Scrutin n° 502 du 19/04/2018
Sur l'amendement n° 909 de M. Prud'homme à l'article 6 du projet de loi pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie (première lecture).
- Dossier
- Immigration maîtrisée, droit d'asile effectif et intégration réussie (relié par : amendement)
- Demandé par
- Président du groupe "La France insoumise"
- Objet
- amendement
- Source
- assemblee-nationale.fr
Amendement n° 909 · Article 6
De Loïc Prud'homme (FI) , déposé le 12/04/2018. Sort : Rejeté. Fiche de l'amendement · sur le projet de loi projet de loi sur le projet de loi, après engagement de la procédure...
Dispositif
À la fin de l’alinéa 3, substituer aux mots :
« quinze jours »
les mots :
« deux mois, sauf circonstances exceptionnelles et humanitaires notamment relatives à sa vulnérabilité, ».
Exposé sommaire
Par cet amendement, nous proposons de faire rentrer dans le droit commun le délai de recours d’un.e demandeur.se d’asile devant la Cour nationale du droit d’asile, c’est-à-dire que celui-ci ne soit ni de 15 jours, ni d’un mois, mais bien de deux mois, à savoir le délai de recours de droit commun devant toute juridiction administrative française, tel que prévu par l’article R. 421-1 du code de justice administrative (« La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. »).
En effet, le délai de droit commun de deux mois, consacré initialement par la jurisprudence, est une garantie pour un administré. Son présupposé est en effet que l’administré, eu égard à sa connaissance de la langue française, des procédures administratives et des mécanismes de recours, de ses connaissances juridiques, ait le temps dans un délai de deux mois à compter de la date de notification ou de la publication de la décision qui l’impact, de contester celle-ci en bonne et due forme par un recours qui sera recevable.
Est-il sérieux, est-il même éthique de considérer qu’un demandeur d’asile, qui est dans une situation de vulnérabilité, dont la langue française et notre organisation administrative ne lui est pas familière, de son état psychologique (les demandeurs d’asile demandent quand même une protection contre des persécutions dont ils ont été et sont victimes) et de sa santé (qui a pu être impacté par son exil et son parcours migratoire), son indigence probable, puisse en un délai de moins de deux mois sérieusement exercer son droit au recours ?
Nous estimons qu’eu égard à ces conditions, la diminution du délai de recours à 15 jours est irrégulière au regard du droit européen. En effet, la directive 2013/32/UE prévoit un délai “raisonnable” pour exercer le droit au recours effectif et que “les délais prévus ne rendent pas cet exercice impossible ou excessivement difficile” (article 46 paragraphe 4 de la directive). En effet, quand bien même le Gouvernement argue que le délai pour les procédures normales de 9 Etats membres de l’Union européenne est entre 8 et 15 jours (page 43 de l’étude d’impact du présent projet de loi) ou pour la procédure accélérée entre 2 et 15 jours pour 16 Etats de l’Union européenne, il n’est pas juste de comparer des systèmes juridiques si différents. Si le délai de droit commun en France pour tous et toutes les administré.e.s est de deux mois pour faire un recours, comment peut on imaginer qu’un délai de 15 jours ne rendra pas “excessivement difficile” voire “impossible” un droit au recours pour des personnes ne maîtrisant en grande majorité ni notre langue, ni notre système administratif, juridique et judiciaire.
Le Gouvernement est par là d’une hypocrisie sans pareille, puisqu’en divisant par deux ce délai de recours, il met par là même une pression intolérable sur les associations et bénévoles qui tentent d’aider les demandeurs d’asile pour que ceux-ci puissent exercer dignement et dans les meilleurs conditions leur droit au recours.
Pour cela, nous proposons que le seuil minimal soit de deux mois, modulable eu égard à des circonstances exceptionnelles et humanitaires (notamment relatives à sa vulnérabilité) dont le demandeur pourra justifier.
Vote par groupe
| Groupe | Position majoritaire | Membres | Pour | Contre | Abst. | Non-votants |
|---|---|---|---|---|---|---|
| La République en Marche | contre | 312 | 2 | 68 | 5 | 1 |
| Les Républicains | contre | 102 | 0 | 12 | 1 | 0 |
| Mouvement Démocrate et apparentés | contre | 47 | 0 | 8 | 0 | 0 |
| UDI, Agir et Indépendants | pour | 32 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Nouvelle Gauche | pour | 31 | 9 | 0 | 0 | 0 |
| Non inscrit | contre | 19 | 0 | 7 | 0 | 0 |
| La France insoumise | pour | 17 | 5 | 0 | 0 | 0 |
| Gauche démocrate et républicaine | pour | 16 | 1 | 0 | 0 | 0 |
Votants
pour (17)
Ugo Bernalicis FI, Danièle Obono FI, Mathilde Panot FI, Loïc Prud'homme FI, Sabine Rubin FI, Elsa Faucillon GDR, Jean-Michel Clément LaREM, Sébastien Nadot LaREM, Alain David NG, Laurence Dumont NG, Marietta Karamanli NG, Serge Letchimy NG, Josette Manin NG, Christine Pirès Beaune NG, Valérie Rabault NG, Cécile Untermaier NG, Michèle Victory NG
contre (95)
Emmanuelle Anthoine LR, Valérie Bazin-Malgras LR, Ian Boucard LR, Éric Ciotti LR, Pierre-Henri Dumont LR, Sébastien Huyghe LR, Guillaume Larrivé LR, Constance Le Grip LR, Alain Ramadier LR, Raphaël Schellenberger LR, Pierre Vatin LR, Patrice Verchère LR, Caroline Abadie LaREM, Éric Alauzet LaREM, Aude Amadou LaREM, Laetitia Avia LaREM, Florian Bachelier LaREM, Christophe Blanchet LaREM, Aude Bono-Vandorme LaREM, Florent Boudié LaREM, Pascale Boyer LaREM, Yaël Braun-Pivet LaREM, Anne Brugnera LaREM, Stéphane Buchou LaREM, Pierre Cabaré LaREM, Céline Calvez LaREM, Émilie Chalas LaREM, Annie Chapelier LaREM, Fannette Charvier LaREM, Mireille Clapot LaREM, Fabienne Colboc LaREM, Olivier Damaisin LaREM, Benjamin Dirx LaREM, Nicole Dubré-Chirat LaREM, Stella Dupont LaREM, Catherine Fabre LaREM, Élise Fajgeles LaREM, Jean-Michel Fauvergue LaREM, Albane Gaillot LaREM, Raphaël Gauvain LaREM, Olga Givernet LaREM, Guillaume Gouffier Valente LaREM, Stanislas Guerini LaREM, Marie Guévenoux LaREM, Sacha Houlié LaREM, Philippe Huppé LaREM, Jean-Michel Jacques LaREM, Catherine Kamowski LaREM, Aina Kuric LaREM, Anne-Christine Lang LaREM, Fiona Lazaar LaREM, Christine Le Nabour LaREM, Alexandra Louis LaREM, Sylvain Maillard LaREM, Sandra Marsaud LaREM, Stéphane Mazars LaREM, Jean François Mbaye LaREM, Ludovic Mendes LaREM, Thomas Mesnier LaREM, Jean-Michel Mis LaREM, Sandrine Mörch LaREM, Adrien Morenas LaREM, Cendra Motin LaREM, Naïma Moutchou LaREM, Didier Paris LaREM, Pierre Person LaREM, Éric Poulliat LaREM, Bruno Questel LaREM, Pierre-Alain Raphan LaREM, Rémy Rebeyrotte LaREM, Gwendal Rouillard LaREM, Thomas Rudigoz LaREM, Pacôme Rupin LaREM, Jean Terlier LaREM, Valérie Thomas LaREM, Alice Thourot LaREM, Marie-Christine Verdier-Jouclas LaREM, Cédric Villani LaREM, Guillaume Vuilletet LaREM, Hélène Zannier LaREM, Erwan Balanant MODEM, Nathalie Elimas MODEM, Isabelle Florennes MODEM, Bruno Fuchs MODEM, Brahim Hammouche MODEM, Élodie Jacquier-Laforge MODEM, Laurence Vichnievsky MODEM, Sylvain Waserman MODEM, Bruno Bilde NI, Sébastien Chenu NI, Jeanine Dubié NI, Marine Le Pen NI, Emmanuelle Ménard NI, Ludovic Pajot NI, Sylvia Pinel NI
abstention (6)
Thibault Bazin LR, Stéphane Claireaux LaREM, Florence Granjus LaREM, Sonia Krimi LaREM, Jean-Bernard Sempastous LaREM, Martine Wonner LaREM
non-votant (1)
François de Rugy LaREM