée à ces flux.

La France demeure attractive tant comme pays de destination que comme point de transit, et ce pour les ressortissants de nombreux pays : des pays du Maghreb, d’autres pays d’Afrique comme la République démocratique du Congo (RDC), la Côte d’Ivoire ou le Mali, sans oublier des pays comme l’Albanie, la Géorgie et la Roumanie. La France figure parmi les rares pays européens à connaître une hausse constante de la demande d’asile : l’augmentation a été de 17 % en 2017.

Pourtant, le budget prévu pour 2019 repose sur une hypothèse de stabilisation de cette demande d’asile. Cette hypothèse, au vu des évolutions observées en 2018, apparaît plus qu’incertaine et ne peut que fausser la sincérité du budget. De même, la subvention allouée à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) doit augmenter de moins de 1 % par rapport au budget de 2018, alors qu’une hausse de la demande d’asile requiert inévitablement des moyens renforcés, tout particulièrement si le Gouvernement souhaite atteindre les objectifs fixés en termes de délais de traitement des dossiers, comme annoncé lors de l’examen du dernier texte sur l’asile et l’immigration.

Le projet de budget pour 2019 pourra difficilement être à la hauteur en matière de lutte contre l’immigration irrégulière, malgré une timide hausse des moyens alloués à cette action.

Cette année, j’ai choisi de centrer mon rapport sur notre politique d’éloignement et sur les nombreux obstacles qu’elle rencontre à tous les niveaux : placement en centre de rétention administrative (CRA), identification des étrangers en situation irrégulière, délivrance des laissez-passer consulaires par les pays tiers, failles de la procédure Dublin et autres.

Un chiffre doit être retenu : en 2017, il y a eu 10 654 exécutions de mesures d’éloignement de moins qu’en 2012, alors que la pression migratoire était largement supérieure. Pire encore : si le nombre de mesures prononcées a pu augmenter, le taux d’exécution de ces mesures recule, signe de l’insuffisance des politiques mises en œuvre.

Les forces de police, et notamment la police aux frontières (PAF), ont pu m’alerter sur les difficultés rencontrées. Ainsi, depuis la suppression du délit de séjour irrégulier à la fin de 2012, la police ne dispose plus de moyens de contrainte pour obtenir une prise d’empreintes des personnes interpellées et il n’existe plus aucune traçabilité des mesures prises. En termes d’effectifs, si l’on peut saluer la hausse prévue du nombre de places en CRA, il faut rappeler qu’elle n’aura de sens que si elle s’accompagne d’une augmentation des moyens humains. Selon le ministère de l’intérieur, une place occupée supplémentaire requiert en moyenne 1,7 ETP en plus. Pourtant, le programme budgétaire concerné ne prévoit pas de hausse des effectifs de la police aux frontières par rapport à 2018. Nous sommes donc face à un risque de neutralisation des places de CRA nouvellement créées.

La politique d’éloignement dépend aussi étroitement de la coopération internationale et européenne. Comme j’avais pu l’évoquer devant vous, début octobre, la coopération avec les pays tiers est indispensable à la bonne gestion des flux migratoires. L’éloignement d’un étranger en situation irrégulière ne peut aboutir sans l’obtention d’un laissez-passer consulaire délivré par le pays d’origine. Or si le taux d’obtention tend à augmenter légèrement pour atteindre 51 % en 2017, il faut tenir compte d’importantes disparités entre les pays. L’an dernier, le taux de délivrance était de 91 % pour l’Albanie, mais de seulement 11 % pour le Mali.

Il y a donc urgence à renforcer et développer nos partenariats bilatéraux avec les pays d’origine et de transit, d’autant plus que les autorités françaises tendent à s’autocensurer dans leurs demandes de laissez-passer aux pays les moins coopératifs. Cette coopération doit aussi passer par une aide financière et technique dont les fondements sont déjà posés avec des actions de formation menées par la police aux frontières ou encore des projets de développement de l’état civil et de la biométrie, notamment en Afrique subsaharienne.

À ce stade, je vais faire une incise, madame la présidente. Depuis au moins trois mois, nous attendons un document qui ne nous a toujours pas été transmis : un tableau mettant en relation le nombre de personnes en situation irrégulières contrôlées en France par nationalité, le nombre d’obligations de quitter le territoire français (OQTF) prises, le nombre d’OQTF exécutées, le nombre de laissez-passer consulaires demandés, le nombre de laissez-passer consulaires obtenus en temps idéaux et surtout valides pour pouvoir procéder à la reconduite à la frontière. On refuse de nous communiquer ce document.

M. Jean-Paul Lecoq. C’est l’effet Mayotte !

M. Pierre-Henri Dumont, rapporteur pour avis. C’est absolument anormal quand on sait qu’il revient aux parlementaires et au Parlement de contrôler l’action du Gouvernement. L’incise est terminée.

En matière migratoire, la France pourrait ainsi s’inspirer de l’approche adoptée par l’Espagne dès les années 2000, consistant à associer le cadre européen à une coopération bilatérale renforcée, de façon assumée. Le cadre européen reste fondamental dans la gestion des flux migratoires et plusieurs des dernières propositions de réforme de la Commission vont dans le bon sens. C’est le cas de la réforme de modernisation du système de visas – Visa information system (VIS) – ou encore de la proposition de réforme de la directive retour.

Pour autant, la persistance de blocages, notamment sur la réforme du règlement « Dublin III » qui fait l’objet de critiques quasi unanimes, ne doit pas limiter notre action. Notons que l’Union européenne peut aussi être un vecteur pour la coopération avec les pays d’origine et de transit, par exemple dans le cadre du Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique, lancé en 2015. Là encore, la coopération est inégale et appelle à une certaine vigilance. Quand on voit que la négociation des accords de réadmission souhaités avec le Maroc ou l’Algérie est bloquée depuis plusieurs années, il ne faut pas hésiter à avoir davantage recours à des outils plus souples comme les arrangements opérationnels qui permettent la mise en œuvre de bonnes pratiques sur l’éloignement des étrangers en situation irrégulière.

De façon générale, nous n’arriverons à rien en matière de gestion des flux migratoires si nous ne renforçons pas notre politique d’éloignement des étrangers en situation irrégulière. Une politique d’éloignement efficace constitue, à bien des égards, le pendant d’une bonne intégration des étrangers en situation régulière et notamment des réfugiés.

Pourtant, il n’y a pas d’automaticité entre la décision de refus d’octroi de la protection internationale et la prise d’une OQTF. Les taux d’exécution des OQTF sont en forte baisse : 17 % en 2015, 14,3 % en 2016, 13,5 % en 2017 et 12,6 % au premier semestre de 2018. Rappelons que, dans le dispositif national d’asile, 13 % des places étaient occupées par des déboutés de ce droit d’asile en 2017. Au plan strictement budgétaire, un traitement efficace et fluide de la demande d’asile se traduira aussi par des dépenses réduites au titre de l’allocation pour demandeur d’asile.

Cette vigilance est d’autant plus nécessaire quand on sait combien la pression migratoire est inégalement répartie en France. Face à ce constat, le soutien de l’État n’est pourtant pas toujours à la hauteur, on le voit dans un département comme Mayotte où la préfecture a dû fermer son bureau des étrangers pendant plusieurs mois cette année, mais aussi le long de la façade maritime de la Manche et de la mer du Nord. Ce matin, une nouvelle évacuation d’un campement de migrants d’environ 1 800 personnes avait lieu à Grande-Synthe.

Cette pression pèse aussi sur les départements en matière de prise en charge des mineurs non accompagnés, qui constitue une problématique à part entière, allant de la difficulté d’évaluation de l’âge des mineurs présumés à leur prise en charge financière. Dans ce contexte, j’appelle à l’intégration d’une nouvelle ligne budgétaire qui serait consacrée au versement d’une aide aux territoires les plus affectés par les flux migratoires.

Face au décalage entre les objectifs affichés par le Gouvernement et la réalité des flux migratoires arrivant en Europe et en France, d’une part, et les moyens alloués à la gestion de ces flux, d’autre part, j’appelle à rejeter le budget de la Mission « Immigration, asile et intégration ». Envoyer un tel signal me semble indispensable pour que nous nous dotions d’un budget avant tout sincère et qui corresponde à la réalité migratoire. Un budget d’affichage tel que celui-ci ne saurait être suffisant. Il faut se donner les moyens des objectifs fixés, quand il n’est pas nécessaire de revoir totalement ces dits objectifs.

Mme la présidente Marielle de Sarnez. De notre côté, nous relancerons le ministère de l’intérieur. Il n’est pas normal que des documents demandés par la représentation nationale à l’exécutif ne soient pas délivrés. Nous remonterons au créneau. Certes, il y a une nouvelle équipe au ministère de l’intérieur. Ceci peut expliquer cela. Quoi qu’il en soit, nous n’allons pas lâcher l’affaire.

Je vais maintenant donner la parole à nos collègues, en commençant par les orateurs des groupes.

Mme Jacqueline Maquet. Les crédits de la mission « Immigration, asile et intégration » reflètent les orientations du plan d’action pour garantir les droits d’asile et mieux maîtriser les flux migratoires, présenté par le Gouvernement lors du conseil des ministres du 12 juillet 2017, et la mise en application de la loi du 10 septembre 2018 dont les dispositions entreront en vigueur au 1er janvier et au 1er mars 2019.

Dans le domaine du droit d’asile sur lequel notre commission s’est particulièrement penchée en recevant notamment Pascal Brice, directeur général de l’OFPRA, et Pierre-Antoine Molina, directeur général des étrangers en France, les crédits que nous examinons donnent à l’État les moyens de remplir ces objectifs : mieux accueillir, mieux intégrer mais aussi mieux éloigner ceux qui n’ont pas vocation à rester sur le territoire.

La réduction des délais des procédures d’asile et la garantie d’une instruction rapide des demandes sont des mesures essentielles sur lesquelles nous devons être particulièrement attentifs. L’objectif est que le délai d’examen total des dossiers, entre le dépôt de la demande à l’OFPRA et la décision rendue le cas échéant en appel par la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), ne dépasse pas six mois. De son côté, l’OFPRA s’est fixé l’objectif d’examiner les demandes en soixante jours. Elle pourrait s’en approcher en 2019.

L’accueil sera également amélioré. Dans la poursuite des actions menées par les différents gouvernements depuis 2015, les places d’hébergement sont renforcées par la création d’environ 2 000 places en centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) en 2018 et de 1 000 places en 2019. Cela complète les 15 000 places créées entre 2015 et 2017 et porte la capacité de ce dispositif à 43 450 places à partir de 2019. Les places disponibles dans le dispositif d’hébergement d’urgence, dédiées aux demandeurs d’asile, augmentent par la création de 5 000 places entre 2018 et 2019.

Enfin, des propositions du rapport de notre collègue Aurélien Taché se retrouvent dans ces crédits. Le renforcement des prestations dispensées dans le cadre du contrat d’intégration républicaine est ainsi permis par le doublement du nombre d’heures de formation en français, le doublement de la formation civique et la meilleure prise en compte de la dimension insertion professionnelle dès le stade du contrat d’intégration républicaine.

Il est vrai aussi qu’il reste à faire, monsieur le député du Calaisis. Le règlement de Dublin n’est pas un outil adapté pour conduire une politique migratoire humaniste et réaliste. Il doit être revu et c’est bien l’ambition globale du Gouvernement et du Président de la République. Mais notre groupe votera pour les crédits de cette mission, pour toutes les raisons évoquées précédemment et pour l’équilibre de l’action que nous menons.

M. Michel Fanget. La proposition du budget pour 2019 respecte la trajectoire initialement fixée, avec une hausse de 14 % par rapport au budget pour 2018, ce que le groupe du Mouvement Démocrate et apparentés souhaite saluer.

Cette quatrième année d’augmentation témoigne en effet de la sincérité de la progression des crédits dédiés à la mission « Immigration, asile et intégration ». La politique volontariste de la France, visant à améliorer et à harmoniser le droit d’asile, traduit à la fois l’humanité et la fermeté voulues par le Gouvernement.

Il est nécessaire de rappeler, une fois de plus, que nous ne pouvons pas ignorer le contexte international et l’accélération du mouvement migratoire qui s’est imposé à la France et qui l’a contrainte à revoir ses objectifs en matière d’immigration. L’effort budgétaire de la France en la matière est considérable.

La question de l’immigration est un enjeu majeur pour la France mais aussi et surtout pour l’Europe. Nous devons trouver les moyens pour mettre en place une stratégie européenne, doublée d’une vision à long terme. Nous pensons donc que la solidarité entre les États membres demeure indispensable face aux enjeux migratoires. Cette nécessité semble avoir été prise en compte par la Commission qui a présenté de nouvelles priorités dans son budget pour 2019.

La question du contrôle aux frontières est aussi évoquée par le rapporteur qui pointe une diminution des effectifs au programme 176 de la mission. Cependant, le rapporteur Maurice Leroy notait dans son travail la montée en puissance de Frontex dont les effectifs vont passer de 1 200 à 10 000 en moins de dix ans. N’y a-t-il pas, selon le rapporteur, les moyens d’une coopération entre les services nationaux et européens ? Nous convenons que, sur ce sujet, il faille aller encore plus loin, mais nous tenons à souligner tous les efforts qui sont faits en France d’abord et en Europe ensuite pour répondre de manière pragmatique à l’enjeu majeur que représente la question migratoire.

En tous les cas, notre groupe apporte son plein soutien à la politique menée dans ce domaine par le Gouvernement.

Mme Laurence Dumont. Pour éviter tout suspense, je vous annonce dès à présent que le groupe Socialistes et apparentés votera contre les crédits de la mission « Immigration, asile et intégration » – pour des raisons bien différentes, cependant, de celles exposées par notre rapporteur pour avis. Certes, le budget de cette mission augmente de façon importante – trop, disent certains – mais, lorsqu’on l’examine dans le détail, on s’aperçoit qu’une bonne partie de cette augmentation vise, en définitive, à éloigner mieux et plus vite et à enfermer davantage. Il est ainsi prévu d’accroître le nombre des places en centres de rétention grâce, notamment, à la réalisation de travaux destinés à aménager des espaces pour les familles et les enfants. Or, nous sommes absolument opposés à l’enfermement des enfants, que la Cour européenne des droits de l’homme, du reste, nous demande depuis des années de proscrire.

En revanche, les moyens consacrés à l’amélioration de l’examen des demandes d’asile ne sont pas flagrants, et pour cause : compte tenu, d’une part, des modalités d’examen et de la réduction des délais prévues dans la loi « Asile et immigration » et, d’autre part, du renforcement des moyens alloués à l’éloignement, certains seront renvoyés chez eux avant même d’avoir pu demander l’asile ! Quant à ceux qui, malgré les délais, auront été en mesure de le faire, il est difficile de croire que leur dossier sera examiné en 60 jours, dès lors qu’il est prévu d’augmenter les effectifs de l’OFPRA de seulement 10 ETP, contre 15 dans le PLF pour 2018, 40 dans le PLF pour 2017 et près de 200 dans le PLF pour 2016. Le PLF pour 2019 apparaît ainsi très faible, en comparaison des efforts consentis sous le quinquennat précédent. La question est donc de savoir si l’objectif de réduire le temps d’examen des dossiers à six mois ne sera pas atteint au mépris de l’effectivité du droit d’asile. En effet, l’augmentation de 10 ETP en 2019 est liée à l’expérimentation menée en Guyane, dont la conformité avec les standards européens du droit à un recours effectif apparaît discutable.

Qu’en est-il de l’accueil et de l’hébergement des demandeurs d’asile ? La situation actuelle est édifiante. Faute de places suffisantes en structures d’accueil, les migrants arrivant sur le sol français sont souvent contraints de vivre dans la rue, livrés à eux-mêmes, dans des conditions qualifiées d’inhumaines par le Défenseur des droits lui-même. Ainsi, je viens de recevoir un SMS m’informant que, dans ma circonscription, quatre familles demandant l’asile ou ayant formé un recours avaient été expulsées d’un squat. À cet égard, les efforts annoncés par le Gouvernement ne semblent pas à la hauteur de la situation. À titre de comparaison – et Mme Jacqueline Maquet, députée de La République en Marche, a eu l’honnêteté de citer les chiffres –, il envisage la création de 1 500 places en centres d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) en 2018 et 1 000 en 2019, alors qu’il en a été créé 15 000 entre 2015 et 2017 !

S’agissant de l’hébergement, si le budget pour 2018 a permis la création de 4 000 places qui ouvrent progressivement depuis le 1er avril, il est prévu, pour 2019, la création de 3 500 places d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile (HUDA) et de 9 003 places en centres provisoires d’hébergement (CPH). On peut constater qu’en dépit d’efforts qui vont dans le bon sens, l’ensemble est loin d’être à la hauteur des besoins et s’inquiéter que le budget de 2019 repose en grande partie sur la volonté de fluidifier la sortie des déboutés du droit d’asile.

En conclusion, ce budget est parfaitement cohérent, je le reconnais, avec la loi du 10 septembre 2018 relative à l’asile et à l’immigration, que nous avons dénoncée, puisque l’objectif est de réduire les délais d’examen des demandes d’asile, au risque de porter atteinte à la substance même de ce droit constitutionnel.

M. Jean-Paul Lecoq. Vous ne serez pas étonnés si je vous dis que le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera également contre les crédits de cette mission, pour différentes raisons. Tout d’abord, mon groupe fut le seul à s’opposer à la départementalisation de Mayotte – vous pouvez vous reporter au compte rendu des débats –, estimant que capter ainsi une île des Comores, même si celle-ci avait un lien particulier et fort avec la France, risquait de provoquer un drame migratoire. Nous aimerions donc connaître les chiffres du ministère de l’intérieur concernant Mayotte, qu’il s’agisse des reconduites à la frontière, des victimes de naufrages dans l’espace maritime ou des moyens que la France consacre spécifiquement à cette île. Lorsque mes amis de La Réunion m’expliquent qu’une fois devenus français, les Mahorais n’ont qu’une envie, quitter Mayotte pour aller à La Réunion, je m’interroge sur l’intérêt, pour notre pays, de prendre cette partie du territoire comorien ainsi, du reste, que sur les conséquences qu’une telle attitude de colonisateur a sur la diplomatie française et sur le rayonnement de notre pays dans le monde.

Ensuite, quelles sont les causes des migrations et des demandes d’asile ? La France a des responsabilités en la matière, de par son rôle – mon groupe l’a dit – dans la guerre en Libye et son attitude militaire très offensive, qui provoque des déplacements de populations. Or, lorsqu’on est impliqué dans les causes d’un phénomène, il faut en assumer les effets. Elle porte également une responsabilité dans le fait que des sociétés multinationales françaises prélèvent leur quote-part sur les richesses de certains pays, alors que, pour permettre un véritable développement, celles-ci devraient revenir à leurs habitants. Les pays africains notamment n’ont pas besoin de ce que, dans nos quartiers, on désignerait sous le nom d’assistanat ; ils ont besoin d’aide et d’assistance pour se développer et vivre de manière autonome. Or, dans ce domaine, les moyens, même s’ils augmentent par ailleurs, ne sont pas suffisants pour que les habitants retrouvent l’espoir et cessent de penser que leur vie ne peut avoir de sens que s’ils quittent leur pays pour atteindre ce qu’ils croient être un paradis. C’est dans cette perspective qu’il faut envisager l’accueil des migrants et mener notre politique migratoire. Hélas ! on construit des murs et on accueille mal. Ainsi, Laurence Dumont l’a dit, le traitement réservé aux enfants n’est pas acceptable : on n’enferme pas des enfants et on ne les sépare pas de leur famille, de leur mère !

Pour conclure, j’ai en tête cette caravane de migrants en provenance du Honduras qui traverse actuellement le Mexique. Avec l’évolution de la démographie, d’autres vagues de ce type peuvent arriver. Que fera-t-on ? On tire ? On accueille ? Ou l’on évite qu’elles arrivent en agissant avec force de manière préventive ? C’est tout le sens de l’appel du groupe de la gauche démocrate et républicaine, qui ne votera pas les crédits de cette politique d’affichage.

M. Jean-Michel Clément. Je suis fier de représenter mon nouveau groupe, Liberté et territoires, au sein de la commission des affaires étrangères, mais, sur ce sujet qui, vous le savez, me tient à cœur, je m’exprimerai à titre personnel.

J’ai le sentiment qu’apprécier les moyens consacrés à ce budget revient à regarder dans un puits sans jamais en voir le fond. Que ce soit cette année ou les années précédentes, nous avons toujours été confrontés au même problème. Or, moins de moyens, c’est plus d’insécurité pour les personnes qui sont dans une situation d’errance. En réalité, ce qui fait défaut, en matière d’immigration, c’est une stratégie claire qui nous permettrait d’évaluer les moyens que nous voulons y consacrer. Aujourd’hui, nous ne sommes capables que de créer une nouvelle catégorie de personnes, sans statut ni droit identifiés. Tous nos diplomates devraient avoir pour mission, notamment dans les pays où l’émigration est la plus forte, de faire en sorte que ceux qui sont tentés par un départ aient à nouveau confiance dans le gouvernement de leur pays d’origine. Il me semble en effet que, le jour où ce sera le cas, il y aura moins de mouvements vers nos pays.

M. Pierre-Henri Dumont, rapporteur pour avis. Monsieur Clément, votre intervention s’apparentait davantage à une déclaration qu’à une question. Chacun est libre de souscrire ou non à vos propos. En tout cas, je vous remercie d’avoir partagé votre pensée avec nous.

Madame Maquet, en ce qui concerne les délais d’examen des dossiers de demande d’asile par l’OFPRA, je vous rappelle que le budget pour 2019 est fondé sur l’hypothèse selon laquelle ces demandes n’augmenteront pas. Or, aujourd’hui, rien ne permet d’affirmer que tel sera le cas. Si la tendance actuelle – une augmentation de 17 % par an – se maintient, nous n’aurons donc aucun moyen de respecter ces délais, qui sont actuellement de 150 jours en moyenne – 105 jours dans le cadre de la procédure accélérée. En tout état de cause, faute d’ETP supplémentaires – puisque, Mme Dumont l’a indiqué, les 10 ETP prévus dans le budget seront exclusivement affectés à la Guyane pour gérer le problème de l’immigration haïtienne –, rien ne permet de dire que l’on atteindra l’objectif de diminuer la durée de traitement des demandes d’asile, qui est pourtant crucial.

S’agissant des Centres de rétention administrative, le problème ne se limite pas à la question de l’ouverture de places supplémentaires. En effet, ouvrir des places, c’est très bien, mais, faute de fonctionnaires de police pour faire tourner les centres, ces places seront « neutralisées ». Actuellement, 10 % à 15 % des places de CRA sont déjà neutralisées et ne peuvent donc pas être ouvertes, même si les équipements existent. Je rappelle en effet que toute place nouvelle nécessite 1,7 équivalent temps plein – ce n’est pas anodin. Or, à l’heure actuelle, les moyens humains sont insuffisants pour assurer le plein fonctionnement des places du parc de CRA.

Se pose également la question, laquelle relève davantage d’une procédure interne, de savoir qui l’on place en centre de rétention administrative. Dans le cadre d’expérimentations menées actuellement, principalement en Île-de-France, on s’efforce de placer dans ces centres des personnes pour lesquelles on obtiendra facilement des laissez-passer consulaires, de sorte qu’on sait qu’elles seront facilement reconduites à la frontière. On assure ainsi un plus grand turn-over. Il faut donc éviter de placer en CRA des personnes dont on sait qu’elles n’ont aucune chance d’être reconduites à la frontière parce que leur pays d’origine ne délivrera pas de laissez-passer consulaires. C’est pourquoi il était important pour nous d’obtenir ce document dont l’administration nous refuse la communication.

En ce qui concerne le contrat d’intégration républicaine (CIR), le nombre des heures de cours de français a en effet doublé, passant de 300 à 600 heures, mais nous sommes encore très loin de ce que proposent nos voisins européens. En Allemagne, par exemple, le nombre d’heures de cours d’allemand est de 900. De même, le niveau de qualification attendu en français est largement inférieur au niveau de qualification attendu en allemand. Peut-être cette augmentation n’est-elle qu’une première étape – ce sera aux élus de la majorité de nous le dire –, mais nous sommes encore très loin, je le répète, d’une pleine intégration par la langue.

Enfin, le gouvernement français veut revoir l’accord de Dublin. Du reste, tous les gouvernements en Europe – ainsi que tous les partis représentés dans notre assemblée – le souhaitent, pour des raisons différentes. De fait, cet accord n’est pas appliqué ou mal appliqué et il produit surtout un effet repoussoir. Mais nous ne pourrons le revoir que si nous avons des alliés dans le cadre de la négociation européenne. Or, actuellement, il est très difficile d’aboutir à une position commune car chacun – les pays nordiques, la France, l’Allemagne, l’Italie – tire dans un sens différent, de sorte que je ne crois pas, hélas ! que l’on parviendra à une refonte du système de Dublin.

Monsieur Fanget, vous avez évoqué la solidarité des États membres. J’étais, hier, en discussion avec un collègue allemand de la CDU qui ne connaissait pas la différence des taux de protection selon les nationalités entre la France et l’Allemagne, par exemple. Pour les Allemands, ce n’est pas une véritable question, alors que, pour nous, le sujet est crucial, puisque 80 % des Afghans qui demandent l’asile en France l’ont déjà demandé ailleurs. De manière générale, 57 761 des quelque 100 000 demandes d’asile enregistrées en France en 2017 ont été formulées par des personnes qui ont déjà demandé l’asile ailleurs en Europe. Il est donc nécessaire d’harmoniser les taux de protection entre les différents pays européens, les procédures et les aides qu’on peut apporter aux demandeurs d’asile, mais aussi de modifier certaines législations. Ainsi, lorsque le Gouvernement parle de centres contrôlés, cela signifie concrètement que des pays comme l’Espagne, l’Italie ou la Grèce doivent profondément changer leur législation interne pour créer des centres fermés, qui, actuellement, n’existent pas.

Par ailleurs, Frontex peut combler certaines failles, mais uniquement aux frontières extérieures de l’Europe. Je rappelle également que la contribution de la France au budget de Frontex est estimée à hauteur de 11 %, soit 370 équivalents temps plein qui quittent notre police de l’air et des frontières (PAF). Il va donc falloir les refinancer au niveau national. En effet, Frontex aura pour mission première, non pas d’intervenir sur notre frontière avec l’Espagne ou l’Italie, mais d’équilibrer le contrôle des frontières extérieures de l’Union, notamment avec les Balkans.

Madame Dumont, en ce qui concerne les équivalents temps plein affectés en Guyane, nous sommes parfaitement d’accord. Le budget de l’OFPRA n’augmentera, en 2019, que de 1 %. Est-ce suffisant ? Je ne le crois pas. Nous verrons qui a raison mais, en tout état de cause, il sera très difficile de débloquer des crédits en cours d’exercice pour faire face à d’éventuelles demandes d’asile supplémentaires.

En ce qui concerne les conditions d’hébergement des demandeurs d’asile, on a besoin de fluidité, en particulier dans le dispositif national d’accueil. En effet, actuellement 13 % des places sont indûment occupées par des personnes qui ont été déboutées de leur demande d’asile mais qui restent dans ces hébergements et qui, ce faisant, prennent la place de personnes qui se retrouvent, vous l’avez dit, dans des squats ou qui sont hébergées grâce à une allocation pour demandeur d’asile (ADA) majorée. À l’évidence, tout cela ne fonctionne pas. La véritable solution, au-delà de l’augmentation du parc d’accueil et d’une clarification de ce qui relève du DNA et de ce qui n’en relève pas, consiste à fluidifier le parc et à faire en sorte que ceux qui n’ont pas vocation à être dans le DNA n’y restent pas et soient donc reconduits s’ils sont parvenus au bout de la procédure.

Monsieur Lecoq, je donnerai quelques chiffres concernant Mayotte : on y enregistre de 25 000 à 30 000 entrées par an, qui donnent lieu à 18 000 à 20 000 reconduites par an. Par ailleurs, je n’étais pas député lorsque la départementalisation de Mayotte a été décidée.

M. Jean-Paul Lecoq. Voulez-vous dire que vous auriez été d’accord avec moi ?

M. Pierre-Henri Dumont, rapporteur pour avis. Je n’ai pas dit cela. Du reste, il me semble que cette question a fait l’objet d’un référendum.

M. Jean-Paul Lecoq. Non, c’était une loi.

Mme la présidente Marielle de Sarnez. Mes chers collègues, avant de vous demander de vous prononcer sur les crédits de la mission « Immigration, asile et intégration », sur laquelle la commission n’est saisie d’aucun amendement, je vais demander de nouveau son avis à notre rapporteur.

M. Pierre-Henri Dumont, rapporteur pour avis. Je ne suis pas certain que je serai suivi, mais je vous appelle, mes chers collègues, à voter contre ces crédits, car ce budget, qui ne me paraît pas sincère, ne permettra pas, faute d’argent, d’atteindre sereinement les objectifs fixés par le Gouvernement.

Mme la présidente Marielle de Sarnez. Merci, monsieur Dumont, pour la précision et la concision de vos réponses. Il me paraît très important que l’ensemble des sensibilités soient représentées dans les différents avis que notre commission est amenée à rendre.

EXAMEN DES CRÉDITS

Contrairement aux conclusions du rapporteur pour avis, la commission émet un avis favorable à l’adoption des crédits de la mission « Immigration, asile et intégration » sans modification.

Liste des personnes auditionnées par le rapporteur

1/ à Paris

Mercredi 12 septembre 2018

M. Philippe Setton, directeur de l’Union européenne au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ;

– Mme Solène Jolly, rédactrice au service des Politiques internes et des questions institutionnelles.

Jeudi 13 septembre 2018

– M. Nicolas Warnery, directeur des Français à l’étranger et de l’administration consulaire au Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères ;

– Mme Sandrine Lelong-Motta, sous-directrice de la politique des visas, à la direction des Français à l’étranger et de l’administration consulaire (DFAE).

– M. Julien Marion, directeur de la police générale de la préfecture de police de Paris ;

– Mme Michèle Hammad, cheffe du bureau de lutte contre l’immigration irrégulière de la préfecture de police de Paris.

Mardi 18 septembre 2018

– M. Didier Leschi, directeur général de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII).

Jeudi 20 septembre 2018

– M. Jacques Toubon, Défenseur des droits ;

– Mme Elsa Alasseur, juriste - Droits fondamentaux des étrangers ;

– Mme France de Saint-Martin, attachée parlementaire.

Jeudi 27 septembre 2018

– M. Pascal Teixeira da Silva, ambassadeur en charge des migrations.

– M. Fernand Gontier, directeur central de la police aux frontières ;

– M. Patrick Hamon, sous- directeur de l’immigration irrégulière et des services territoriaux de la DCPAF.

Mercredi 3 octobre 2018

– M. Pascal Brice, directeur général de l’Office Français de Protection des Réfugiés et Apatride (OFPRA).

Mardi 9 octobre 2018

– M. Pierre-Antoine Molina, directeur général des étrangers en France au ministère de l’Intérieur ;

– M. Christian Chassaing, sous-directeur du service du pilotage et des systèmes d’information ;

– Mme Julie Bouaziz, adjointe au directeur de l’asile ;

– Mme Marie-Hélène Amiel, cheffe du département des statistiques, des études et de la documentation ;

– Mme Carole Puig-Chevrier, sous-directrice de la lutte contre l’immigration irrégulière (SDLII).

Jeudi 18 octobre 2018

– M. Paolo Artini, Représentant pour la France et Monaco du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) ;

– Mme Caroline Laly-Chevalier, conseillère juridique, chargée de liaison auprès de l’OFPRA et la Cour nationale du droit d’asile (CNDA).

Vendredi 19 octobre 2018

– M. Fabrice Leggeri, directeur de l’agence Frontex (par téléphone).

2/ Déplacement en Espagne du 24 au 26 septembre 2018.

a) Lundi 24 septembre 2018

– M. Jean-Marc Souvira, conseiller de sécurité intérieure, M. Arnaud Goudard, attaché de sécurité intérieure et Mme Rachel Caruhel, conseillère politique.

– Mme Elena Garzon, directrice générale des relations internationales du ministère de l’Intérieur

– Visite du CECORVIGMAR (centre de gestion du système de surveillance des côtes méditerranéennes)

– Visite du CEFRONT (police nationale, centre de contrôle des postes frontières)

b) Mardi 25 septembre 2018

– Son Exc. M. Yves Saint-Geours, ambassadeur de France en Espagne

– M. Agustín Torres Herrero Secrétaire général d’Immigration et d’Emigration du ministère du Travail, des Migrations et de la Sécurité sociale

– Visite du centre de rétention de Valence et entretiens avec les représentants de la police nationale et représentants de la Croix rouge présents sur place.

ANNEXE 1 : CRÉDITS

Bilan de l’utilisation des crédits votés en loi de finances initiale et montants prévus dans le PLF pour 2019 (loi de programmation)

Fonds de concours envisagés en 2019 pour le fonds asile, migration

et intégration, et pour le fonds sécurité intérieure :

FondsProgrammeActionPrévisions pour 2019
FAMI104-IANF11, 12 et 1533 892 062 €
TOTAL P10433 892 062 €
FAMI303-IA2, 3 et 438 963 386€
FSI303-IA3 et 411 824 597 €
TOTAL P30350 787 983

Paiements effectués par la Commission européenne

aux États membreS en 2017 :

État membreFondsSolde versé à l’État membre en 2017 relatif aux paiements effectués en 2016 (€)Préfinancement 2017 (€) – Estimation incomplète car hors cas spéciaux pour les cellules en italiquesTotal payé en 2017 (hors cas spéciaux pour la plupart des pays)
ATFAMI4 586 666,423 226 699,007 813 365,42
ATFSI2 657 268,08708 136,00708 136,00
TOTAL AT8 521 501,42
BEFAMI4 586 666,4213 885 091,6418 471 758,06
BEFSI2 364 776,82875 966,003 240 742,82
TOTAL BE21 712 500,88
BGFAMI0,00500 339,00500 339,00
BGFSI5 347 759,452 018 307,007 366 066,45
TOTAL BG7 866 405,45
CYFAMI338 100,001 615 434,001 953 534,00
CYFSI0,001 615 435,001 615 435,00
TOTAL CY3 568 969,00
CZFAMI10 000,001 309 259,001 319 259,00
CZFSI0,001 309 260,001 309 260,00
TOTAL CZ2 628 519,00
DEFAMI30 082 937,1010 420 844,0040 503 781,10
DEFSI15 509 316,992 587 672,0018 096 988,99
TOTAL DE58 600 770,09
DKFSI0,00516 107,00516 107,00
EEFAMI930 275,04507 829,001 438 104,04
EEFSI11 266 697,611 089 088,0012 355 785,61
TOTAL EE13 793 889,65
ESFAMI23 125 731,0612 855 094,0035 980 825,06
ESFSI3 407 162,739 768 344,0013 175 506,73
TOTAL ES49 156 331,79
FIFAMI12 566 820,583 529 695,1916 096 515,77
FIFSI3 415 320,093 162 814,756 578 134,84
TOTAL FI22 674 650,61
FRFAMI10 388 000,0021 545 919,9931 933 919,99
FRFSI0,009 345 400,509 345 400,50
TOTAL FR41 279 320,49
GRFAMI0,0014 876 348,5914 876 348,59
GRFSI26 625 929,4111 910 577,1038 536 506,51
TOTAL GR53 412 855,10
HRFAMI0,00856 690,00856 690,00
HRFSI0,001 780 489,001 780 489,00
TOTAL HR2 637 179,00
HUFAMI188 000,001 185 674,001 373 674,00
HUFSI0,002 041 460,002 041 460,00
TOTAL HU3 415 134,00
IEFAMI3 946 000,00975 954,004 921 954,00
IEFSI526 380,80526 380,80
TOTAL IE5 448 334,80
ITFAMI3 212 950,0015 517 789,0018 730 739,00
ITFSI0,007 815 345,007 815 345,00
TOTAL IT26 546 084,00
LTFAMI1 101 462,34481 614,001 583 076,34
LTFSI13 103 563,281 235 244,0014 338 807,28
TOTAL LT15 921 883,62
LUFAMI744 385,47358 029,001 102 414,47
LUFSI12 872,38270 006,00282 878,38
TOTAL LU1 385 292,85
LVFAMI593 000,00687 589,001 280 589,00
LVFSI0,00776 085,00776 085,00
TOTAL LV2 056 674,00
MTFSI0,002 654 930,002 654 930,00
NLFAMI24 566 901,584 720 954,0029 287 855,58
NLFSI10 310 301,351 530 477,0011 840 778,35
TOTAL NL41 128 633,93
PLFAMI0,004 594 303,204 594 303,20
PLFSI5 901 201,405 901 201,40
TOTAL PL10 495 504,60
PTFAMI222 500,001 638 819,001 861 319,00
PTFSI0,002 396 472,002 396 472,00
TOTAL PT4 257 791,00
ROFAMI934 500,001 095 794,002 030 294,00
SEFAMI28 458 500,005 926 844,0034 385 344,00
SEFSI506 154,04575 935,001 082 089,04
TOTAL SE35 467 433,04
SIFAMI0,00736 274,00736 274,00
SIFSI0,002 127 975,702 127 975,70
TOTAL SI2 864 249,70
SKFAMI378 184,80549 024,00927 208,80
SKFSI0,00504 626,00504 626,00
TOTAL SK1 431 834,80
UKFAMI58 456 135,8118 521 279,0076 977 414,81

Paiements effectués par la Commission européenne

aux États membre en 2018

État membreFondsSolde versé à l’État membre en 2018 relatif aux paiements effectués en 2017 (€)Préfinancement 2018 (€) – Estimation sur la base de l’historique pour les autres EMTotal payé en 2018 (estimation pour 8 pays et données stabilisées pour la France)
BEFAMI12 381 003,3213 885 091,6426 266 094,96
FIFAMI6 861 849,993 529 695,1910 391 545,18
FIFSI4 822 905,373 162 814,757 985 720,12
TOTAL FI18 377 265,30
FRFAMI1 890 723,0628 653 920,0030 544 643,06
FRFSI1 103 640,069 345 400,5010 449 040,56
TOTAL FR40 993 683,62
GRFAMI3 739 067,8614 876 348,5918 615 416,45
GRFSI8 280 362,7711 910 577,1020 190 939,87
TOTAL GR38 806 356,32
IEFSI0,00526 380,80526 380,80
PLFAMI611 906,474 594 303,205 206 209,67
PLFSI0,005 901 201,405 901 201,40
TOTAL PL11 107 411,07
PTFSI1 041 652,572 396 472,003 438 124,57
SEFSI1 041 652,57575 935,001 617 587,57
SIFSI1 696 260,442 127 975,703 824 236,14

ANNEXE 2 : Demande d’asile en Europe et en france

Demandes de protection internationale en Europe :

La demande d’asile syrienne dans l’Union européenne

Demande syrienne en France

20171er semestre 2018
Premières demandes3 3191 072
Réexamens2717
Mineurs accompagnants2 478662
Total5 8241751
Total décision Ofpra3 4971 030*
dont total admissions3 857970*
dont Réfugiés1 051385*
dont Protégés subsidiaires2 446585*
Taux d’admission95,2 %94,2 %*
Rejet26460*

Source : Ofpra sauf *Eurostat 1er trimestre 2018.

Demande syrienne en Europe

20171er semestre 2018
Total demandes105 08033 230
Total décisions147 97530 220
Total admissions139 56025 775
Taux94,3 %85,3 %

Source : Eurostat.

Pays européens accueillant le plus de réfugiés syriens

20171er semestre 2018
AllemagneGrèceAutricheAllemagneGrèceAutrice
Total demandes50 41516 3957 36515 6206 6951 835
Total décisions95 6705 82014 26520 0101 1752 660
Total admissions91 1004 85014 11516 5701 0152 615
Taux95,2 %83,3 %98,9 %82,8 %86,4 %98 ,3 %

Source : Eurostat.

Nombre de demandeurs d’asile dans les principaux pays européens,

aux États-Unis, au Canada et en Australie, pour l’année 2017

Source : Eurostat

Nouveaux demandeurs d’asile dans les principaux pays européens

au premier semestre 2018

2018 (6 mois)
Allemagne78 980
France55 985
Italie33 770
Grèce30 185
Espagne25 520
Royaume-Uni17 110
Suède10 360
Belgique10 115
Pays-Bas9 890
Autriche7 090

Source : Eurostat

Taux d’admission à une protection internationale par pays

pour l’année 2017 (première instance)

Taux d’admission globalTaux d’admission au statut de réfugié et à la protection subsidiaire
Autriche53 %52 %
Belgique52 %52 %
Allemagne50%42 %
Pays-Bas49 %45 %
Suède44 %42 %
Grèce43 %43 %
Italie41 %16 %
Espagne35 %35 %
Royaume-Uni31 %28 %
France29 %29 %

Source : Eurostat

Taux d’admission à une protection internationale par pays

pour les 3 premiers mois de 2018 (première instance) :

Taux d’admission globalTaux d’admission au statut de réfugié et à la protection subsidiaire
Autriche41 %39 %
Belgique48 %48 %
Allemagne40 %33 %
Pays-Bas36 %32 %
Suède33 %31 %
Grèce42 %42 %
Italie39 %10 %
Espagne12 %12 %
Royaume-Uni28 %24 %
France30 %30 %

Source : Eurostat

Nombre de demandeurs d’asile enregistrés en France ayant déjà déposé

une demande précédente en Europe, par pays

Nombre d’accords donnés par chaque État-membre aux requêtes de la France dans le cadre de la procédure Dublin

OFPRA :

Exécution du contrat d’objectifs et de performance de l’OFPRA :

Nombre de demandeurs d’asile non hébergés dans le DNA à partir du fichier des allocataires ADA actualisé en juillet 2018

juil-18Individus%
Hébergés61 56747 %
Non hébergés68 95153 %
Total130 518100 %

ANNEXE 3 : ÉLOIGNEMENT DES ÉTRANGERS EN SITUATION IRRÉGULIÈRE

Participation de la France aux vols groupés organisés par l’agence Frontex

Etats statistiques des opérations auxquelles la France s’est associée

Répartition par pays de destination des éloignements forcés réalisés à bord des VGE

Nombre de CRO organisés par la France
201320142015201620177 mois 2018Total
0249252464

Centres et locaux de rétention administrative (CRA et LRA)

1) Métropole

Centres de rétention administrative en métropoleCapacité immobilière au 30/06/2018 (1)Taux moyen d’occupation en 2017Tx moyen d’occupation en 2018 (1er semestre)Observations
Paris 112191%87,10%121 places à compter du 1er janvier 2018 (dont une extension de 59 places à compter du 1er janvier 2018).
Paris 25894%92,50%Fusion des CRA 2 et 3
116 places à compter du 1er janvier 2018
Paris 35894%0%
Palaiseau4077%91,20%
Plaisir2681%93,10%
Bordeaux2068%91,40%
Le Mesnil-Amelot 212070%76,40%
Le Mesnil-Amelot 312091, 00%92,50%
Coquelles7983%90,30%
Geispolsheim340%92,10%CRA fermé le 24/11/2015
rouvert le 15 janvier 2018
Hendaye300%39,50%CRA fermé le 15 /07/2016
Rouvert le 15 avril 2018
Lille Lesquin8674%71%
Lyon Saint-Exupéry10481%89,20%
Marseille Le Canet13658%67,30%
Metz9859%67,90%
Nice Auvare3889%95,50%
Nîmes6656%75,10%
Perpignan4862%88,10%
Rennes5654%75,60%
Saint-Jacques de La Lande
Rouen Oissel7267%70,10%
Sète2867%75,20%
Toulouse Cornebarrieu12651%72,70%
Capacité réelle1 56468%72,70
et taux moyen

1) Outre-mer :

Centres de rétention administrativeCapacité d’accueil au 30/06/2018Taux d’occupation (%)Observations
20171er semestre 2018
Guadeloupe-Morne-Vergain402,102,60
Guyane-Matoury4514,5036,80
La Réunion-Le-Chaudron600
Mayotte-Pamandzi13631 ,7046,90
Capacité totale et taux moyen global22721,336,60
Statistiques des 20 nationalités les plus représentées dans les CRA
CRA PAF
2015201620179 mois 2018
NationalitéNombre d’entréesNationalitéNombre d’entréesNationalitéNombre d’entréesNationalitéNombre d’entrées
tunisienne2 636albanaise2807albanaise2741algérienne2360
albanaise2 613algerienne2177algerienne2615albanaise1713
algérienne2 217marocaine1728marocaine1869marocaine1534
marocaine2 186tunisienne1659afghane1655tunisienne1452
afghanne1 188afghanne1079tunisienne1525roumaine587
roumaine1 108roumaine765irakienne834irakienne542
pakistanaise673pakistanaise553roumaine677afghane488
soudanaise625iraquienne510pakistanaise589soudanaise442
kosovare478iranienne412soudanaise545guinéenne368
iranienne445kosovare357guineenne487géorgienne344
ukrainienne429egyptienne355erythreenne414sénégalaise260
égyptienne423guineenne324malienne383ivoirienne255
senegalaise422senegalaise317senegalaise366nigériane255
iraquienne319malienne316ivoirienne362pakistanaise236
georgienne317ukrainienne287nigeriane340iranienne232
malienne310vietnamienne287iranienne335malienne225
érythreenne282nigerianne278kosovare330égyptienne207
congolaise277soudanaise264georgienne323érythréenne180
syrienne275ivoirienne241egyptienne321vietnamienne177
ivoirienne271georgienne217vietnamienne223kosovare172
TOTAL17 494TOTAL14933TOTAL16934TOTAL12029

Pratique des audiences délocalisées dans les CRA :

2017Nombre d’audiences tenues dans les annexes judiciairesNombre d’audiences totalesPourcentage / nombre d’audiences total
CRA MESNIL-AMELOT3 8503 850100,00 %
CRA MARSEILLE1 7051 705100,00 %
CRA COQUELLES24636567,67 %
ZAPI ROISSY6736518,40 %*
1er semestre 2018Nombre d’audiences tenues dans les annexes judiciairesNombre d’audiences totalesPourcentage / nombre d’audiences total
CRA MESNIL-AMELOT14461446100,00 %
CRA MARSEILLE10281028100,00 %
CRA COQUELLES12218167,40 %
ZAPI ROISSY181181100,00 %

L’évolution du nombre d’escortes en 2017 et 2018:

20171er semestre 2018
Nombre d’escortesHeures fonctionnairesNombre d’escortesHeures fonctionnaires
Annexe judiciaire du Mesnil-Amelot1 06922 089h46910 541h
Annexes judiciaire de Marseille6824 213h6341 667h
Annexe judiciaire de Coquelles1 9787 722 h7451 947 h
TGI de Boulogne sur Mer9944 941 h6042 317 h
Annexe judiciaire de Roissy0458 h (heures de garde)01162 h (heures de garde)
TGI de Bobigny4375 131 h (heures d’escortes et de garde)00
Coût par escorte20171er semestre 2018
Annexe judiciaire du Mesnil-Amelot (100% des audiences)Titre II770.53€838.11€
Annexe judiciaire de Marseille (100% des audiences)Titre II230.36€98.05€
Annexe judiciaire de Coquelles (68% des audiences)Titre II145.58€97.46€
TGI de Boulogne-sur-Mer (32% des audiences)Titre II et Titre III185.34€143.02€
Soit un surcoût de : pour présentation au TGI%27.31%46.75%
Annexe judiciaire ZA Roissy* (100% des audiences depuis le 14/10/2017)Titre II0€0€*
TGI de Bobigny (jusqu’au 14 octobre 2017)Titre II et Titre III437.80€0€
Soit un surcoût de : pour présentation au TGI%100%-

Mesures d’éloignement prononcées et exécutées :

2010201120122013
prononcéesexécutéesprononcéesexécutéesprononcéesexécutéesprononcéesexécutées
Interdictions du territoire1 6831 2011 5001 0331 5781 0501 133880
OQTF39 0835 38359 99810 01682 53518 44189 13415 213
APRF32 5199 37024 4415 980365849653471
Arrêtés d’expulsion212164195170186156187151
Décisions de Réadmissions10 8493 5047 9705 7286 2046 3166 2846 038
Départs volontaires8 4049 98510 0104 328
Totaux84 34628 02694 10432 91290 86836 82297 39727 081

Source MI – DCPAF

201420152016
prononcéesexécutéesprononcéesexécutéesprononcéesexécutées
Interdictions du territoire869810994923953897
OQTF88 22514 76579 75013 51881 62811 653
APRF7974469574001 056462
Arrêtés d’expulsion160154136136160139
Décisions de Réadmissions6 1785 3147 1545 0148 2793 338
Départs volontaires2 9303 0932 627
Départs spontanés3 1876 5125 591
Totaux96 22927 60688 99129 59692 07624 707
20172017 - 6 mois2018 - 6 mois
prononcéesexécutéesPrononcéesExécutéesPrononcéesExécutées
Interdictions du territoire1 1961 024584507590598
OQTF85 26811 53540 7935 90750 8386 406
APRF79468
Arrêtés d’expulsion22521012398125100
Décisions de réadmission17 2514 5897 9422 20913 4342 582
Départs volontaires3 7781 7693 616
Départs spontanés5 4382 7822 819
Non respect de l’ICTF13034108
Totaux103 94026 78349 44213 35264 98716 237

Statistiques relatives aux 20 nationalités les plus éloignées :

20162017
NationalitésNombre de mesures exécutéesNationalitéNombre de mesures exécutées
ROUMAINS2646ALBANAISE1141
ALBANAIS2542ROUMAINE1025
ALGERIENS1658ALGÉRIENNE497
MAROCAINS1566MAROCAINE348
TUNISIENS1084TUNISIENNE304
AFGHANS797BULGARE106
KOSOVARS525KOSOVAR105
CHINOIS518MOLDAVE92
PAKISTANAIS485INDIENNE77
SENEGALAIS363GEORGIENNE72
UKRAINIENS355EGYPTIENNE64
BULGARES350UKRAINIENNE63
MOLDAVES340ESPAGNOLE60
RUSSES283IVOIRIENNE49
MALIENS272BRESILIENNE47
GEORGIENS255SENEGALAISE45
EGYPTIENS244NEERLANDAISE44
GUINEENS231CHINOISE42
IVOIRIENS222TURQUE40
NIGERIANS212LITUANIENNE40
1er semestre 20171er semestre 2018
NationalitéNombre de mesures d’éloignement exécutéesNationalitéNombre de mesures d’éloignement exécutées
ALBANAISE1141ALBANAISE969
ROUMAINE965ROUMAINE922
ALGÉRIENNE496ALGÉRIENNE655
MAROCAINE348MAROCAINE337
TUNISIENNE305TUNISIENNE331
KOSOVAR106GEORGIENNE174
BULGARE106MOLDAVE120
MOLDAVE92BULGARE108
INDIENNE77ESPAGNOLE84
GEORGIENNE72KOSOVAR72
EGYPTIENNE64UKRAINIENNE68
UKRAINIENNE63BRESILIENNE68
ESPAGNOLE60POLONAISE60
IVOIRIENNE49SERBE57
BRESILIENNE47PAKISTANAISE48
SENEGALAISE45MALIENNE48
NEERLANDAISE44CHINOISE44
CHINOISE42NEERLANDAISE43
TURQUE40SENEGALAISE43
LITUANIENNE40TURQUE40

Source : MI-DCPAF/DSED

OQTF prononcées et exécutées par pays depuis 2015

2015201620172018
1er semestre2eme semestre1er semestre2eme semestre1er semestre2eme semestre1er semestre
PaysPrononcéesExécutéestx execPrononcéesExécutéestx execPrononcéesExécutéestx execPrononcéesExécutéestx execPrononcéesExécutéestx execPrononcéesExécutéestx execPrononcéesExécutéestx exec
Afghanistan271238683213463225551122852253965182555234
Afrique du Sud30011192200700215061175120
Albanie2 8571 119392 1781 010461 793795442 1701 228572 5571 163453 5631 293364 4801 41232
Algérie4 084647163 670602164 584652144 128550134 495611145 183640126 10077113
Allemagne20136598892816572311482793314857191053
Ancienne République yougoslave de Macédoine143151012827219120221052120119282414825172854014
Andorre200100400
Angola21712621417823610420652228941828425862
Antigua et Barbuda4001110000
Apatrides200100300100200100
Arabie Saoudite3003001600425071141001100
Argentine2310432150187391442983381033014429
Arménie1 026767845749861708627467717406710527908667
Australie12200111001110051203003267
Autres Océanie190010010010000
Autriche1110021503267100100
Azerbaïdjan1912115064173421652111733105101011987
Bahamas40000
Bahreïn10020000
Bangladesh1 1233039762831 2492429101821 0192021 2311111 345312
Barbades100400100
Belgique1611691112109121310816956201260201365211362
Bélize100100500
Bénin11310910455133861057791441172212986
Bhoutan16005002800700600500200
Biélorussie22418254162541617318226271532026312
Bolivie17318133231218165311716113271600
Bosnie-Herzégovine2439238179613416640241402921124373017241242334118
Botswana100100300200
Brésil1406647153503316141251333123171513016936212325725
Brunei Darussalam00
Bulgarie28115455168142852701656119013772177110621691187017210561
Burkina Faso6981255247691266711765777458322
Burundi13189111611760051202150700
Cambodge36514593534132329232928143413
Cameroun57663114324210633508519459592498565326626508
Canada14171022080014178113114361417
Cap vert249198217146242521647418014814211815696
Chili305172294115960261429134521524271348
Chine (Hong-Kong inclus)1 182220191 3375741 0555868371191476617823762851197313614
Chypre100100300100
Cisjordanie et la bande de Gaza1103392227700540010800931111900
Colombie6621324311265213256217278214178417201422618
Comores27410425911433626827218726413526283284104
Congo, République démocratique du1 4611211 5311711 8262011 4111611 2912321 2671611 385292
Congo, République du719294680294824223575173546326530112761223
Corée, République de1942110110111910220242813181300
Corée, République populaire démocratique de19001000800600700300500
Costa Rica32671200900100111005360200
Côte d’Ivoire8147097405989796268744359847581 1355951 334685
Croatie161169147501375427519291448411434421229
Cuba3813343182638411233133141332139744
Danemark21501220000
Djibouti222925142031515427193161033018422
Dominique011001001001000101
Égypte7536697654159425469085761 1369481 0895551 264454
El Salvador10330600611720041252009222
Emirats Arabes Unis10000
Equateur25104016425911113189333102201100
Erythrée26841383512604236931484003912154810
Espagne371541463780464189301963492755412663663858
Estonie221001002210040023150600200
Etats-Unis d’Amérique3541126415287252972430517192113239
Ethiopie5000654653249844112001321110500
Fédération de Russie8359411810577948576738608707507546438654497
Fiji6001110010000
Finlande01100100100
Gabon211115211189232115202147289155229125288114
Gambie65111749510942210033109331236514985
Géorgie761941269387137069814512711462090156441542485122126
Ghana97339178108669500112541053311244
Grèce21500243754125100300
Grenada00
Guatemala4615030021501006117100400
Guinée7603757601721 0504247003357043359223841 186484
Guinée Bissau11733117111311115400111111520021021
Guinée équatoriale500623385634125500133235360
Guyana3001006117101102005240500
Haïti19253161532222117142163421484316664
Honduras977868133115454615064672150451431
Hongrie18950151173128671099062337686191053
Inconnu3400930044009400550076008500
Inde51141847251115752656865381 022879810496828496
Indonésie30081133003133711461175120
Irak843461341681142464102753411 476301 25050
Iran (république islamique d’)1271162814259413227683302833559343551
Irlande01300231503310010001
Islande20010000
Israël171660092227114100014002015
Italie301757382566642234421843461533462146472145
Jamaïque2007003003006002004125
Japon1716151723141721210330123258113
Jordanie42505005003005120700800
Kazakhstan2982829310495102727288292762241717
Kenya822513189001343110006002314
Kirghizistan1011050013188007007003100
Kosovo1 566219141 300216171 398136101 126191171 01815315940113121 12512311
Koweït81139001600120090011001200
Lesotho10000
Lettonie1113118118738563135384375944411764
Liban35411373839382252334515376165436
Liberia10220110013008113100014003513
Libye18011134641974217942224423464150800
Liechtenstein00
Lituanie462759412561402870403588463678372362342162
Luxembourg231501008113
Madagascar1557511711915985123141111616141266511876
Malaisie500900326742504125215000
Malawi100100200
Maldives40001
Mali1 1084741 1863931 3876351 2394131 2713231 4034031 539574
Malte170014172215520001100600
Maroc3 049615202 478473193 199559172 646378143 241491153 509409123 72543012
Maurice781013801215781519741014707107756811519
Mauritanie43392367113375623467236114437510339372
Mexique2552028518273111532022627225232727
Moldova, République de137815912394761436646160895620196482351124836216144
Monaco01700100
Mongolie1049993151699121263111776192511316141173429
Monténégro952021651523873540471940491122579169178
Mozambique2150100100200200300
Myanmar (Birmanie)84001042269112000350037002600
Namibie200100
Népal2000181643122300200023292900
Nicaragua5510053604125400400524017847
Niger4151229133651446123841133006246
Nigeria622518564326667335541214619285743213815304
Norvège1110000
Nouvelle Zélande2002001110010010000
Oman10000
Ouganda711490011100215010001500
Ouzbékistan100090011009111130062331218
Pakistan81987111 2198271 3975941 1494641 2338471 6997441 486977
Panama20010010030033100600
Paraguay988973438450512072291774111545
Pays-Bas17137618147823208717171002321911922116312477
Pérou33618263123510292751934102941717631219
Philippines717109844141111592110444761110522
Pologne785368644875674466533362482552653351895663
Portugal251768262492271970332267432660524077542954
Qatar01100200600
République arabe syrienne24220837920530093142752375227911433362
République centrafricaine69575236765780566911944410122
République démocratique populaire Lao52408225944410030062335120
République dominicaine21104820525168501816237301553314536
République slovaque1774172130037233111007457757113215
République tchèque19526188441653110550113277343171271
Roumanie2 3561 492632 1201 313622 3101 301561 9371 092561 7961 011561 493867581 49787959
Royaume-Uni181794282279484083182312857140181372211676
Rwanda23313281425141816151791111616
Sahara occidental100200400200100400
Saint Vincent et Grenadines10000
Sainte Lucie111004001002210000
Saint-Kitts-et-Nevis00
Saint-Marin10000
Sao Tome et Principe5240200200100100
Sénégal901981181399121 03476789079998073791590101 139666
Serbie3566518265873323263272506225217391830161204889820
Seychelles512030010020010010000
Sierra Leone5359382537132600250031005324
Singapour111000110000
Slovénie100100722980010011100700
Somalie2132118821145111161112200109229022
Soudan5587176071602311 288307921921 073121722172
Sri Lanka55612251819488717259815378711153361606142
Suède1002150200326700
Suisse111001006467524042503133300
Surinam21507686143211243312433124339333
Swaziland600710019002100100
Tadjikistan700800711432672002150500
Taïwan300600900900700500700
Tanzanie, République-Unie de1004008002700200500
Tchad9444854593448944116541193311954
Thaïlande244176147347212931046715269353626
Timor oriental100
Togo9466755710255888990781005511055
Tonga326701
Trinidad et Tobago3713249003230026800200800500
Tunisie2 856553191 937437232 216422191 964329172 344385162 397349153 21539512
Turkmenistan651259002700200014001100
Turquie1 10410810963128131 055848771567728618706507725679
Ukraine368185502991615438212834414128313838021415111273738723
Uruguay1232561172001942116005003133
Vanuatu20020010020000
Venezuela2021026623302741717317233671945920
Viêt-nam761013219157173392316553137139231115252166
Yémen4250700412530031335001300
Zambie11100100100100100
Zimbabwe3133100100260011200
Total général40 8197 2191838 9316 2991643 6666 0141437 9625 6391540 7935 9071444 4755 6281350 8386 40613

ANNEXE 4 : CONTRôles AUX FRONTIÈRES

Nombre de placements en zone d’attente, de non-admissions et de réacheminement :

PLACEMENTS EN ZA DONT MINEURS ISOLÉS DEPUIS 2015

Année 2015Année 2016Évolution 2015/2016Année 2017Évolution 2016/2017
PLACEMENTS EN ZA8 6898 196-6%9 45015%

PLACEMENTS EN ZA DONT MINEURS ISOLÉS (7 MOIS 2017/2018) :

7 mois 20177 mois 2018Évolution 7 mois 2017/2018
PLACEMENTS EN ZA5 7625371-7%

NON-ADMISSIONS ET REACHEMINEMENTS – DCPAF – ANNÉES 2016, 2017 ET 7 MOIS 2017/2018 :

Année 2015Année 2016Évolution 2015/2016Année 2017Évolution 2016/20177 mois 20177 mois 2018Évolution 7 mois 2017/2018
NON ADMISSIONS15 84963 845303%85 40834%50 18038 878-23%
REACHEMINEMENTS10 74459 849457%80 83435%47 47336 616-23%
DONT REACHEMINEMENTS AERIENS5 3435 126-4%6 12820%3 9193 478-11%
DONT REACHEMINEMENTS MARITIMES53369631%78313%437361-17%
DONT REACHEMINEMENTS TERRESTRES4 86854 0271010%73 92337%43 11732 777-24%

Placement en Zone d’Attente (France métropolitaine – 2017 et 2018) :

ANNEXE 5 : GESTION DES FLUX MIGRATOIRES

Top 10 des pays par motifs d’admission au séjour en 2017 (provisoire)

Tous motifs 2017Familiaux 2017Étudiant et stagiaire 2017Humanitaires 2017Economiques 2017
Algérie30 847Algérie18 582Maroc10 460Afghanistan4 781Maroc3 546
Maroc29 233Maroc13 990Chine (Hong-Kong inclus)10 249Soudan4 001Tunisie3 458
Tunisie16 074Tunisie7 634Algérie9 031République arabe syrienne3 838Etats-Unis d’Amérique2 142
Chine (Hong-Kong inclus)14 787Turquie3 098Tunisie4 417Congo,1 908Inde1 964
Sénégal7 610Sénégal2 866Sénégal3 484Irak1 465Chine (Hong-Kong inclus)1 314
Etats-Unis d’Amérique6 387Côte d’Ivoire2 797Inde2 508Fédération de Russie1 365Bangladesh1 018
Côte d’Ivoire6 345Cameroun2 417Corée, République de2 318Guinée1 121Brésil983
Inde5 811Chine (Hong-Kong inclus)1 797Côte d’Ivoire2 182Sri Lanka1 112Mali930
Turquie5 806Congo, RDC1 763Etats-Unis d’Amérique2 125Bangladesh1 054Algérie911
Fédération de Russie5 013Mali1 746Brésil1 930Kosovo925Sénégal815
53%65%62%61%63%
Total 2017242 665Total 201787 109Total 201778 478Total 201735 604Total 201727 209

Source : AGDREF/DSED/DGEF/Ministère de l’Intérieur

Demandes de visas

201520162017Évolution 2015/2016Évolution 2016/2017
Total des demandes3 589 6103 551 8644 002 677-1,1%12,7%
Nombre de refus de visa358 608390 750537 4799,0%37,6%
Total visas délivrés3 197 5053.074.6013 420 396-3,8%11,2%

Source SDV.- NB : La différence entre le total des visas demandés et le total des visas délivrés ou refusés tient au fait qu’un certain nombre de dossiers sont classés sans qu’aucune décision ne soit prise, par exemple si le requérant ne donne pas suite.

Demandes de regroupement familial depuis 2015

Répartition des demandes de regroupement familial déposées par mode migratoire et
par année de dépôt (introduction, admission)
Année de dépôtIntroductionsAdmissions sur placeTotalIntroductionsAdmissions sur placeTotal dossiers déposés
Dossiers déposés
201514 5322 05716 58988 %12%100%
201615 1782 10317 28188%12%100%
201716 1282 05318 18189%11%100%
1er semestre 20187 0649368 00088%12%100%
Évolution des décisions prises par les préfets de 2008 à 2018 par année de dépôt des dossiers de demandes de RF
Année de dépôt du dossier RFDécisions favorablesDécisions défavorablesTotal des décisions
introductionsadmissions au séjour sur placetotalintroductionsadmissions au séjour sur placetotalintroductionsadmissions au séjour sur placetotal
201510 25982911 0883 3159204 23513 5741 74915 323
201610 59276811 3603 2708894 15913 8621 65715 519
20177 2764147 6902 2505842 8349 52699810 524
1er semestre 201837319392916115246480544
(* Statistiques OFII: ces données ne sont pas figées, les décisions prises par les Préfets venant incrémenter les chiffres
à chaque actualisation des données)

ANNEXE 6 : INTÉGRATION DES ÉTRANGERS EN SITUATION RÉGULIÈRE

Nombre de CIR et les prescriptions de formation

2016 (1er juillet au 31 décembre)20172018 (1er janvier au 30 juin)
Nombre de CIR signés45 726103 18449 072
Nombre de formations linguistiques prescrites aux primo-arrivants26 202 soit 57,3%55 182 soit 53,5%23 610 soit 48,1%

ANNEXE 7 : hÉbergement

Présentation des budgets 2017 et 2018 attribués au plan de traitement des foyers de travailleurs migrants :

20172018 (jusqu’au mois d’Août)
en millions d’€%en millions d’€%
Aides à la pierre20,819,3%Aides à la pierre7,7114,5%
Subventions Etat (ministère Intérieur, CNAV)7,16,6%Subventions Etat (ministère Intérieur, CNAV)5,6210,62%
Subventions des Collectivités territoriales8,567,94%Subventions des Collectivités territoriales3,296,21%
Prêts (Action logement et Caisse des dépôts)61,8757,4%Prêts (Action logement et Caisse des dépôts)31,6159,75%
Fonds propres9,48,72%Fonds propres4,678,82%
Total107,73100Total52,9100

Dispositif national d’accueil des demandeurs d’asile (DNA) :

Dispositifs d’hébergement20142015201620172018
CADA24 41129 77838 12640 45042 452
ATSA2 1604 2346 0135 7765 776
HUDA à gestion déconcentrée22 89418 86817 40019 045 (données au 2ème trimestre)21 014
CAOInexistant967 Financement BOP 17710 370 Financement BOP 1779 4247 930
PRAHDAInexistantInexistantInexistant5 3515 351
Total49 46553 84771 90980 28382 523

Nombre d’admissions effectuées en 2015, 2016 et 2017 :

201520162017
32 78951 89778 972

Durée moyenne de séjour et des délais de sortie des personnes déboutées pour 2017 :

Durée Moyenne de SéjourDurée moyenne de séjour des réfugiésDélai moyen de sortie RéfugiéDurée Moyenne de Séjour des DéboutésDélai Moyen de Sortie Déboutés
JOURS401403193422108

ANNEXE 8 : coopÉration bilatÉrale

Nombre de laissez-passer consulaires demandés, obtenus et refusés

2012201320142015201620172017/ 2016
Laissez-passer demandés6 5157 0227 4236 6475 8595 811- 0,8%
Laissez-passer obtenus dans les délais utiles2 4032 4742 8572 8592 7072 966+ 9,6%
Laissez-passer obtenus hors délai177168207200170147- 13,5%
Laissez-passer refusés1 4811 3271 144770587314- 46,5%
demandes laissées sans réponse (demandes - réponses)2 4543 0533 2153 2152 3952 384- 0,5%
Taux de délivrance dans délai36,9%35,2%38,5%43%46,2%51%+ 10,4%

Source: MI – DGEF

2017 (8 mois)2018 (8 mois)
Laissez-passer demandés38634 768
Laissez-passer obtenus dans les délais utiles19402578
Laissez-passer obtenus hors délai103152,00
Laissez-passer refusés203239
demandes laissées sans réponse (demandes - réponses)16171799
Taux de délivrance dans délai50,22%54,07%

Source: MI – DGEF

Accords bilatéraux de réadmission conclus par la France :

PAYSDate de signatureObservations
ALLEMAGNE10/02/2003
ARGENTINE01/02/1995
AUTRICHE30/11/1962Nouvel accord signé le 20/04/07
BENELUX16/04/1964Accord en cours de renégociation
BOLIVIE13/09/1999Pas entré en vigueur
BOSNIE-HERZEGOVINE20/12/2006Pas entré en vigueur
BRESIL28/05/1996
BULGARIE29/05/1996
CHILI26/06/1995
COSTA RICA16/06/1998
CROATIE27/01/1995
DOMINIQUE09/03/2006
EQUATEUR16/10/1998
ESPAGNE26/11/2002
ESTONIE15/12/1998
GRECE15/12/1999
GUATEMALA11/11/1998
HONDURAS20/11/1998
HONGRIE16/12/1996
ITALIE03/10/1997
KOSOVO02/12/2009
LETTONIE05/12/1997
LITUANIE04/12/1998
MACEDOINE08/10/1998Pas paru au JO
MAURICE (ILE)02/04/2007
MEXIQUE06/10/1997
NICARAGUA20/04/1999
PANAMA30/04/1999
PARAGUAY10/04/1997
POLOGNE29/03/1991
PORTUGAL08/03/1993
REPUBLIQUE TCHEQUE02/04/1997Non en vigueur
ROUMANIE12/04/1994
SAINTE-LUCIE23/04/2005
SALAVADOR26/06/1998
SERBIE ET MONTENEGRO25/04/2006Pas entré en vigueur
SLOVAQUIE20/03/1997
SLOVENIE01/02/1993
SUEDE14/02/1991
SUISSE LIECHTENSTEIN28/10/1998
SURINAM30/11/2004Non ratifié par le Surinam
URUGUAY05/11/1996
VENEZUELA25/01/1999

Accords de réadmission conclus par l’Union européenne :

PaysDates de signature
ALBANIE14/04/2005
ARMENIE19/04/2013
ARYM Ancienne République yougoslave de Macédoine18/09/2007
AZERBAÏDJAN28/02/2014
BOSNIE HERZEGOVINE18/09/2007
CAP-VERT18/04/2013
HONG KONG27/11/2002
GEORGIE22/11/2010
MACAO13/10/2003
MOLDAVIE10/10/2007
MONTENEGRO18/09/2007
PAKISTAN26/10/2009
RUSSIE25/05/2006
SERBIE18/09/2007
SRI LANKA04/06/2004
TURQUIE16/12/2013
UKRAINE18/06/2007

([1]) Selon les informations transmises par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

([2]) Cette indication inclut les primo-demandes, les réexamens et les personnes mineures.

([3]) Selon les données transmises par la préfecture de police de Paris.

([4]) Aux frontières métropolitaines.

([5]) Les frais irrépétibles correspondent aux dépenses qui ne peuvent pas être récupérées à l’issue d’une procédure. Ils comprennent tous les frais exposés pour les besoins de la procédure, mais qui ne sont pas juridiquement indispensables.

([6]) Centres d’hébergement d’urgence pour migrants.

([7]) Hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile.

([8]) Centre provisoire d’hébergement.

([9]) Voir les articles L611-1 et L611-3.

([10]) Données pour les sept premiers mois de 2018.

([11]) Interdictions du territoire, OQTF, arrêtés préfectoraux d’expulsion, arrêtés d’expulsion, décisions de réadmission.

([12]) Selon les données fournies par le ministère de l’Intérieur.

([13]) Le programme intègre notamment les dépenses liées au préacheminement depuis le lieu de rétention et aux missions d’escorte par des fonctionnaires de la police aux frontières.

([14]) Articles L.554-3 et L.561-2.

([15]) Arrêté du 17 novembre 2016 pris en application du décret n° 2016-840 du 24 juin 2016 relatif aux modalités de l’évaluation des mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille.

([16]) La priorité reste donnée à l’assignation à résidence et la loi indique les critères pouvant justifier le placement en rétention, dont un risque non négligeable de fuite, la proportionnalité de la mesure de rétention et l’impossibilité d’appliquer une assignation à résidence.