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Textes / Recueil d’auditions de la commission de la défense nationale et des forces...

rapport d'information déposé en application de l'article 145 du règlement, par la commission de la défense nationale et des forces armées portant recueil d’auditions de la commission sur l’économie de guerre

Rapport d'information · tel quel · 20/03/2025 · 835 973 caractères · HTML sur assemblee-nationale.fr

Sommaire (25)
  1. Avant-Propos du Président
  2. Contributions écrites des Groupes parlementaires
  3. 1. Groupe Rassemblement National
  4. 2. Groupe Ensemble pour la République
  5. Pourquoi parle-t-on d’économie de guerre ?
  6. Concrètement, où en sommes-nous de l’économie de guerre ?
  7. Penser l’économie de guerre à l’échelle européenne
  8. 3. Groupe La France Insoumise – Nouveau Front populaire
  9. 4. Groupe Socialistes et apparentés
  10. 5. Groupe Écologiste et Social
  11. 6. Groupe Les Démocrates
  12. 7. Groupe Horizons et apparentés
  13. Assurer l’accès de l’industrie de défense aux financements de structure, de développement et d’investissement
  14. Optimiser la production des équipements militaires
  15. 1. Audition, ouverte à la presse, du vice-amiral d’escadre Éric Malbrunot, sous-chef d’état-major « plans » de l’état-major des Armées,...
  16. 2. Audition commune, ouverte à la presse, de l’ingénieur en chef de l’armement (ICA) Benoît Rademacher, directeur-adjoint de l’institut...
  17. 3. Audition commune, ouverte à la presse, de M. Franck Saudo, Président de Safran Electronics et Défense, du général (2S) Guy Girier,...
  18. 4. Audition commune, ouverte à la presse, de l’amiral (2S) Hervé de Bonnaventure, conseiller défense de MBDA, de M. Alexandre Dupuy,...
  19. 5. Audition, ouverte à la presse, de M. Stéphane Bouillon, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, sur les enjeux...
  20. 6. Audition, ouverte à la presse, de M. Emmanuel Chiva, délégué général pour l’armement, sur les enjeux de l’économie de guerre...
  21. 7. Audition commune, ouverte à la presse, de M. Benjamin Gallezot, délégué interministériel aux approvisionnements en minerais et métaux...
  22. 8. Audition commune, ouverte à la presse, de M. l’ingénieur général de l’armement Claude Chenuil, du groupe de travail « Drones du Gicat...
  23. 9. Audition commune, ouverte à la presse, de l’ingénieur général de l’armement Gaël Diaz de Tuesta, directeur de la direction...
  24. 10. Audition commune, ouverte à la presse, de M. Pascal Lagarde, directeur exécutif de Bpifrance, et de Mme Maya Atig, directrice...
  25. 11. Audition, ouverte à la presse, de M. Bertrand Rondepierre, directeur de l’agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de...

Mme Catherine Rimbert (RN). L’Union européenne continue d’encadrer strictement l’usage de l’intelligence artificielle dans le domaine de la défense, notamment en interdisant des drones autonomes alimentés par l’IA, capables de repérer et cibler des objectifs humains et matériels. Pendant ce temps, les big tech et les big states comme les États-Unis ou la Chine avancent sans freins. Elles innovent, expérimentent et repoussent les limites de l’IA de défense, en voulant aller toujours plus loin et notamment en développant ces drones.

Dans ce contexte, comment la France peut-elle rattraper son retard et rester compétitive si les réglementations européennes imposent des limites qui brident l’innovation ? Ne risquons-nous pas de sacrifier notre souveraineté et notre capacité d’action face à des adversaires qui ne s’imposent pas les mêmes contraintes ?

M. Bertrand Rondepierre. Sous réserve de vérifications de ma part, le domaine de la défense dispose d’un statut dérogatoire vis-à-vis du droit européen et son exercice relève de la compétence exclusive des États souverains. Cela concerne notamment les systèmes d’armes. En revanche, la question du rattrapage se pose et dans le domaine de la R&D, nous sommes naturellement obligés de nous intéresser aux actions potentielles de nos adversaires en matière d’IA appliquée à des systèmes d’armes autonomes.

Mme Catherine Hervieu (SOC). L’intelligence artificielle interroge évidemment l’éthique et le respect du droit international, mais aussi les enjeux environnementaux et énergétiques. L’IA doit rester un objet opérationnel et la décision doit demeurer dévolue à l’humain. Or, au sein de l’armée israélienne, les opérateurs humains n’examineraient que très brièvement les cibles suggérées avant d’ordonner les frappes. Quel est le regard l’Amiad sur l’utilisation de l’IA embarquée par Israël, en termes de retour d’expérience ? Comment l’Amiad prend-elle en compte les impacts environnementaux de l’IA, compte tenu des besoins énergétiques immenses des data centers, mais également du coût du numérique en ressources, notamment en eau et matériaux rares ?

Mme Gisèle Lelouis (RN). L’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis en janvier 2025 a ravivé les débats sur la dépendance de l’Europe vis-à-vis de Washington en matière de défense. Dans ce contexte, la souveraineté de la France dans le développement de ses systèmes de défense, notamment en matière d’intelligence artificielle, revêt une importance cruciale. Le Rassemblement national a toujours plaidé pour une stratégie d’indépendance technologique et de maîtrise des outils stratégiques pour notre pays.

L’AMIAD joue un rôle central dans cette ambition. Toutefois, des questions subsistent quant à la capacité de la France de développer de manière autonome des technologies d’IA de défense sans dépendre de puissances étrangères. Pourriez-vous détailler les mesures que l’Amiad met en place pour assurer la souveraineté technologique de la France en matière d’IA de défense, notamment en ce qui concerne le développement interne des technologies, la protection contre les ingérences étrangères et la collaboration avec des partenaires européens partageant cette vision de l’indépendance stratégique ?

M. Yannick Chenevard (EPR). Pour produire de l’IA, il est nécessaire de disposer d’un très grand nombre de données et il en sera de même demain, pour le quantique. Or ces opérations sont extrêmement énergivores. Menez-vous une réflexion sur les besoins énergétiques, qui sont éminemment stratégiques ?

M. Bertrand Rondepierre. Je ne commenterai pas l’actualité internationale. En revanche, un des enjeux de l’IA consiste bien à raccourcir la boucle OODA (Observer, Orienter, Décider, Agir). Si la durée de cette boucle tend vers zéro, l’humain ne pourra plus suive. Mais il n’existe pas de fatalité en la matière, le sujet relève du choix humain lors de la conception et de la mise en œuvre des outils. Dans ce cadre, l’Amiad agit en co-construction avec les forces, afin que ces dernières disposent toujours de la capacité de prendre des décisions qui aient du sens.

L’impact environnemental constitue effectivement une problématique. À ce titre, nous prenons en compte l’enjeu de frugalité. En effet, sur un théâtre d’opérations, l’énergie n’est pas nécessairement abondante. Notre démarche est animée par la volonté de faire le mieux possible, avec le moins possible. Cette démarche devra ensuite être mise à l’épreuve de la pratique et nous pourrons reparler des effets concrets et documentés si je dois revenir m’exprimer devant vous. Aujourd’hui, notre empreinte globale est assez faible, mais vous avez raison de souligner cet enjeu d’impact environnemental, lequel concerne d’ailleurs l’ensemble de l’écosystème de l’IA.

Vous m’avez également interrogé sur la dépendance. La création de l’Agence et ses actions de ré-internalisation visent précisément à réduire cette dépendance. Un premier objectif consiste à être capable de faire seuls, quand aujourd’hui, nous sommes obligés de nous appuyer sur des partenariats et des technologies maîtrisées par des acteurs privés étrangers. Notre montée en compétence doit précisément nous permettre d’agir seuls, par exemple si les modèles d’IA ne sont plus accessibles en open source, demain.

Un autre enjeu concerne l’examen des produits. Lorsque nous utilisons des outils en provenance de l’extérieur, nous menons naturellement un audit en matière de sécurité et d’alignement, pour savoir précisément ce qu’il y a à l’intérieur des objets que nous utilisons. Mener ce travail en interne contribue ainsi à renforcer notre souveraineté, y compris sur les cas d’usage qui demeurent aux mains de la puissance étatique, l’exemple ultime concernant la dissuasion.

Enfin, vous avez évoqué le quantique, technologie dont je ne suis pas un spécialiste. En revanche, l’Amiad bénéficie de son pôle de recherche à Palaiseau, avec des chercheurs qui, au-delà du temps court, sont capables de penser le temps long. Je ne suis pas en mesure de vous répondre précisément sur la consommation d’énergie suscitée par le quantique, mais intuitivement, je partage votre point de vue, la technologie actuelle étant extrêmement consommatrice d’énergie. Heureusement, nous disposons en France d’infrastructures énergétiques assez efficientes, mais vous avez raison de souligner que cet aspect fait partie de la réflexion d’ensemble menée au sein du ministère sur l’IA « de bout en bout », depuis la métropole jusque sur les navires en mer. Nous intégrons cet aspect dans notre démarche concernant nos moyens de calcul et notre besoin opérationnel, pour ne pas être pris en défaut d’énergie. Ces sujets doivent être abordés bien en amont, nous ne pouvons pas les traiter à la dernière minute, contrairement au numérique et à l’IA plus particulièrement.

M. le président Jean-Michel Jacques. Je vous remercie pour votre exposé et vos réponses très nourries. Je me permets de vous inviter à considérer également les réservistes dans le cadre de votre politique RH. Enfin, l’actualisation de la revue nationale stratégique annoncée par le président de la République lors de ses vœux aux armées devrait également nous éclairer sur les sujets compliqués que vous avez évoqués. Comme vous l’indiquez, nous n’avons pas le choix et vous pouvez compter sur le soutien des parlementaires.

([1]) Communication de la Commission européenne : url

([2]) BELLAIS Renaud, Au-delà des attentes : le besoin d’une réelle poli6que industrielle de défense, FRS, 13.06.2024, url

([3]) CORDET Maxime, Une perte d’influence de la France sur l’Europe de la Défense : pourquoi un sursaut stratégique est-il nécessaire ? IRIS, 01.2025, url