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Scrutins / 15e législature

Scrutin n° 2426 du 29/01/2020

Sur l'amendement n° 207 de Mme Boyer après l'article 11 de la proposition de loi visant à protéger les victimes de violences conjugales (première lecture).

Résultat
Rejeté
scrutin public ordinaire
Pour
18
Contre
45
Abstention
4
Votants
67
63 exprimés
Dossier
Protection des victimes de violences conjugales (relié par : amendement)
Demandé par
Président du groupe "Les Républicains"
Objet
amendement
Source
assemblee-nationale.fr

Amendement n° 207 · Article 11

De Valérie Boyer (LR) , déposé le 24/01/2020. Sort : Rejeté. Fiche de l'amendement · sur le proposition de loi proposition de loi sur la proposition de loi, après engagement de la...

Dispositif

Après l’article 222‑14‑2 du code pénal, il est inséré un article 222‑14‑2‑1 ainsi rédigé :

« Art. 222‑14‑2‑1. – Le fait, par un ascendant légitime, naturel ou adoptif ou par toute autre personne ayant autorité sur un mineur, de faire ou de laisser assister ce mineur aux violences qu’il commet sur son conjoint, son concubin ou le partenaire lié à lui par un pacte civil de solidarité ou de l’exposer à ces violences est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. »

Exposé sommaire

Cet amendement tend à mieux prendre en compte, sur le plan pénal, la situation des enfants qui assistent aux violences conjugales commises par l’un des parents sur la personne de l’autre. En l’état du droit, ces enfants ne peuvent pas toujours être reconnus comme des victimes, alors que les faits dont ils sont les témoins involontaires et impuissants peuvent avoir de lourdes conséquences sur eux, notamment sur le plan psychologique.

143 000 enfants vivent dans un foyer où les femmes sont victimes de violences conjugales physiques et sexuelles. Témoins de ces violences, ou directement touchés, des dizaines de milliers d’enfants en souffrent.

Les conséquences sont néfastes pour leur développement, leur santé physique, leur santé mentale, ainsi que dans leur perception des relations entre les femmes et les hommes.

La convention d’Istanbul, ratifiée par la France le 4  juillet  2014  et  entrée  en  vigueur  le  premier  novembre 2014 édicte : « Reconnaissant que les enfants sont des victimes de la violence domestique, y compris en tant que témoins de violence au sein de la famille [...] les Parties prennent  les  mesures  législatives  ou  autres  nécessaires pour que, dans l’offre des services de protection et de soutien aux victimes, les droits et les besoins des enfants témoins de toutes les formes de  violence  couvertes  par  le  champ  d’application  de  la  présente  Convention  soient  dûment  pris en compte (Article 26) »

Pour Karen Sadlier, docteure en psychologie clinique : « le fait d’avoir une figure d’attachement, de bien-être et de protection tuée par une autre figure censée être elle aussi une figure de protection, est parmi les situations les plus traumatisantes pour un enfant. Pour les violences conjugales, on constate que 60 % des enfants présentent des troubles de stress post-traumatiques. C’est 10 à 17 fois plus de troubles comportementaux et anxio-dépressifs que pour la population enfantine en général. Et en cas de féminicide, le taux atteint 100 % ».

Sur le plan de la législation pénale, sauf si l’enfant est lui-même directement ciblé par les violences, il  ne  peut  être considéré comme victime des violences commises dans le couple. C’est-à-dire qu’il n’est pas  victime, au sens pénal, de l’infraction commise sur sa mère. Ainsi,  le  préjudice et les traumatismes subis ne peuvent pas donner lieu à réparation sous forme de dommages et intérêts. Le droit pénal est strict : il faut que la loi vise directement la personne qui demande la réparation sur la base d’une infraction pénale. 

Or, concernant les violences conjugales, si les enfants ne sont pas eux même directement  ciblés,  ils  ne  peuvent ni demander une réparation directe de préjudice en lien avec l’infraction,  ni  se  constituer partie civile et être reconnus comme victimes au sens juridique du terme. Il est nécessaire que le code pénal soit plus étayé et qu’il considère la présence de l’enfant lors des violences conjugales comme un mauvais traitement qui lui est infligé directement, comme le recommande par exemple le Centre Hubertine Auclert.

La loi du 3 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes reconnaît que le fait qu’un enfant assiste aux violences au sein du couple constitue une circonstance aggravante.

Pour autant, l’enfant n’est toujours pas considéré comme une véritable victime mais comme un « simple accessoire » du conjoint victime de violences conjugales.

Pour Edouard Durand, juge pour enfants, au tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis) et membre du conseil scientifique de l’Observatoire national de l’enfance en danger : « Il y a trois manières de traiter cette question. La première, a été mise en œuvre par la loi du 3 septembre 2018 qui faisait de la présence des enfants une circonstance aggravante des violences conjugales. C’est un très grand progrès et une très juste disposition, une très juste cause. Il peut y avoir une autre modalité qui n’est pas contradictoire : il s’agirait de vérifier que l’enfant victime est pris en compte dans le procès pénal, notamment pour une éventuelle allocation de dommages et intérêts, et de vérifier comment, éventuellement par la désignation d’un administrateur ad hoc, on peut faire entendre sa voix, sa souffrance et son besoin de soins qui vont coûter de l’argent, et donc justifier des dommages et intérêts. Troisième point, il pourrait être possible d’envisager un statut pénal de l’enfant victime de violences conjugales en vérifiant les dispositions actuelles ou en créant une disposition nouvelle faisant que les violences conjugales seraient à la fois une infraction commise contre la mère, et en même temps, une autre infraction commise contre l’enfant. C’est-à-dire deux infractions poursuivies simultanément par le mécanisme juridique de cumul idéal de qualifications, comme lorsque la société a une pluralité d’intérêts sociaux poursuivis, ce qui est le cas en l’espèce, et lorsqu’il y a une pluralité de victimes, ce qui est également le cas. ».

Nous devons donc consacrer un véritable statut de victime aux enfants qui sont exposés à des violences dans le cercle familial. À cette fin, il est proposé de créer une infraction autonome consistant, pour le parent violent, à exposer ses enfants aux violences qu’il commet sur l’autre parent. La peine encourue serait identique à celle prévue, en matière de mise en péril de mineurs (deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende), lorsqu’un parent se soustrait à ses obligations légales au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation de son enfant mineur.

Sans remettre en cause, le principe non bis in idem (on ne peut pas être déclaré coupable deux fois pour la même chose), il y a toutefois une exception qui s’appelle le cumul idéal de qualifications. Un même fait peut être poursuivi sous deux incriminations différentes en cas de pluralité d’intérêts sociaux et en cas de pluralité de victimes, ce qui est bien le cas en l’espèce.

Vote par groupe

pourabstentioncontre
GroupePosition majoritaireMembresPourContreAbst.Non-votants
La République en Marche contre3030 4411
Les Républicains pour10410 031
Mouvement Démocrate et apparentés contre460 100
Socialistes et apparentés pour291 000
UDI, Agir et Indépendants pour274 000
Libertés et Territoires pour190 000
La France insoumise pour171 000
Gauche démocrate et républicaine pour161 000
Non inscrit pour151 000

Votants

pour (18)

Ugo Bernalicis FI, Stéphane Peu GDR, Emmanuelle Anthoine LR, Valérie Boyer LR, Gérard Cherpion LR, Pierre Cordier LR, Brigitte Kuster LR, Constance Le Grip LR, Maxime Minot LR, Alain Ramadier LR, Pierre Vatin LR, Stéphane Viry LR, Agnès Thill NI, Cécile Untermaier SOC, Sophie Auconie UDI-AGIR, Thierry Benoit UDI-AGIR, Agnès Firmin Le Bodo UDI-AGIR, Patricia Lemoine UDI-AGIR

contre (45)

Laetitia Avia LaREM, Aurore Bergé LaREM*, Aude Bono-Vandorme LaREM, Julien Borowczyk LaREM, Yaël Braun-Pivet LaREM, Carole Bureau-Bonnard LaREM, Lionel Causse LaREM, Samantha Cazebonne LaREM, Fannette Charvier LaREM, Bérangère Couillard LaREM, Yves Daniel LaREM, Loïc Dombreval LaREM*, Jacqueline Dubois LaREM, Jean-François Eliaou LaREM, Emmanuelle Fontaine-Domeizel LaREM, Albane Gaillot LaREM, Laurence Gayte LaREM, Séverine Gipson LaREM, Perrine Goulet LaREM, Véronique Hammerer LaREM, Alexandre Holroyd LaREM*, Caroline Janvier LaREM, Pascal Lavergne LaREM, Nicole Le Peih LaREM, Gaël Le Bohec LaREM, Marion Lenne LaREM, Alexandra Louis LaREM, Denis Masséglia LaREM, Sandrine Mörch LaREM, Claire O'Petit LaREM, Bénédicte Peyrol LaREM*, Michèle Peyron LaREM, Damien Pichereau LaREM, Jean-François Portarrieu LaREM, Bruno Questel LaREM, Rémy Rebeyrotte LaREM, Véronique Riotton LaREM, François de Rugy LaREM, Nathalie Sarles LaREM, Valérie Thomas LaREM, Huguette Tiegna LaREM*, Laurence Vanceunebrock LaREM, Guillaume Vuilletet LaREM, Jean-Marc Zulesi LaREM, Géraldine Bannier MODEM

abstention (4)

Pierre-Henri Dumont LR, Antoine Savignat LR, Arnaud Viala LR, Marie Tamarelle-Verhaeghe LaREM

non-votant (2)

Annie Genevard LR, Richard Ferrand LaREM