AN · données ouvertes
Textes / Projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au...

rapport sur le projet de loi, adopté par le Sénat après engagement de la procédure accélérée, relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité (n°1112). — Comptes rendus

Rapport · tome ou annexe · 10/09/2025 · 1 031 694 caractères · HTML sur assemblee-nationale.fr

Parties du document (3)
Sommaire (22)
  1. COMPTES RENDUS
  2. I. Auditions de la commission spéciale
  3. 1. Première audition de M. Vincent Strubel, directeur général de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI),...
  4. 2. Audition de M. Nicolas Roche, secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), mardi 13 mai 2025 à 16 heures 30
  5. 3. Table ronde réunissant des associations d’élus, jeudi 15 mai 2025 à 9 heures 30
  6. 4. Table ronde réunissant les autorités de régulation financière, mardi 3 juin 2025 à 16 heures 30
  7. 5. Table ronde réunissant des entreprises de cyberdéfense, mercredi 4 juin 2025 à 15 heures 30
  8. 6. Table ronde réunissant des entreprises de télécommunications, mercredi 4 juin 2025 à 17 heures
  9. 7. Table ronde réunissant des experts de la cybersécurité, jeudi 5 juin 2025 à 9 heures 30
  10. 8. Table ronde réunissant des organisations patronales, jeudi 5 juin 2025 à 11 heures 30
  11. 9. Audition de représentants de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), mardi 10 juin 2025 à 16 heures 30
  12. 10. Table ronde sur la lutte contre la cybercriminalité et la cybermalveillance, mercredi 25 juin 2025 à 16 heures 30
  13. 11. Audition de Mme Laure de La Raudière, présidente de l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la...
  14. 12. Table ronde sur le chiffrement réunissant des représentants de la coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le...
  15. 13. Table ronde sur le chiffrement réunissant des entreprises et des experts de la cryptographie, mercredi 9 juillet 2025 à 15 heures
  16. 14. Deuxième audition de M. Vincent Strubel, directeur général de l’ANSSI, mardi 15 juillet 2025 à 17 heures
  17. II. discussion générale
  18. Première réunion du mardi 9 septembre 2025 à 15 heures
  19. III. Examen des articles du projet de loi
  20. 1. Deuxième réunion du mardi 9 septembre 2025 à 16 heures 30
  21. 2. Réunion du mardi 9 septembre 2025, à 21 heures 30
  22. 3. Réunion du mercredi 10 septembre 2025, à 14 heures

M. le président Philippe Latombe. Il s’agit d’un amendement d’appel visant à compléter l’article 12 par l’alinéa suivant : « Dans les trois ans après la promulgation de la présente loi, l’État identifie et sensibilise les entités concernées dans des conditions précisées par décret. » L’objectif est de se conformer aux annonces de l’Anssi sur les contrôles qu’elle effectuera, mais c’est davantage au gouvernement qu’aux rapporteurs qu’il revient de prendre cet engagement.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. La directive prévoit un régime d’autodéclaration : l’amendement procède à une surtransposition, donc l’avis est défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Attendons la formation du nouveau gouvernement pour obtenir une réponse à votre proposition. L’avis est défavorable.

La commission rejette l’amendement.

La commission adopte l’article 12 modifié.

2. Réunion du mardi 9 septembre 2025, à 21 heures 30

La commission spéciale a poursuivi l’examen du projet de loi, adopté par le Sénat après engagement de la procédure accélérée, relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité (n° 1112) (M. Éric Bothorel, rapporteur général, Mme Catherine Hervieu, Mme Anne Le Hénanff, M. Mickaël Bouloux, rapporteurs).

M. le président Philippe Latombe. Mes chers collègues, nous poursuivons l’examen du projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité.

Article 13 : Absence d’application des dispositions du projet de loi aux entités soumises à des exigences équivalentes en application d’un acte juridique de l’Union européenne

Amendements identiques CS493 de M. Éric Bothorel et CS316 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure pour le titre II. Il s’agit de clarifier les dispositions qui ne trouvent pas à s’appliquer dans le cas d’un acte sectoriel de l’Union européenne reconnu comme lex specialis qui prévoit des dispositions équivalentes. Il tend ainsi à préciser que sont uniquement concernées les dispositions relatives à l’application de mesures de sécurité, à la notification des incidents ainsi qu’à celle de la supervision permettant d’en vérifier le respect. En dehors de ces dispositions, les entités restent soumises au projet de loi, s’agissant par exemple de l’obligation d’enregistrement issue de l’article 12, dont elles ne sont pas déliées.

La commission adopte les amendements.

Amendement CS317 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise à compléter l’article 13 par l’alinéa suivant : « Tous les deux ans, l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information publie et actualise des lignes directrices d’analyse des différentes réglementations européennes permettant de hiérarchiser le degré d’exigence de chacune pour les entités concernées. »

De nombreuses réglementations numériques, sectorielles et non sectorielles, s’imposent aux entreprises. Disposer d’un référentiel piloté par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) permet de s’assurer du respect de la hiérarchie des exigences. Il ne s’agit pas d’alourdir la charge de l’Anssi en communiquant à chaque entreprise la hiérarchisation des normes qui s’impose à elle, mais de fixer des lignes directrices auxquelles chacun pourra se référer pour en faciliter le respect.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Publier des lignes directrices n’est pas le rôle de l’Anssi. Par ailleurs, les entités concernées disposent souvent de services juridiques capables d’assurer une veille. Peut-être est-ce davantage le rôle de la Commission européenne ou de l’Agence européenne de cybersécurité (Enisa). Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Elle adopte l’article 13 modifié.

Article 14 : Mise en place de mesures de cybersécurité par les entités essentielles et importantes

Amendements identiques CS528 de M. Éric Bothorel et CS322 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il s’agit d’exclure explicitement du champ d’application de la directive concernant des mesures destinées à assurer un niveau élevé commun de cybersécurité dans l’ensemble de l’Union, dite directive NIS 2, les activités liées à la sécurité nucléaire, pour lesquelles la France souhaite pouvoir exercer pleinement et entièrement sa compétence exclusive en matière de sauvegarde de la sécurité et de la souveraineté nationales, tout en conservant leur assujettissement à un niveau d’exigence rigoureusement équivalent à celui prévu par la directive.

La commission adopte les amendements.

Amendement CS453 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il prévoit que les entités listées à l’alinéa 1 de l’article 14 mettent en œuvre à leurs frais les mesures techniques, opérationnelles et organisationnelles appropriées et proportionnées pour gérer les risques qui menacent la sécurité des réseaux et des systèmes d’information qu’elles utilisent dans le cadre de leurs activités ou de la fourniture de leurs services.

Suivant l’avis du rapporteur général, la commission adopte l’amendement.

En conséquence, les amendements CS339 et CS340 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure tombent.

Amendement CS186 de Mme Marie Récalde

Mme Marie Récalde (SOC). Compte tenu du débat sur l’approche « tous risques » que nous avons eu lors de l’examen de l’article 6, nous le retirons.

L’amendement est retiré.

Suivant l’avis du rapporteur général, la commission adopte successivement les amendements rédactionnels CS320 et CS321 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendement CS319 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise à ajouter, à la deuxième phrase de l’alinéa 1, les mots « et de résilience » après le mot « sécurité » afin de préciser que les mesures techniques et organisationnelles précitées garantissent, pour les réseaux et les systèmes d’information des entités concernées, un niveau de résilience adapté et proportionné au risque.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. L’introduction de la notion de résilience me semble opportune compte tenu de son caractère indispensable. Avis favorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Sagesse.

La commission adopte l’amendement.

Amendement CS318 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. L’amendement vise à modifier de façon assez substantielle l’article 14 en introduisant, après la deuxième phrase de l’alinéa 1, la phrase suivante : « Le choix de ces mesures tient compte de leur capacité à être auditées, de la transparence de leur fonctionnement, de leur interopérabilité, de leur résilience et de la maîtrise qu’elles permettent d’acquérir sur les systèmes d’information afin de minimiser les dépendances technologiques à l’égard de prestataires tiers ne présentant pas de garanties suffisantes de conformité aux exigences de cybersécurité et de souveraineté numérique telles que fixés par la stratégie nationale dans une perspective de long terme ».

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Ces critères sont intéressants mais très lourds à mettre en œuvre. Par ailleurs, l’amendement surtranspose la directive NIS 2. Avis défavorable.

La commission adopte l’amendement.

Puis elle adopte les amendements rédactionnels CS326 et CS327 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendement CS324 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise, par cohérence avec l’alinéa 5, à compléter l’alinéa 2 par les mots « en fonction de leur degré d’exposition au risque ». Le projet de loi prévoit, dans sa version initiale, que les entités doivent mettre en œuvre un pilotage adapté de la sécurité des réseaux et des systèmes d’information, comprenant notamment la formation à la cybersécurité des membres des organes de direction et des personnes exposées aux risques.

Le Sénat, considérant que ce texte transpose insuffisamment l’article 20 de la directive NIS 2, a renforcé à juste titre ces dispositions afin que les mesures prévues garantissent, pour les réseaux et les systèmes d’information, un niveau de sécurité adapté et proportionné aux risques. Toutefois, la rédaction adoptée par le Sénat n’est pas homogène avec le reste de l’article, notamment avec l’alinéa 5, ce qui risque de créer une ambiguïté.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Sagesse.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Sagesse également.

La commission adopte l’amendement.

Amendement CS325 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise à rappeler l’objectif de souveraineté numérique dans le processus de certification.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Mentionner la « souveraineté numérique » est une mesure de cohérence à l’article 5 bis mais de surtransposition ailleurs.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS323 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise à compléter l’alinéa 2 par la phrase suivante : « Le choix d’une solution logicielle dont le code source n’est pas accessible ou vérifiable, et lorsqu’elle concerne un système d’information critique, fait l’objet d’une analyse de risques spécifique, documentée et présentée aux organes de direction évaluant la dépendance vis-à-vis du fournisseur, les limitations en matière d’audit de sécurité et les stratégies de réversibilité à brève échéance ». Il s’agit de s’assurer qu’il n’y a pas de dépendance technologique rendant prisonnier d’un fournisseur unique et de se prémunir de toute opacité dans la mesure où l’impossibilité de faire réaliser un audit complet du code source constitue un risque de sécurité intrinsèque.

S’agissant de la souveraineté des données et des systèmes, le présent amendement s’inscrit dans la continuité de l’article 16 de la loi pour une République numérique, qui dispose : « Les administrations mentionnées au premier alinéa de l’article L. 300-2 du code des relations entre le public et l’administration veillent à préserver la maîtrise, la pérennité et l’indépendance de leurs systèmes d’information ». L’amendement permet de préciser cette exigence s’agissant des infrastructures critiques du pays.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. L’amendement surtranspose la directive NIS 2. Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS328 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Cet amendement de clarification vise à ajouter, à l’alinéa 3, les mots « et la résilience » après le mot « protection ».

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. S’agissant d’une disposition relative à la résilience, j’émets un avis favorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. La résilience figure expressément à l’alinéa 1 du présent article, au rang des objectifs que doivent viser les mesures qu’il prévoit. Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS329 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise à compléter l’alinéa 4 par les mots « et la transparence ainsi que la capacité des technologies utilisées à être auditées afin de faciliter l’investigation et la résolution desdits incidents ». Il s’agit d’une part d’introduire dans l’article les notions d’auditabilité, de transparence, de portabilité et d’interopérabilité des technologies choisies par les entités essentielles et les entités importantes afin de réduire le risque de dépendance numérique, de maximiser la résilience des réseaux et des systèmes, de permettre la continuité des activités et, d’autre part, de rappeler l’objectif de souveraineté numérique dans le processus de certification.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. L’amendement aurait pour effet de surtransposer la directive ; avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Suivant l’avis de la rapporteure, elle rejette l’amendement CS220 de M. Aurélien Lopez-Liguori.

Amendement CS454 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il vise à compléter l’alinéa 5 afin de préciser que les entités listées à l’alinéa 1 prennent les mesures nécessaires pour garantir la résilience des réseaux et des systèmes d’information.

La commission adopte l’amendement.

Amendement CS330 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise à compléter l’alinéa 5 par les mots « en favorisant la libre intégration et l’interopérabilité des technologies et protocoles utilisés, ainsi que la portabilité des données » pour introduire dans l’article les notions d’auditabilité, de transparence, de portabilité et d’interopérabilité des technologies choisies par les entités essentielles et importantes.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Surtransposition de la directive ; avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Même avis, malgré l’importance du sujet.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS219 de M. Aurélien Lopez-Liguori

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je comprends l’intérêt de cet amendement mais il aurait pour effet de surtransposer la directive. Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS331 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise à substituer aux alinéas 6 à 8 neuf alinéas réécrivant certaines dispositions. Dans le texte d’origine, seules l’élaboration, la modification et la publication d’un référentiel d’exigences techniques et organisationnelles sont soumises à la concertation des parties prenantes, qui par ailleurs n’incluent pas les ministères coordinateurs. Il s’agit de les inclure dans le référentiel, de même que les guides de l’Enisa.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je suggère le retrait de l’amendement au profit de l’amendement suivant ; à défaut, avis défavorable.

L’amendement est retiré.

Amendement CS456 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il s’agit d’ajouter les ministères à la liste des personnes avec lesquelles l’Anssi se concertera pour l’élaboration, la modification et la publication du référentiel d’exigences techniques et organisationnelles d’une part et, d’autre part, de procéder à des modifications d’ordre rédactionnel.

La commission adopte l’amendement.

Amendement CS333 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Cet amendement d’appel vise à préciser à l’alinéa 7 que le recours aux produits, services et processus certifiés est prescrit prioritairement par le référentiel et subsidiairement par l’Anssi, afin de parvenir à un équilibre entre la norme européenne de l’Enisa, garante d’homogénéité avec les pays voisins de la France, et le savoir-faire reconnu de l’Anssi.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je suggère le retrait de l’amendement au profit de l’amendement CS337 ; à défaut, avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS334 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il s’agit de modifier l’alinéa 7 pour faire dépendre le recours à des produits, à des services ou à des processus certifiés de la réalisation d’une étude de risque de dépendance stratégique afférent.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Surtransposition ; avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS221 de M. Aurélien Lopez-Liguori

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). L’article 14 permet de recourir à des solutions certifiées au titre du règlement CSA – le Cyber Security Act. Or une faille demeure. L’immunité face aux droits extraterritoriaux étrangers n’est pas garantie. Si nous acceptons que des prestataires soumis à des législations étrangères puissent obtenir une certification européenne, alors nous aurons une sécurité d’étiquette mais pas une sécurité réelle. Le présent amendement propose une clarification simple : les services certifiés que l’État pourra prescrire doivent être établis en Europe. Notre autonomie stratégique doit dépendre de nos lois uniquement.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Surtransposition ; avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS336 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise à préciser que les produits, services et processus certifiés peuvent faire l’objet d’un audit et répondent à des critères de transparence et que priorité est donnée aux solutions présentant le plus haut niveau de transparence, d’ouverture et de la réversibilité.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Surtransposition ; avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendements CS337 de Mme Anne Le Hénanff et CS152 de Mme Marina Ferrari (discussion commune)

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. L’amendement CS337 vise à remplacer, à l’alinéa 8, une formulation générique par une référence explicite à la directive NIS 2. Cette clarification garantit une articulation cohérente entre le cadre européen et le dispositif national élaboré par l’Anssi, prévu par décret en Conseil d’État, à l’attention des entités visées à l’alinéa 1. Une telle mention prévient toute ambiguïté, évite les interprétations divergentes et limite les risques de surtransposition.

Mme Marina Ferrari (Dem). Je retire l’amendement CS152 au profit du CS337.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Sagesse.

L’amendement CS152 est retiré.

La commission adopte l’amendement CS337.

Amendements identiques CS529 de M. Éric Bothorel et CS338 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Le présent amendement a pour objectif d’offrir aux entités régulées la possibilité de se prévaloir du recours à certaines prestations de services qualifiés pour faciliter la démonstration de leur respect complet ou partiel des objectifs de sécurité. Il répond aux préoccupations émises par la commission spéciale relatives à l’encadrement du recours aux prestataires qualifiés. Il permet de valoriser le recours par les entités assujetties aux prestations qualifiées par l’Anssi et de favoriser le développement de l’offre de confiance sans l’imposer aux entités régulées.

L’approche incitative dont il procède constitue une manière équilibrée de répondre à ces préoccupations. Les entités régulées pourront, en fonction de leurs besoins, identifier les solutions qu’elles considèrent comme adéquates à leurs enjeux. Les conditions d’application des dispositions introduites par le présent amendement seront prévues par décret en Conseil d’État.

La commission adopte les amendements.

Elle adopte l’article 14 modifié.

Après l’article 14 :

Amendement CS59 de M. René Pilato

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Il vise à rappeler la nécessité de recourir, dans la mesure du possible, aux logiciels libres et aux services de cloud réversibles afin de renforcer la sécurité des données collectées.

L’usage de logiciels libres présente de nombreux atouts. Leur coût est minime, voire nul. Ils peuvent facilement être modifiés et personnalisés pour répondre à des besoins spécifiques. Ils sont plus transparents et plus éthiques que les autres, et surtout plus sûrs, car ils sont souvent examinés par une communauté de développeurs spécialisés qui peuvent identifier et corriger les vulnérabilités signalées par les utilisateurs plus rapidement qu’avec les logiciels propriétaires.

Quant aux services de cloud réversibles, ils permettent de préserver une autonomie technologique et d’assurer la sécurité en donnant la faculté de récupérer les données stockées à tout moment pour assurer la protection des données personnelles collectées.

Les administrations publiques devraient utiliser ces outils libres et transparents pour assurer au mieux la protection des données personnelles qu’elles collectent dans le cadre de leurs activités, garantissant ainsi les droits fondamentaux des citoyens et la souveraineté technologique européenne.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet amendement ne transpose pas la directive NIS 2. Avis défavorable.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Nous avons en France un écosystème très compétent qui n’est pas exclusivement basé sur des logiciels libres et qui a besoin de la commande publique. Cantonner la stratégie d’équipement de nos administrations aux logiciels libres n’est donc pas une bonne solution.

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Nous ne proposons pas une contrainte mais une simple orientation pour compléter l’offre et promouvoir l’usage des logiciels libres.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS148 de M. Philippe Latombe

Mme Sabine Thillaye (Dem). Il vise à intégrer dans les règles encadrant le recours à des prestataires non européens la possibilité de travailler avec des entreprises établies dans les pays ayant un accord de commerce et de coopération avec l’Union européenne, à condition qu’elles acceptent explicitement d’être soumises aux normes européennes en matière de cybersécurité et de protection de données.

Il s’agit de trouver un équilibre entre la protection de la souveraineté numérique et l’ouverture à des partenaires fiables, tout en renforçant l’attractivité internationale de la mise en conformité avec les standards européens.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Ce sujet n’est pas traité dans la directive. Avis défavorable.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). L’argument de la surtransposition a ses limites. Cette directive prouve que l’Union européenne n’a rien à faire de la souveraineté numérique des États membres – on l’avait d’ailleurs déjà vu avec la loi Sren – puisqu’elle ne s’inquiète pas que la cybersécurité européenne soit assurée par des entreprises américaines, canadiennes ou autres.

En tant que législateur français, nous devons prendre des décisions pour notre pays. Je ne vois pas en quoi ces mesures de protection posent problème : elles ne vont pas à l’encontre de la directive, elles vont juste un peu plus loin et elles ne créent pas de problèmes de concurrence.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. En l’occurrence, je n’ai pas parlé de surtransposition ; au contraire, ces mesures ne transposent pas la directive.

C’est certes un sujet important, mais il n’a pas sa place dans ce texte.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. La directive NIS 2, qui vise à élever le niveau de cybersécurité de nos entités les plus critiques en imposant à l’ensemble de leurs systèmes d’information des exigences de sécurité proportionnées, ne prévoit pas de conditions supplémentaires quant au recours à des prestataires établis dans les pays tiers. Imposer à l’ensemble des entités régulées de telles conditions apparaît comme disproportionné et représenterait un coût majeur pour les entreprises françaises, qui seraient défavorisées par rapport à leurs concurrentes européennes.

Cette disposition serait par ailleurs contraire au droit européen.

Enfin, il n’existe aujourd’hui aucun mécanisme en matière de cybersécurité équivalent au mécanisme d’adéquation du règlement général sur la protection des données (RGPD).

Pour toutes ces raisons, je suis également défavorable à l’amendement.

Mme Sabine Thillaye (Dem). Je comprends vos arguments mais il arrive qu’en l’absence de prestataires compétents en France, nos entreprises n’aient pas d’autre choix que de recourir à des prestataires étrangers. L’amendement, en exigeant le respect des règles européennes, permettrait d’assurer un minimum de sécurité.

La commission rejette l’amendement.

Amendements CS32 et CS33 de Mme Sabine Thillaye (discussion commune)

Mme Sabine Thillaye (Dem). Pour faire face à la multiplication des cyberattaques, qui ciblent aussi les collectivités locales, l’amendement CS32 introduit une obligation pour les communautés de communes de se doter d’un responsable de la sécurité des systèmes d’information (RSSI).

L’amendement de repli CS33 prévoit que les communautés de communes désignent au moins un référent cybersécurité, au besoin mutualisé.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Nous ne pouvons pas contraindre les intercommunalités à se doter d’un RSSI, notamment en raison de son coût salarial. La directive ne décrit pas aussi finement les obligations de moyens ; elle prévoit plutôt des obligations de résultats.

Il est préférable de laisser les territoires s’organiser. Il existe par exemple des associations de RSSI qui partagent leur temps entre plusieurs collectivités.

Avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. J’ajoute que les salaires de ces professionnels sont élevés – parfois à six chiffres – et qu’il existe une concurrence forte pour les recruter. En outre, par les temps qui courent, il est sans doute préférable de s’abstenir de faire des entorses à la libre administration des collectivités.

Mme Sabine Thillaye (Dem). Je comprends vos arguments pour le RSSI, mais un référent dont la mission serait notamment de sensibiliser ne me semble pas inutile. Nous pourrions nous inspirer des correspondants défense.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. L’analogie est intéressante. Nous pourrions imaginer que le référent cybersécurité dans une intercommunalité soit l’élu en charge du numérique, voire le maire, puisque c’est lui qui est responsable pénalement et qui pilote la gouvernance de la cybersécurité.

Mme Sabine Thillaye (Dem). Les communes ont l’obligation de se doter d’un correspondant défense. Il n’existe pas d’obligation similaire en matière de cybersécurité.

Mme Catherine Hervieu (EcoS). Il me semble plus judicieux que le référent soit un administrateur issu de la préfecture, car les élus ne sont ni élus ad vitam aeternam ni spécialistes de tous les sujets.

La commission rejette successivement les amendements.

Amendements CS19 de Mme Sabine Thillaye

Mme Sabine Thillaye (Dem). Afin de renforcer la résilience des infrastructures et de faire face à la rapidité des évolutions technologiques, cet amendement propose d’imposer aux entités essentielles et aux entités importantes la réalisation par un organisme qualifié d’un audit complet de cybersécurité tous les quatre ans. Cette disposition s’inspire de l’Allemagne, où les audits peuvent être exigés tous les trois ans.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Les entités essentielles et les entités importantes concernées par NIS 2 seront tenues de faire un état des lieux de leur cybersécurité, soit par des audits flash, soit à l’initiative de l’Anssi ou de ses représentants dans les territoires. Votre amendement est donc satisfait.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. La réalisation de tels audits représenterait une charge financière et opérationnelle supplémentaire qui ne me semble pas nécessaire. Par ailleurs, l’obligation d’auditer à intervalles planifiés et proportionnés est prévue au niveau réglementaire. Ensuite, le marché de l’audit en cybersécurité n’a pas, en l’état, la capacité d’absorber une telle demande.

Enfin, la procédure de contrôle prévue par cet amendement ferait doublon avec celle prévue aux articles 29 et 31 et ne présente pas les garanties procédurales associées. Ces articles prévoient déjà que l’Anssi a la capacité, lors d’un contrôle, de réaliser ou de faire réaliser par un organisme indépendant des audits réguliers et ciblés et d’enjoindre à l’entité, en cas de manquement, de prendre les mesures nécessaires. Avis également défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Article 15 Opposabilité à l’ANSSI en cas de contrôle de ma mise en œuvre du référentiel d’exigences techniques et organisationnelles

Amendements CS341, CS342, CS343 de M. Philippe Latombe (discussion commune)

M. le président Philippe Latombe. L’amendement CS341 propose d’inverser la charge de la preuve du respect des objectifs de sécurité et de ne pas la faire reposer sur l’assujetti, conformément à la position d’autres pays européens ayant transposé la directive.

L’inversion de la preuve permet également des gains financiers à la fois pour les entités régulées mais aussi pour l’État lors des opérations de contrôle qui sont de fait simplifiées.

Les amendements CS342 et CS343 sont des amendements de repli.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je vous propose de retirer vos amendements au profit des amendements de réécriture que j’ai déposés avec le rapporteur général.

Les amendements CS342 et CS343 sont retirés.

La commission rejette l’amendement CS341.

Amendements CS344 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Cet amendement propose que le référentiel technique de l’Enisa puisse être utilisé comme référence par les personnes visées à l’alinéa 1 de l’article 14 afin de permettre une meilleure coordination entre les réglementations européennes.

Suivant l’avis de la rapporteure, la commission rejette l’amendement.

Amendements identiques CS530 de M. Éric Bothorel et CS457 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet amendement procède à une réécriture quasi complète de l’article 15 afin de clarifier les conditions dans lesquelles seront reconnues les normes et spécifications techniques, européennes ou internationales permettant aux entités régulées de démontrer leur conformité, partielle ou totale, aux objectifs visés. Il tend par ailleurs à faciliter, pour les entités établies dans plusieurs pays de l’Union européenne, la reconnaissance de leur conformité, partielle ou totale, aux objectifs visés lorsqu’elles appliquent un autre référentiel que celui de l’Anssi.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). La France sera l’un des États les mieux-disants pour l’application de la directive. C’est une très bonne chose. Mais, en présumant la conformité jusqu’à preuve du contraire, ne risque-t-on de mettre nos entreprises en concurrence avec des entreprises hongroises, hollandaises ou polonaises pénétrant notre marché alors que ces pays font une application plus laxiste de la directive ?

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Je ne vois pas comment des acteurs moins-disants pourraient bénéficier d’un label de confiance. Nous sommes dans une logique de simplification et d’efficacité, qui est fortement demandée, et je crois que nous avons trouvé le point d’équilibre ; je ne redoute pas une quelconque menace hongroise ou autre sur notre écosystème.

La commission adopte les amendements ; en conséquence, l’amendement CS346 de Mme Anne Le Hénanff tombe.

Amendement CS345 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Cet amendement vise à ouvrir la discussion sur la reconnaissance de l’équivalence des référentiels publiés par l’Enisa et par les organismes homologues de l’Anssi dans d’autres pays européens, par exemple en Allemagne, en Belgique ou encore en Espagne.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. La rédaction proposée, qui mentionne « tout organisme européen » ne semble pas suffisamment sécurisante. Il serait préférable de la limiter aux autorités compétentes d’autres États membres de l’Union européenne ou aux organismes ayant fait l’objet d’une accréditation par un organisme tel que le Comité français d’accréditation (Cofrac). Par ailleurs, les termes « référentiels et exigences équivalents » ne sont pas suffisamment clairs.

À titre d’exemple, avec votre rédaction, une société de conseil exerçant ses activités au sein de plusieurs États membres de l’Union européenne et qui recommanderait un référentiel reconnu pourrait approuver ces labels de confiance. Avis défavorable.

M. le président Philippe Latombe. Je retire l’amendement pour le retravailler avant la séance.

L’amendement est retiré.

La commission adopte l’article 15 modifié.

Article 16 Exigences de protection cyber supplémentaires pour les OIV et pour les administrations

La commission adopte successivement les amendements rédactionnels CS347, CS348, CS349 et CS350 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendements identiques CS495 de M. Éric Bothorel et CS352 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet amendement vise à corriger une erreur rédactionnelle suite à la reprise textuelle de l’article 14 du projet de loi. En tant qu’établissement public à caractère industriel et commercial, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) n’est en effet pas concerné par les exigences spécifiques fixées par le premier ministre à l’égard des systèmes d’information permettant des échanges d’informations par voie électronique avec le public et d’autres administrations.

Ces exigences ne concernent que les administrations qui sont des entités essentielles ou importantes, les administrations de l’État et leurs établissements publics administratifs qui exercent leurs activités dans les domaines de la sécurité publique, de la défense et de la sécurité nationale, de la répression pénale, ou des missions diplomatiques et consulaires françaises pour leurs réseaux et systèmes d’information, et enfin les juridictions administratives et judiciaires.

La commission adopte les amendements.

Suivant l’avis de la rapporteure, elle adopte l’amendement rédactionnel CS351.

Amendements identiques CS353 de M. Philippe Latombe et CS239 de M. Aurélien Lopez-Liguori

M. le président Philippe Latombe. L’amendement vise à prendre en compte le rôle stratégique des systèmes de détection des menaces en permettant, comme pour les opérateurs d’importance vitale (OIV), la définition d’exigences spécifiques pour ces services et solutions. Il s’agit de prévoir des obligations strictes en matière de notification des incidents pour rendre l’utilisation des systèmes de détection de menaces plus performants.

L’État définira des exigences spécifiques pour les systèmes de détection des menaces, qui pourront être mises en œuvre grâce à la qualification déjà existante de l’Anssi pour les OIV ou au référencement par une fédération professionnelle représentative du secteur.

Lors des débats sur la loi de programmation militaire (LPM), des engagements avaient été pris au banc mais depuis, le corpus de l’Anssi a changé. L’amendement propose de revenir à ces engagements sur les sondes.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). L’encadrement par le texte de l’usage de systèmes de détection pour identifier les cyberattaques – les fameuses boîtes noires – est insuffisant. Or ces systèmes ont une grande importance stratégique. Ils captent des flux, détectent des signaux faibles et peuvent être exploités par des puissances étrangères si on n’y prend pas garde. Lors de la LPM, nous avions adopté des mesures prévoyant des qualifications spécifiques pour ces boîtes et interdisant qu’elles soient soumises à des extraterritorialités.

Des entreprises françaises se sont positionnées pour répondre à ces marchés, mais, en raison de la nouvelle politique de l’Anssi, elles font face à une insécurité juridique.

Nous proposons donc de fixer des exigences : qualifications par l’Anssi, obtention d’un visa de sécurité et recours prioritaire à des solutions européennes. Ce sont des garanties à la fois pour notre souveraineté, mais aussi pour ces entreprises qui ont déjà investi beaucoup d’argent dans des solutions souveraines.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Ces amendements ne transposent pas la directive et imposent une lourdeur significative aux entités concernées, singulièrement les plus petites d’entre elles.

La logique de NIS 2 n’est pas d’imposer les meilleurs standards dès le début, mais au contraire d’adopter une démarche d’accompagnement progressif.

Avis défavorable.

M. le président Philippe Latombe. Ce point fait l’objet de remontées régulières de l’ensemble des entités, pas seulement des entreprises qui fabriquent des sondes mais également des OIV. Ce qui avait été annoncé dans le cadre de la LPM n’a pas été mis en place. Il nous faudra traiter de ce sujet.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). La présence de sondes au cœur de nos réseaux peut créer un risque d’ingérence étrangère. Ne pas en parler dans un texte sur la cybersécurité pose problème.

De plus, nous avions voté des dispositions sur les sondes dans la LPM et des engagements forts avaient été pris. L’Anssi est en train de faire marche arrière. Il nous revient de prendre une décision et je pense que ce texte est le bon véhicule.

La commission rejette les amendements.

Puis elle adopte successivement les amendements rédactionnels CS355 et CS356 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendements CS222 et CS223 de M. Aurélien Lopez-Liguori (discussion commune)

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Le projet de loi permet à l’Anssi de confier des audits stratégiques à des organismes indépendants. Or confier de tels audits à des sociétés extra-européennes, c’est prendre le risque d’exposer nos vulnérabilités à des puissances d’où sont originaires ces entreprises.

La direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a rapporté le cas d’entreprises étrangères qui, au cours d’audits dans des entreprises françaises, ont capté des données et des informations. Les plus grands cabinets d’audit, dits Big Four, tous anglo-saxons, réalisent des audits d’entreprises françaises et il arrive de manière assez fréquente qu’une OPA – offre publique d’achat – agressive soit déclenchée dans les semaines ou les mois qui suivent ces audits. Le problème se pose dans les mêmes termes dans le secteur de la cybersécurité.

Nous proposons donc que les organismes qui feront ces audits aient leur « siège statutaire, administration centrale et principal établissement » en France ou dans l’Union européenne.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Ces sociétés doivent être certifiées par l’Anssi. On ne peut pas la soupçonner de mettre en péril la sécurité des 15 000 entités françaises qui seront auditées. Avis défavorable.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Je ne mets pas en doute les compétences de l’Anssi pour repérer les failles, mais nous ne lui donnons par les armes pour qu’elle traite de l’extraterritorialité et puisse répondre aux ingérences. Nous sommes déjà incapables, ici, de définir la souveraineté numérique ou de définir des règles de la commande publique qui soient protectrices. Or l’Anssi est une autorité qui applique les lois que nous votons. Votre argument me semble donc un peu court.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Imposer un critère de rattachement au seul territoire national pour les organismes indépendants pouvant réaliser des audits serait contraire au principe de la liberté de prestation de services consacré par le Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Je sais bien que vous voudriez vous passer de nombreux traités européens, mais celui-là est encore en vigueur.

Par ailleurs, l’objectif de protection des informations est déjà satisfait. Celles issues des audits des OIV sont classifiées : elles sont soumises au régime de la protection du secret de la défense nationale, dans le cadre de l’IGI (instruction générale interministérielle) 1300, qui impose notamment une procédure d’habilitation pour les auditeurs. Le code de la défense, qui permet d’externaliser les audits des OIV, ne prévoit en revanche aucune restriction en matière de nationalité.

La commission rejette successivement les amendements.

Amendement CS354 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Cet amendement a pour objectif de garantir que la promotion de solutions de cybersécurité certifiées, prévue par l’article 16, ne crée pas d’effets pervers en défavorisant l’écosystème français et européen de l’innovation, notamment les acteurs du logiciel libre et les PME.

Il s’agit, d’abord, de s’assurer que l’évaluation est fondée sur le mérite technique. Les critères doivent être objectifs et fondés uniquement sur la robustesse et la sécurité de la solution, indépendamment du modèle économique – logiciel libre ou propriétaire – ou de la taille du fournisseur.

Il faut également veiller à ce que les barrières à l’entrée soient réduites. Les modalités prévues ne doivent pas constituer un obstacle insurmontable pour les PME ou des structures, telles que les associations et les fondations, qui développent de nombreux projets de logiciels libres, en cohérence avec l’esprit de l’article 16 de la loi pour une République numérique.

Par ailleurs, notre souveraineté numérique doit être renforcée. En garantissant une compétition équitable, nous permettrons aux solutions françaises et européennes les plus performantes, y compris celles issues du logiciel libre, d’obtenir les qualifications nécessaires pour être déployées dans nos infrastructures critiques, ce qui renforcera notre filière technologique.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je sais que cette question est très importante pour vous. Malheureusement, l’amendement surtransposerait la directive NIS 2. Je dois donc émettre un avis défavorable – je suis navrée de le faire aussi souvent.

La commission rejette l’amendement.

Amendements identiques CS357 de M. Philippe Latombe et CS238 de M. Aurélien Lopez-Liguori

M. le président Philippe Latombe. Nous devons garantir le maintien des exigences en matière de sécurité et de confiance pour les systèmes et prestataires de détection des incidents de sécurité concernant les opérateurs d’importance vitale – cet amendement porte, de nouveau, sur les sondes. Il s’agit de revenir aux dispositions prévues dans la LPM, sur lesquelles nous avions obtenu, au banc, des engagements du ministre du numérique de l’époque, mais qui ne sont plus suivies par l’Anssi. Cette question n’est pas directement liée au projet de loi, puisqu’elle ne figure pas dans la directive, mais les sondes sont des éléments très importants en matière de cybersécurité. Elles permettent en effet de détecter les intrusions, les fuites de données ainsi que d’autres problèmes.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet amendement surtransposerait aussi la directive NIS 2 et introduirait vraiment une lourdeur importante. Avis défavorable.

M. le président Philippe Latombe. Il existe un véritable problème en ce qui concerne les sondes, pas simplement pour leurs fabricants européens ou français, mais aussi et surtout pour les OIV, d’abord parce qu’ils ont subi un changement de corpus imposé par l’Anssi depuis quelques mois, et ensuite parce que la présence éventuelle de sondes d’origine extraterritoriale dans leurs systèmes d’information pose des questions en matière de cybersécurité et d’ingérence. Il faudra trouver un véhicule pour régler ce problème : si ce n’est pas ce texte, le gouvernement devra prendre, au banc, l’engagement que le sujet sera traité.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). C’est une question de sécurité nationale. Si les niveaux de qualification pour les sondes, qui se trouvent au tout début de la chaîne de détection, ne sont pas les bons, ce qui risque de se traduire par une non-efficience, et que nous sommes exposés à des ingérences, la situation devient problématique. Ces amendements conduiraient peut-être à une surtransposition et ce n’est pas peut-être le bon lieu pour les examiner, mais il est urgent d’agir. Il n’y a pas d’autre texte disponible ; sauf si vous nous promettez de présenter un texte portant sur les sondes ou une nouvelle LPM dans les prochains mois, nous risquons d’être confrontés à des problèmes de sécurité nationale dans les semaines, les mois ou les années à venir.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Cette question est effectivement importante, mais elle n’a pas sa place dans le présent texte, pour une raison de surtransposition à laquelle nous sommes tous sensibles. Comme nous ne pouvons pas davantage être aveugles ou sourds à ce qui remonte des écosystèmes, le mieux serait d’appeler l’attention du prochain gouvernement, dès qu’il sera nommé, en particulier du ministre chargé de ces questions, sur la nécessité de trouver ensemble les voies et moyens d’une solution dans le cadre du présent texte ou de retrouver dans un texte ultérieur une traduction des engagements pris à l’occasion de la LPM. Nous ne pouvons pas laisser en l’état les éléments actuels, car ce ne serait efficace ni pour notre écosystème ni pour les utilisateurs de ces outils. L’engagement que je prends, en tant que rapporteur général, est d’y travailler dès que nous aurons un ou une ministre. Cela fera partie des points que nous devrons faire remonter et traiter ensemble.

La commission rejette les amendements.

Elle adopte l’article 16 modifié.

Article 16 bis : Empêcher l’intégration de dispositifs techniques visant à affaiblir la sécurité des systèmes d’information et des communications électroniques

Amendement CS494 de M. Éric Bothorel

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Cette partie du projet de loi, attendue par beaucoup, nous fait revenir sur des débats que nous avons déjà eus dans l’hémicycle au sujet d’un autre texte.

Mon amendement tend à réécrire l’article 16 bis, introduit par le Sénat. Politiquement, la question a été purgée, si je puis dire, puisque l’article 8 ter de la proposition de loi visant à sortir la France du piège du narcotrafic n’a finalement pas été retenu. L’Assemblée nationale a tranché en faveur du maintien du chiffrement de bout en bout : elle n’a pas accepté des dispositions de nature à l’affaiblir. Le Sénat a eu des regrets, au point d’utiliser désormais un autre véhicule législatif pour introduire une mesure orthogonale par rapport à celle qu’il avait adoptée en première intention.

Vous connaissez mon combat, de longue date, pour la protection du chiffrement de bout en bout. Je n’ai pas attendu le texte sur le narcotrafic ou celui que nous sommes en train d’examiner pour défendre en public la nécessité de consacrer pleinement le droit au chiffrement de bout en bout, auquel tous les outils de messagerie ont recours. Il est quasiment devenu un standard, et c’est tant mieux parce que cela protège nos échanges. Dans le temps, on protégeait les conversations et les courriers, et il en est de même, d’une manière encore plus efficace, pour les messageries actuelles.

Pour autant, je crois que nous ne pouvons pas en rester à la rédaction proposée par le Sénat. Il est assez baroque d’écrire qu’il faut, pour consacrer un droit, prendre des dispositions afin d’éviter qu’il disparaisse. Je connais peu de cas, dans notre droit, où l’on raisonne ainsi. En l’état, la rédaction est donc perfectible. Je propose de commencer par rappeler que le chiffrement présente un intérêt général majeur. Par ailleurs, si la question politique est derrière nous, un sujet technique reste en suspens. Un certain nombre d’acteurs qui procèdent à des enquêtes nous disent qu’ils font face à des difficultés et qu’il pourrait être nécessaire de se réinterroger demain sur les méthodes et les moyens d’aujourd’hui. Si nous gardions la rédaction adoptée par le Sénat, nous empêcherions les réflexions techniques en cours, qui demandent du temps.

Je fais partie de ceux qui trouvent que le chiffrement de bout en bout est sacré, mais pas suffisamment pour qu’on écarte l’idée que des experts, des spécialistes sur le plan technique, puissent se demander comment préserver le dispositif actuel, pour assurer la protection du plus grand nombre, tout en parvenant, sans altérer les principes, à obtenir des informations sur ceux qui nous nuisent. C’est une telle articulation que je vous propose. Il est important, dans le moment que nous vivons, de ne pas voter à la légère des dispositions qui empêcheraient d’aller plus loin dans les nécessaires réflexions techniques qui sont actuellement menées.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Nous arrivons donc au tant attendu article 16 bis.

J’aurais donné un avis défavorable à l’amendement de suppression de l’article de M. Mazaury si notre collègue avait été là pour le défendre.

Nous avons auditionné les services de renseignement. Ils plébiscitent la possibilité qui pourrait leur être donnée d’utiliser certaines techniques ou en tout cas de se renseigner sur ce point. C’était un moment important : ils ont pu nous expliquer tranquillement leur point de vue. Nous avons également auditionné les industriels, qui ne sont pas favorables, quant à eux, à une telle évolution. Ils estiment, nous ont-ils dit, que cela introduirait une faille dans leurs systèmes, ce qu’ils refusent catégoriquement.

Le président de la commission des lois a créé un groupe de réflexion sur cette thématique, à la suite du psychodrame lié à la proposition de loi dite « narcotrafic ». Le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et la coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (CNRLT) nous ont indiqué qu’ils ont créé un groupe de travail pour identifier des solutions techniques. Ce que vous proposez, monsieur le rapporteur général, c’est de donner une chance à ce travail d’avancer. Je ne suis donc favorable ni à la suppression de l’article 16 bis ni au maintien de sa rédaction actuelle, qui n’est pas complète, est assez fermée et nous contraindrait pour les mois et les années à venir, alors que la menace n’a jamais été aussi prégnante, mais je suis favorable à l’amendement du rapporteur général.

M. le président Philippe Latombe. L’adoption de cet amendement de réécriture ferait tomber les suivants. Comme le sujet a, par ailleurs, fait l’objet de longues discussions lors de l’examen de la proposition de loi concernant le narcotrafic, je propose aux groupes qui le souhaitent de s’exprimer.

M. Denis Masséglia (EPR). Cette question est ô combien importante, puisqu’il s’agit, d’une part, d’assurer la liberté individuelle, qui justifie l’absence d’accessibilité aux échanges grâce à certains outils et, d’autre part, de donner aux enquêteurs la possibilité de faire leur travail. La proposition du rapporteur général est conforme à notre exigence de sécurité et de nature à donner aux enquêteurs la capacité de trouver les personnes qui ne respectent pas la législation. Le groupe Ensemble pour la République est farouchement favorable à la proposition équilibrée qui nous est soumise.

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Cet amendement de réécriture affaiblirait la portée originelle de l’article 16 bis, qui, même s’il n’est peut-être pas parfait du point de vue rédactionnel, va dans le bon sens en étant « fermé », comme l’a dit la rapporteure. Il prend acte de la fin programmable des messageries cryptées si l’on remet en cause leur chiffrement de bout en bout, donc leur mode de fonctionnement, ce qui serait antidémocratique et contraire aux libertés individuelles.

Comme l’avait dit le groupe Insoumis lors de l’examen de la proposition de loi portant sur le narcotrafic, qui a fait l’objet de nombreuses discussions, casser un protocole de chiffrement ou le contourner pose exactement les mêmes problèmes. Le service est contraint de modifier son code et son algorithme ; la vulnérabilité qui est créée peut être utilisée par d’autres acteurs potentiellement malveillants ; cette évolution peut ensuite être étendue à d’autres finalités ; on affaiblit la sécurité générale des infrastructures de réseau, au détriment de tous les utilisateurs.

Nous défendons un renseignement tourné vers les moyens humains, qui manquent, hélas, mais ont fait leurs preuves, et nous pensons qu’il faut assurer la continuité des services chiffrés de bout en bout. Je voterai donc contre cette réécriture au nom du groupe Insoumis, certes un peu seul dans cette salle mais en conscience.

Mme Marie Récalde (SOC). Les arguments du rapporteur général et de la rapporteure peuvent s’entendre, mais nous sommes très attachés aux libertés individuelles, auxquelles nous considérons qu’une atteinte serait portée. Comme vous l’avez dit, monsieur le rapporteur général, le chiffrement est sacré. Nous voterons donc contre cet amendement.

Mme Catherine Hervieu (EcoS). Une lutte historique s’est engagée, depuis les révélations d’Edward Snowden, contre l’installation de backdoors – portes dérobées – sur nos téléphones portables. Il faut aussi que le chiffrement reste un droit fondamental. Tout ce qui pourrait contribuer à le fragiliser ou à l’affaiblir doit être évité. Dans sa rédaction actuelle, l’article 16 bis est un symbole fort, qui montre que nous avons bien tiré les leçons de la surveillance de masse et du capitalisme de surveillance. Nous voterons donc contre l’amendement du rapporteur général.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Nous irons dans le même sens que les derniers orateurs. Le chiffrement de bout en bout est un droit et une nécessité. Nous avons expliqué notre position lors des débats sur la proposition de loi concernant le narcotrafic. Il n’y a pas d’autre solution, à l’heure actuelle, qu’un abaissement du niveau de chiffrement pour intercepter les messages. D’autres solutions existeront peut-être dans cinq ou dix ans, mais nous pourrons alors réécrire la loi. Nous n’avons pas totalement confiance dans la manière dont de prochains gouvernements pourraient utiliser un affaiblissement de l’article 16 bis, que le Sénat a voulu, dans sa grande sagesse, introduire dans le texte.

Mme Marina Ferrari (Dem). Contrairement au rapporteur général, je crains que le débat politique ne soit pas clos, mais c’est précisément pour cette raison que j’irai dans le même sens que lui. Nous sommes tiraillés entre l’obligation impérieuse de protéger le chiffrement de bout en bout, pour des raisons touchant à la fois aux libertés individuelles et à la sécurité, car il ne faudrait pas introduire de nouvelles failles, et le fait que dans la lutte pour assurer la sécurité de la population, notamment face à la grande criminalité, il faut bien qu’on puisse mener des investigations sur les possibilités techniques qui pourraient se présenter. La réécriture de l’article 16 bis qui nous est proposée est intéressante puisqu’elle nous permettrait d’avoir un échange, peut-être dans le cadre de la navette parlementaire, puis un rapport. Il faudrait veiller à ce que le travail prévu soit effectivement mené et qu’il en sorte un rapport au terme du délai de douze mois, mais l’équilibre proposé par cet amendement mérite d’être exploré.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS224 de M. Aurélien Lopez-Liguori

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Le présent article, ajouté par les sénateurs, vise à protéger les communications électroniques contre toute tentative d’affaiblissement des dispositifs de sécurité. C’est une nécessité, mais le terme « chiffrement » qui a été retenu est peut-être trop restrictif puisqu’il ne couvre que la confidentialité des échanges. La cybersécurité repose sur un socle beaucoup plus large : l’intégrité des données, l’authentification des utilisateurs et la non-répudiation des échanges, qui relèvent d’un domaine plus global, et reconnu en droit, la cryptographie. Notre amendement vise ainsi à remplacer « chiffrement » par « cryptographie », terme qu’on trouve déjà dans le code de la défense, dans la loi de 2004 pour la confiance dans l’économie numérique et dans le règlement européen sur l’identification électronique dit eIDAS. Nous devons, dans un souci de clarté, utiliser le bon terme.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cette substitution ne me semble pas opportune : le terme « chiffrement » convient davantage. Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS358 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Cet amendement tend à élargir le champ de l’article 16 bis pour inclure, au-delà des outils techniques tels que les portes dérobées et les clés maîtresses, certaines pratiques, comme la création d’un accès non consenti aux données protégées et la mise en place d’un protocole de remise systématique de copies des clés privées, qui auraient, in fine, le même effet.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cette précision est très utile. Au-delà des outils techniques, il faut prendre en considération la question des pratiques. Avis favorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Défavorable.

La commission adopte l’amendement.

M. Paul Midy (EPR). Il est important de protéger la vie privée, mais aussi la vie en général, en donnant à nos services de sécurité les moyens de faire leur job. Je pense qu’il est nécessaire et possible de faire les deux. La rédaction proposée par le rapporteur général était très bonne : elle permettrait d’avancer sur ce sujet, en trouvant les moyens à utiliser. Il faut donc continuer le travail, car rien ne paraît définitif dans cette assemblée.

La commission adopte l’article 16 bis modifié.

Article 17 : Obligation de notification à l’ANSSI des incidents importants

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS359 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendement CS362 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Les alinéas 3 et 4 de l’article 17 prévoient que chaque incident, qu’il ait causé ou non une perturbation opérationnelle ou des dommages matériels, corporels ou moraux, fait l’objet d’une notification à l’Anssi. Si la volonté de couvrir l’ensemble des incidents importants peut tout à fait s’entendre, les modalités de leur prise en compte restent éloignées des réalités rencontrées sur le terrain par les entités importantes ou essentielles en cas de crise cyber. Les incidents déclenchent automatiquement une réponse opérationnelle, conformément aux procédures internes en vigueur, dont la priorité est le rétablissement du service. Faute d’être en mesure d’apprécier précisément l’impact opérationnel d’un incident à l’aide d’une méthodologie adaptée, les entités concernées ne sont pas capables de savoir si ce dernier est susceptible d’entrer dans la catégorie des incidents importants ni d’anticiper d’éventuelles conséquences ou dommages pour les tiers. En ce sens, la rédaction des alinéas 3 et 4 est trop large, manque de proportionnalité et fait peser un risque juridique sur les entités régulées. Il conviendrait plutôt de cantonner les notifications aux incidents pour lesquels l’impact opérationnel est incontestable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Les alinéas 3 et 4 de l’article 17 reprennent strictement la définition prévue à l’article 23 de la directive NIS 2. Le changement proposé, qui réduirait le champ des incidents notifiés à l’Anssi, constituerait une sous-transposition de la directive. Il est en outre primordial que l’Anssi ait une vision aussi complète que possible de la menace. Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS361 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Tout incident entraîne des pertes financières, allant de quelques centaines à plusieurs dizaines de millions d’euros. Il est souhaitable de qualifier ces pertes comme importantes ou significatives, afin de limiter le nombre de déclarations.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. C’est une précision utile. Avis favorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. J’ai une autre lecture : cet amendement conduirait à une surtransposition. L’alinéa 3 du présent article reprend strictement ce que demande l’article 23 de la directive. Avis défavorable.

La commission adopte l’amendement.

Amendement CS363 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet amendement vise à assurer une articulation claire entre le droit national et les exigences européennes en matière de cybersécurité s’agissant de la qualification des incidents importants. Pour les entités exerçant des activités dans les secteurs critiques et hautement critiques définis aux annexes I et II de la directive NIS 2, l’évaluation des incidents doit se faire sur la base du cadre, détaillé et normé, prévu par un règlement d’exécution qui va bien au-delà des critères généraux mentionnés aux alinéas 2 à 4 du présent article et offre une méthodologie claire et harmonisée pour l’ensemble des États membres.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. L’amendement est satisfait puisque notre intention est bien de faire référence à ce règlement. Toutefois, en le figeant dans notre droit, nous prendrions le risque de devoir y revenir à la moindre modification du texte, alors qu’aucune ambiguïté n’existe quant à son application. C’est pourquoi je vous invite à le retirer ; à défaut, j’émets un avis défavorable.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je souhaite le maintenir.

La commission rejette l’amendement.

Puis elle adopte l’amendement rédactionnel CS365 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

L’amendement CS225 de M. Aurélien Lopez-Liguori est retiré.

Amendement CS153 de Mme Marina Ferrari

Mme Marina Ferrari (Dem). Il vise à préciser que la notification est adressée à l’Anssi.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. J’y suis défavorable car la notification ne se fait pas à l’Anssi mais aux entités. J’ai d’ailleurs déposé un amendement en ce sens.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Votre amendement ne permet pas de transposer de manière satisfaisante l’article 23 de la directive NIS 2, qui prévoit que les incidents importants et les vulnérabilités critiques visés aux alinéas 14 et 15 soient notifiés par les entités assujetties aux destinataires de leurs services et non à l’autorité nationale. Il y a donc une erreur de compréhension de la logique de l’article. C’est pourquoi je vous invite à retirer votre amendement ; à défaut, j’émets un avis défavorable.

En revanche, vous avez identifié un point d’ambiguïté qui gagnerait à être corrigé soit par un amendement de la rapporteure, soit en séance, afin de clarifier le texte.

L’amendement est retiré.

Amendements identiques CS496 de M. Éric Bothorel et CS368 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Mon amendement vise à reprendre la rédaction du point 2 de l’article 23 de la directive NIS 2 qui régit les obligations des États membres et des entités en matière d’information aux destinataires des services lorsque l’entité essentielle ou importante constate qu’une vulnérabilité critique est susceptible de les affecter.

L’objectif est de clarifier les informations devant leur être communiquées en s’alignant sur le point 2 de l’article précité, qui en limite le champ aux mesures et aux corrections que ces destinataires peuvent appliquer et, le cas échéant, aux informations relatives à la vulnérabilité elle-même.

L’amendement vise également à préciser la rédaction du texte actuel qui n’indique pas à qui sont notifiés les incidents importants et les vulnérabilités critiques.

M. le président Philippe Latombe. Je précise que si ces amendements sont adoptés, ils feront tomber les trois amendements identiques suivants. Leurs auteurs souhaitent-ils prendre la parole ?

Mme Sabine Thillaye (Dem). Mon amendement vise à harmoniser la directive et la loi de transposition en matière de vulnérabilité, en substituant au terme « critique » le mot « importante ».

M. Denis Masséglia (EPR). L’objectif est de rester le plus proche possible du texte de base : mieux vaut éviter les surtranspositions, qui mettent toujours en difficulté les personnes concernées.

M. le président Philippe Latombe. J’ai en effet déposé l’amendement CS370 car je considère que la rédaction actuelle s’apparente à une surtransposition ; il me semble préférable de rester fidèle à la directive.

La commission adopte les amendements identiques CS496 et CS368.

En conséquence, les amendements identiques CS370, CS21 et CS35 tombent.

La commission adopte les amendements rédactionnels CS371 et CS372 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendement CS373 de M. Philippe Labombe

M. le président Philippe Latombe. Comme le souligne l’alinéa 14, un incident important peut avoir des conséquences graves, ce qui justifie que les autorités compétentes du secteur d’activité concerné, et éventuellement la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), en soient informées, afin de prendre les mesures nécessaires.

Selon le principe « dites-le nous une fois », et afin que l’entité victime de l’incident important se concentre sur son traitement, l’autorité nationale de sécurité des systèmes d’information, première destinataire de la notification, doit en assurer la transmission aux administrations ou aux autorités concernées. L’entité victime sera réputée avoir rempli les obligations légales de notification propres à son activité en communiquant l’incident à un guichet unique, opéré par l’autorité nationale de sécurité des systèmes d’information.

Comme cela a été évoqué à de nombreuses reprises lors des auditions, il s’agit de disposer d’un guichet unique qui permette aux entités soumises à la fois à NIS 2, au règlement sur la résilience opérationnelle numérique du secteur financier, dit Dora, et à l’obligation de déclaration à la Cnil dans le cadre des pertes de données personnelles, de disposer d’un seul formulaire de déclaration qui soit adressé à l’ensemble des autorités compétentes.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je comprends l’idée, mais je ne pense pas que la rédaction retenue soit satisfaisante. Ce sujet important mérite que nous y travaillons encore, en vue de la séance publique. Avis défavorable.

M. le président Philippe Latombe. Je comprends votre intention d’y réfléchir de façon plus approfondie. Cependant, si nous n’acceptons aucune modification dans le cadre de la commission, nous n’aurons pas forcément l’occasion d’y revenir en séance. C’est pourquoi, même si sa rédaction vous semble imparfaite, je souhaite maintenir mon amendement pour inscrire dans la loi le principe du guichet unique, en espérant que nous disposerons, d’ici à la séance, de l’expertise des services sur ce sujet. Ce faisant, nous aurons au moins répondu aux nombreuses demandes exprimées lors des auditions.

La commission rejette l’amendement.

La commission adopte les amendements rédactionnels CS374 et CS375 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

La commission adopte l’article 17 modifié.

La réunion est suspendue de vingt-trois heures cinq à vingt-trois heures dix.

Section 3

Enregistrement des noms de domaine

Article 18 : Détermination des critères territoriaux pour l’application aux offices et aux bureaux d’enregistrement des noms de domaine

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS376 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Puis, elle adopte l’article 18 modifié.

Article 19 : Obligation pour les offices et les bureaux d’enregistrement des noms de domaine de mettre en place une base de données

Amendements identiques CS476 de M. Éric Bothorel, CS80 de M. Denis Masséglia, CS111 de M. René Pilato et CS188 de Mme Marie Récalde

M. Denis Masséglia (EPR). L’amendement vise, une fois de plus, à garantir la transposition effective de la directive NIS 2.

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Notre amendement permet de s’assurer que l’ensemble des informations relatives au titulaire du nom de domaine sont effectivement collectées par les bureaux et les offices d’enregistrement, même lorsque celui-ci recourt à des services tiers pour effectuer ses démarches.

En effet, certains titulaires ont recours à des services pour anonymiser leurs données, ce qui rend plus difficile, voire impossible, d’intenter des actions en justice contre eux le cas échéant. De nombreux acteurs dont les droits pourraient être bafoués par des entités numériques peu scrupuleuses – je pense aux droits d’auteur, aux droits des consommateurs – seraient ainsi privés du droit à un recours effectif. Cet amendement, élaboré en collaboration avec la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP), vise à éviter ces situations, d’autant plus que l’article 28 de la directive NIS 2 prévoit la collecte des informations « du point de contact qui gère le nom de domaine, si ces coordonnées sont différentes de celles du titulaire ».

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Ces amendements identiques semblent relever du domaine réglementaire. Néanmoins, je m’en remets à la sagesse de la commission.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. J’y suis, pour ma part, très favorable.

La commission adopte les amendements identiques.

Amendements identiques CS497 de M. Éric Bothorel et CS377 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Le projet de loi emploie, en lieu et place des termes « entités fournissant des services d’enregistrement de noms de domaine » utilisés dans la directive, ceux de « bureaux d’enregistrement » utilisés dans le code des postes et des communications électroniques. Cet amendement vise donc, en conformité avec la directive, à appliquer aux agents agissant pour le compte des bureaux d’enregistrement les obligations en matière de protection des données prévues à l’alinéa 2 de l’article 19 du projet de loi.

La commission adopte les amendements.

L’amendement CS498 de M. Éric Bothorel, rapporteur général, est retiré.

Amendements identiques CS102 de M. Antoine Villedieu et CS378 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il vise à clarifier le fait que les procédures de vérification des données n’ont pas pour objectif de s’assurer de leur exactitude au moment de leur collecte. En effet, les offices et les bureaux d’enregistrement n’ont pas les capacités d’effectuer une telle vérification au moment même de la collecte pour l’ensemble des noms de domaine. Cette précision a été demandée par les acteurs du domaine lors des auditions.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Sagesse.

La commission adopte les amendements identiques.

Amendements identiques CS81 de M. Denis Masséglia et CS112 de M. René Pilato

M. Denis Masséglia (EPR). Cet amendement vise à préciser la liste des données relatives à l’enregistrement des noms de domaine devant être récupérées par les bureaux et les offices d’enregistrement dans le cadre de leur mission. Cette liste doit reprendre, au minimum, les données mentionnées au point 2 de l’article 28 de la directive NIS 2, en y ajoutant les adresses postales des titulaires et des points de contact du nom de domaine.

À défaut, le décret d’application devra indiquer la nécessité de collecter l’adresse postale des titulaires et des points de contact.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Comme précédemment, il me semble que ces amendements relèvent du domaine réglementaire. Sagesse.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. La liste des données collectées par les offices et les bureaux d’enregistrement, ainsi que par les agents agissant pour le compte de ces derniers, ne relève pas du domaine de la loi, conformément à l’article 34 de la Constitution. Ces données seront précisées au niveau réglementaire. Avis défavorable.

La commission rejette les amendements identiques.

Puis elle adopte l’amendement rédactionnel CS379 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendements identiques CS82 de M. Denis Masséglia et CS113 de M. René Pilato

M. Denis Masséglia (EPR). Cet amendement important vise à spécifier le contenu du décret afférent à l’article 19, qui devra préciser les procédures de vérification des données d’enregistrement des noms de domaine menées par les bureaux et les offices d’enregistrement.

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Élaboré en collaboration avec la SCPP, notre amendement vise à préciser les conditions d’enregistrement des noms de domaine par les offices et les bureaux d’enregistrement qui seront fixées, en vertu de l’article 19, par un décret qui précisera la liste des données devant être collectées. L’objectif est de garantir l’application de l’article 28 de la directive NIS 2, en imposant que le décret prévoie aussi les procédures de vérification. En effet, afin de mieux garantir la traçabilité des titulaires des noms de domaine, la directive NIS 2 propose aux pays membres de mettre en œuvre des procédures de vérification, pour corriger, d’une part, les données inexactes et pour faciliter, d’autre part, la transparence.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Le point 3 de l’article 28 de la directive dispose que les États membres exigent que les offices, les bureaux et les agents agissant pour les bureaux, aient mis en place des politiques et des procédures, notamment des procédures de vérification des données d’enregistrement. Dès lors, détailler au niveau réglementaire les modalités de vérification des données collectées, alors même que la directive ne prévoit aucune modalité précise et laisse le soin aux entités de les définir, présenterait un risque élevé de mauvaise transposition. Pour cette raison, je suis défavorable aux amendements.

La commission adopte les amendements identiques.

Puis elle adopte l’article 19 modifié.

Article 20 : Durée de conservation des données collectées par les offices et les bureaux d’enregistrement des noms de domaine

Amendements identiques CS499 de M. Éric Bothorel et CS380 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Le projet de loi emploie, en lieu et place des termes « entités fournissant des services d’enregistrement de noms de domaine » utilisés dans la directive, ceux de « bureaux d’enregistrement » utilisés dans le code des postes et des communications électroniques. Cet amendement vise, en conformité avec la directive, à appliquer aux agents agissant pour le compte des bureaux d’enregistrement les obligations prévues à l’article 20 du projet de loi portant sur la durée de conservation des données relatives à chaque nom de domaine.

La commission adopte les amendements identiques.

Amendement CS56 de M. René Pilato

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Cet amendement vise à protéger les données collectées en sécurisant leur sauvegarde et en limitant leur usage aux seuls besoins spécifiques des procédures pénales et des enquêtes en cybersécurité. La conservation étendue des données permet d’éviter que des preuves essentielles soient détruites prématurément, ce qui pourrait compromettre la poursuite des infractions graves liées au cybercrime ou à d’autres formes de délinquance numérique.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. La durée de sauvegarde de dix ans me paraît excessive. Par ailleurs, cette disposition surtranspose la directive NIS 2. Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Puis elle adopte l’article 20 modifié.

Article 21 : Obligation de publication des données d’enregistrement d’un nom de domaine

Amendements identiques CS500 de M. Éric Bothorel et CS381 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Comme pour l’amendement CS380, cet amendement vise, en conformité avec la directive, à appliquer aux agents agissant pour le compte des bureaux d’enregistrement l’obligation de publication des données d’enregistrement qui n’ont pas de caractère personnel, prévue à l’article 21 du projet de loi.

La commission adopte les amendements identiques.

Puis elle adopte l’article 21 modifié.

Article 22 : Obligation de communiquer les données collectées par les offices et les bureaux d’enregistrement à l’autorité judiciaire et à l’ANSSI pour les besoins des procédures pénales ou de la sécurité des systèmes d’information

Amendement CS383 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Le présent amendement élargit le champ des demandeurs d’accès légitimes aux agents assermentés expressément habilités par la loi, notamment en matière de propriété intellectuelle, de protection de l’enfance ou des consommateurs, ainsi qu’aux commissaires de justice, en plus de l’Anssi et des forces publiques d’enquête. Cette clarification sécurise les conditions d’accès, aligne le droit national sur le cadre européen et garantit l’effectivité du droit d’accès aux données des noms de domaine pour lutter contre les usages frauduleux ou illicites, sans imposer de charge disproportionnée aux offices d’enregistrement.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. L’amendement tel qu’il est rédigé élargit le champ des demandeurs d’accès à toute personne habilitée par la loi et fait donc peser un risque d’élargissement inconsidéré, sans besoins identifiés. J’ajoute que la demande initiale sera satisfaite par les amendements identiques CS12, CS15, CS88 et CS168, qui seront examinés ultérieurement, en ce qui concerne la lutte contre la contrefaçon. Demande de retrait ou, à défaut, avis défavorable.

L’amendement est retiré.

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS382 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendements identiques CS501 de M. Éric Bothorel et CS384 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Comme précédemment, l’amendement vise à appliquer aux agents agissant pour le compte des bureaux d’enregistrement les obligations prévues à l’article 22 du projet de loi.

La commission adopte les amendements identiques.

Amendement CS88 de M. Denis Masséglia

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet amendement me semble surtransposer la directive. Néanmoins, dans le doute, je m’en remets à la sagesse de la commission.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Lors de l’examen de l’amendement CS383 de la rapporteure, j’ai répondu que les propositions formulées par cet amendement étaient de nature à lutter efficacement contre les contrefaçons. Je confirme donc ma position et émets un avis favorable.

La commission adopte l’amendement.

Puis elle adopte les amendements rédactionnels CS385 et CS386 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

La commission adopte l’article 22 modifié.

Section 4

Coopération et échanges d’informations

Article 23 : Dérogation aux secrets protégés par la loi pour la communication d’informations en matière de cybersécurité entre l’ANSSI et ses interlocuteurs

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS387 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendement CS227 de M. Aurélien Lopez-Liguori

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Cet amendement répond également aux interrogations de Mme Le Hénanff. En effet, le texte prévoit de protéger les intérêts commerciaux des entités lors des échanges d’informations avec l’Anssi. Toutefois, cette notion d’intérêts commerciaux est floue et juridiquement fragile. C’est pourquoi nous proposons de la remplacer par « les secrets protégés par la loi », ce qui recouvrira les secrets des affaires, les secrets industriels ou commerciaux et ceux liés à la défense nationale, notion juridique plus solide, reconnue et déjà encadrée par la loi.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je partage votre analyse. Cependant, je vous propose de retirer votre amendement au profit du mien, le CS388, qui me semble plus équilibré, puisqu’il supprime la mention des intérêts commerciaux.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. J’en demande également le retrait parce que la référence aux secrets protégés par la loi irait à l’encontre des objectifs recherchés par les échanges d’informations autorisés par ce même article et serait contraire aux dispositions de son premier alinéa. Par conséquent, l’amendement rendrait ces dispositions inopérantes.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS388 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Sur le même sujet, cet amendement est destiné à éviter l’introduction d’une notion dont les contours ne sont pas déterminés en droit français, lequel connaît en revanche celle de secret des affaires. L’objectif étant que le partage d’informations puisse avoir lieu entre les autorités compétentes s’il est nécessaire à l’exercice des missions qui leur sont confiées par les textes, les garanties de confidentialité et de partage limité à ce qui est justifié figurent dans le texte et sont de nature à répondre aux prescriptions de la directive NIS 2.

La commission adopte l’amendement.

Amendement CS228 de M. Aurélien Lopez-Liguori

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Les échanges d’information entre l’Anssi, la Cnil, la Commission européenne ou les CSIRT – centres de réponse aux incidents de sécurité informatique – concernent de nouvelles données, ultrasensibles, qui ne doivent pas transiter par des solutions soumises à des règles extraterritoriales. Or nous ne disposons pas encore de solutions permettant d’effectuer de tels échanges. C’est pourquoi il est nécessaire de préciser dans la loi qu’ils doivent être effectués dans des conditions garantissant l’immunité face aux lois extraterritoriales.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Avis défavorable puisqu’il s’agit d’une surtransposition.

La commission rejette l’amendement.

Puis elle adopte l’article 23 modifié.

Article 24 : Agrément par l’ANSSI d’organismes publics ou privés en tant que relais dans la prévention et la gestion des incidents cyber

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS389 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendement CS55 de M. Arnaud Saint-Martin

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Cet amendement vise à s’assurer que les échanges d’informations couvertes par le secret soient limités au strict minimum et proportionnés à l’objectif du partage, afin d’assurer la meilleure protection possible des données qui en relèvent.

Cette précision légistique – qui reprend des dispositions déjà intégrées par voie d’amendement au Sénat à l’article 23 – est d’autant plus nécessaire que nous assistons depuis de nombreuses années à une fragilisation de certains secrets protégés par la loi, comme celui de l’instruction, au nom d’un intérêt supposé supérieur qui justifierait de déroger aux principes les plus fondamentaux – dans le cas présent, la lutte contre la cybermenace. Dans ce contexte, et puisque le paragraphe 13 de la directive NIS 2 prévoit une dérogation aux secrets protégés par la législation nationale dès lors que l’échange d’informations est nécessaire à l’application de la directive, nous souhaitons encadrer au maximum cette possibilité en prévoyant que l’échange soit limité au strict nécessaire et proportionné au but recherché.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Votre amendement me semble déjà satisfait. Néanmoins, je ne m’y oppose pas fondamentalement. Sagesse.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Je suis plus sévère. L’amendement est, en effet, déjà satisfait compte tenu de l’approche proportionnée des dispositions du projet de loi, qui prévoit déjà des garanties tant pour le respect de la législation protégeant le secret que pour les intérêts économiques des entités, par exemple à l’article 17, alinéa 17, ou le secret professionnel auquel les agents et les personnels sont astreints dans les conditions prévues à l’article 226-13 du code pénal, à l’article 27. Il importe que, dans le cadre spécifique de la réponse à un incident, ces dispositions ne soient pas interprétées comme faisant obstacle à la transmission d’informations pourtant nécessaires et proportionnées. Je demande donc le retrait de l’amendement. À défaut, avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS191 de Mme Marie Récalde

Mme Marie Récalde (SOC). Il vise à prévoir que les relais désignés par l’Anssi, dans le cadre des articles relatifs à l’accompagnement des entités, puissent, sous condition d’agrément, assurer la délivrance du label de confiance attestant de la mise en œuvre par les entités importantes et les entités essentielles mentionnées aux articles 8 et 9 des mesures de sécurité prévues par décret en application de la présente loi, et ayant pour objet de reconnaître le respect effectif des exigences techniques, organisationnelles et opérationnelles permettant d’assurer un niveau élevé de cybersécurité.

Cette disposition pourra notamment permettre aux campus cyber régionaux et aux CSIRT territoriaux qui choisiront l’agrément d’affirmer leur rôle de tiers de confiance dans les territoires, en complément de leurs missions existantes de sensibilisation, de soutien opérationnel et d’accompagnement à la mise en conformité des entités publiques et privées. Ce label deviendra ainsi un outil structurant au service des écosystèmes régionaux de cybersécurité.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il est opportun que le label, même sous condition d’agrément, ne soit pas étendu au-delà de l’Anssi. Par ailleurs, la directive ne prévoit pas cette possibilité. Avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Je profite de cette occasion pour souligner le rôle important des CSIRT et des campus cyber régionaux, dans lesquels nous avons tous des amis et des contacts qui y travaillent au quotidien.

Avis défavorable toutefois. Inscrire dans la loi la possibilité pour les CSIRT relais de délivrer un label de confiance ne semble pas utile, parce que leur mission relève du niveau réglementaire et qu’en l’état, rien ne les empêche de se faire accréditer à cette fin comme organismes de contrôle par le Cofrac.

La commission rejette l’amendement.

Elle adopte l’article 24 modifié.

Après l’article 24

Amendement CS391 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise à transposer les dispositions de l’article 29 de la directive NIS 2, qui prévoit l’existence d’accords de partage d’informations en matière de cybersécurité, permettant aux entités essentielles, aux entités importantes et à leurs prestataires en matière de cybersécurité d’échanger des informations détaillées et opérationnelles sur les menaces cyber, afin de mieux y faire face.

Les considérants 119 et 120 de la directive rappellent l’importance de ce dispositif : « le partage d’informations contribue à accroître la sensibilisation aux cybermenaces, laquelle renforce à son tour la capacité des entités à empêcher les menaces de se concrétiser en incidents réels et leur permet de mieux contenir les effets des incidents et de se rétablir plus efficacement. […] Il est donc nécessaire de permettre l’émergence, au niveau de l’Union, d’accords de partage volontaire d’informations en matière de cybersécurité. »

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je propose le retrait de l’amendement en vue d’un travail de réécriture avec l’ensemble des parties prenantes d’ici à la séance publique. À défaut, avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. La rédaction de l’article est en effet problématique, notamment parce qu’elle procède à des qualifications juridiques qui n’ont pas vocation à être prévues par la loi, comme le traitement de données à caractère personnel considérées comme nécessaires à des intérêts légitimes. Sont également problématiques l’établissement d’une liste non limitative de catégories de données à caractère personnel, qui ne constitue pas une garantie, et l’absence de dispositions concernant les catégories particulières de données à caractère personnel de l’article 9 du RGPD, soit pour en exclure le traitement soit pour l’encadrer. Même avis que la rapporteure.

M. le président Philippe Latombe. Je maintiens l’amendement en espérant qu’il sera adopté et qu’une rédaction sera élaborée en vue de son examen en séance publique. Je ne voudrais pas qu’il soit oublié d’ici là.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS390 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il s’agit de s’assurer que les entités essentielles et importantes puissent être destinataires des informations concernant les menaces et qu’elles-mêmes puissent partager des informations relatives à une menace, par exemple une adresse IP, sans que l’on puisse leur opposer une autre réglementation, comme le RGPD.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Même avis que pour l’amendement précédent : avis défavorable ou demande de retrait pour la réécriture de l’amendement en vue de la séance.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Dans l’hypothèse d’une réécriture, je proposerai quelques éléments car, sur le fond, l’amendement prévoit des communications ou informations utiles. Toutefois, en l’état de sa rédaction, il est problématique en ce qu’il énonce que des données pourraient être « réputées respecter les législations relatives à la protection des données ». Ce respect ne peut pas être « réputé » au seul motif qu’il est envisagé par une disposition législative. Il est, en toute hypothèse, nécessaire que la communication de données personnelles soit justifiée par une finalité déterminée, explicite et légitime, et qu’elle reste proportionnée au regard de cette finalité. Même avis, donc, que Mme la rapporteure.

La commission rejette l’amendement.

Chapitre III

De la supervision

Article 25 : Prescription par l’ANSSI de mesures nécessaires en cas de cybermenaces

Amendements identiques CS502 de M. Éric Bothorel et CS392 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il s’agit d’étendre aux agents agissant pour le compte des bureaux d’enregistrement les dispositions de l’article 25, en cohérence avec l’intégration des bureaux d’enregistrement au sein de cet article. Cette intégration se justifie par ailleurs par le besoin opérationnel de l’Anssi pour éviter un incident ou y remédier.

La commission adopte les amendements.

Elle adopte l’article 25 modifié.

Section 1

Recherche et constatation des manquements

Article 26 A : (art. L. 103 du code des postes et des communications électroniques) Services de coffre-fort numérique

Amendements identiques CS503 de M. Éric Bothorel et CS394 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet amendement tend à supprimer la certification par l’Anssi des services de coffre-fort numérique

La commission adopte les amendements et l’article est ainsi rédigé.

En conséquence, l’amendement CS393 tombe.

Article 26 : Habilitation des agents de plusieurs organismes à rechercher et constater les manquements et infractions en matière de cybersécurité

Amendement CS54 de M. René Pilato

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Il vise à empêcher les organismes indépendants de mener des missions de contrôle. En effet, l’article 26 permet à l’Anssi de faire appel à des « organismes indépendants » dont les agents seraient habilités à de telles missions. Or le contrôle exercé est particulièrement intrusif – il permet notamment d’accéder à des données sensibles et personnelles, et le secret professionnel n’est pas opposable. Le recours à de tels organismes pose donc des problèmes d’indépendance et d’ingérence, et complique l’action publique, ce qui est quasiment un non-sens pour le « gouvernement de la simplification ». En effet, l’Anssi doit régulièrement contrôler les organismes indépendants et les données auxquelles ils ont accès. Le recours aux prestataires privés ne peut être une solution viable lorsque des enjeux d’indépendance et de souveraineté sont concernés. Au lieu de multiplier les organismes indépendants, nous proposons de simplifier l’action publique en donnant davantage de moyens à l’Anssi, afin qu’elle puisse remplir l’ensemble de ses missions et effectuer l’ensemble des contrôles.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il ne me semble ni opportun ni réaliste de faire peser une telle charge de travail sur l’Anssi, qui sait par ailleurs faire preuve de discernement quant au choix des prestataires et organismes indépendants. Je fais le choix de la confiance, qui est en outre le choix le plus rationnel. Avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Il faut mesurer les risques réels que comporte l’alinéa 7, qui me paraissent à la mesure du risque d’indépendance et d’ingérence évoqué par notre collègue. En effet, comme l’a précisé le directeur général de l’Anssi lors de son audition, cette agence privilégiera le recours à des prestataires qualifiés qui apportent des garanties d’indépendance. Dans les faits, les personnes concernées présenteront donc toutes les garanties nécessaires.

Le pouvoir de contrôle reste par ailleurs à l’autorité nationale, ces acteurs prêtant leur concours à ces contrôles. La constatation des manquements appartiendra aux seuls agents de l’Anssi.

L’amendement soulève, enfin, un enjeu d’opérationnalité : interdire à l’autorité nationale de s’appuyer sur ces organismes limiterait fortement sa capacité à contrôler, compte tenu de ses effectifs.

Même avis, donc, que Mme la rapporteure.

La commission rejette l’amendement.

Amendements identiques CS505 de M. Éric Bothorel et CS395 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. La certification des services de coffre-fort numérique ayant été abrogée par l’article 26 A du projet de loi, cet amendement de cohérence vise à supprimer corrélativement la compétence de l’Anssi à contrôler le respect de cette certification.

La commission adopte les amendements.

Amendements identiques CS504 de M. Éric Bothorel et CS396 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet amendement de cohérence vise à permettre de soumettre au contrôle de l’Anssi les OIV qui ne sont pas déjà soumis à son contrôle en tant qu’entité essentielle ou importante. En effet, la rédaction actuelle de l’article 26 ne couvre que les OIV des secteurs prévus par la directive NIS 2 et la directive sur la résilience des entités critiques, dite REC, alors que les OIV hors du champ des directives relèvent uniquement de l’article L. 1332-11 du code de la défense, portant les obligations qui leur sont applicables.

La commission adopte les amendements.

Amendements identiques CS506 de M. Éric Bothorel et CS397 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il a pour objectif d’appliquer le règlement sur la cyber-résilience (CRA) visant à imposer des exigences de cybersécurité aux fournisseurs de produits numériques accessibles sur le marché unique, qui entrera prochainement en vigueur en droit national.

La commission adopte les amendements.

Elle adopte l’amendement rédactionnel CS398 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendement CS399 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise à compléter l’article 26 par l’alinéa suivant : « Un décret en Conseil d’État fixe les critères de délégation des audits par l’autorité nationale de sécurité des systèmes d’information à un organisme indépendant qu’elle aura désigné et les circonstances susceptibles d’exonérer l’entité contrôlée du coût du contrôle. » Afin de rendre plus lisible l’action de l’Anssi et de limiter les litiges, il importe de clarifier les conditions de choix des opérateurs des contrôles, ainsi que les raisons qui pourraient permettre d’exonérer les entités contrôlées du coût du contrôle.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il me semble satisfait par l’alinéa 7 de l’article 26, qui prévoit déjà une habilitation des agents et personnels des organismes indépendants ou experts.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Il est même doublement satisfait parce que l’article 30 prévoit que les modalités d’application sont précisées par décret en Conseil d’État. En outre, l’autorité nationale reste responsable du contrôle et n’en déléguera pas la responsabilité, l’organisme indépendant lui prêtant, le cas échéant, son concours dans cette mission. Même avis que Mme la rapporteure.

L’amendement est retiré.

La commission adopte l’article 26 modifié.

Article 27 : Droits et obligations des agents chargés d’un contrôle de l’ANSSI et de la personne contrôlée

Amendements identiques CS27 de M. Denis Masséglia et CS30 de Mme Sabine Thillaye

M. Denis Masséglia (EPR). L’article 27 du projet de loi confère aux agents de l’Anssi la faculté, lors de contrôles, d’accéder aux systèmes d’information et aux données d’une entité, sans que celle-ci puisse invoquer le secret des affaires. Une telle prérogative touche pourtant des éléments sensibles, essentiels à la compétitivité et à la stratégie des entreprises. Il apparaît donc indispensable d’encadrer davantage ce droit d’accès afin de préserver la confidentialité des informations commerciales les plus critiques. L’amendement vise ainsi à introduire un critère de nécessité pour mieux apprécier et objectiver la légalité des demandes d’accès et offrir un niveau renforcé de sécurité juridique.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Ces amendements me semblent satisfaits. Je ne partage pas l’idée qu’il y ait un risque de ce point de vue et qu’il soit donc nécessaire d’encadrer davantage le droit d’accès, notamment des agents de l’Anssi, aux données. Avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. L’introduction d’un critère de nécessité permet d’apporter des garanties entourant les mesures de supervision et d’exécution. Avis très favorable.

La commission adopte les amendements.

Amendement CS400 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il tend à supprimer de l’alinéa 6 la mention « qui doit comporter les questions auxquelles il est répondu ». En effet, imposer lors d’un contrôle la rédaction des questions auxquelles les entités doivent répondre correspond, dans les faits, à une exigence prévue dans le cadre des procédures pénales et non en contrôle de nature administrative. Cette exigence est, en outre, source de complexité, voire irréaliste, tant pour les contrôleurs que pour l’entité contrôlée compte tenu du déroulement pratique d’un contrôle en matière de systèmes d’information, où les demandes et échanges se succèdent. L’entité peut par ailleurs, en tout état de cause, faire des observations dans le procès-verbal. La lecture du procès-verbal est aussi prévue en procédure pénale et introduit une exigence inutile dans la loi.

La commission adopte l’amendement.

Amendement CS507 de M. Éric Bothorel

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Il tend à compléter les prérogatives des agents et personnels chargés des contrôles des entités assujetties en ouvrant la possibilité de prélever des échantillons de produits.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Sagesse.

La commission adopte l’amendement.

Amendement CS52 de M. René Pilato

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet amendement me semble déjà satisfait. Par ailleurs, la mention : « sans délai à partir du moment où il est constaté qu’ils ne sont plus nécessaires à l’instruction » me semble très contraignante. Avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. S’agissant de la suppression de tout document collecté à l’issue de l’instruction, cette proposition n’est pas compatible avec l’ensemble de la procédure de supervision. En effet, la conservation des éléments de preuve de nature à établir les manquements est nécessaire non seulement pour mener la procédure de supervision à son terme devant la commission des sanctions, mais également en cas de contentieux contestant les mesures d’exécution que l’Anssi est susceptible de prendre lors de l’instruction. Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS53 de M. Arnaud Saint-Martin

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Il vise à inscrire dans la loi qu’aucun document qui relève du secret professionnel ne pourra être copié ou retranscrit par les agents, qui seront ainsi limités à leur seule consultation, nécessaire pour permettre un contrôle effectif de la cybersécurité d’un organisme.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. La loi encadrant déjà ces situations, l’amendement est satisfait. Avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. La plupart des documents détenus par les entités et pouvant être demandés lors d’un contrôle sont susceptibles, en tout ou partie, de contenir des informations relevant du secret professionnel. La restriction proposée risque d’entraver, voire d’empêcher, le déroulement du contrôle et de l’instruction, qui visent justement à évaluer, notamment sur pièces, l’existence ou non de manquements. En outre, certains contrôles ont lieu sur pièces, et non sur place. Enfin, les agents et personnels chargés du contrôle sont eux-mêmes soumis au secret professionnel pour les faits, actes ou renseignements dont ils ont connaissance en raison de leurs fonctions, ce qui offre la garantie de préservation du secret professionnel entrant dans le périmètre du contrôle. Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Elle adopte l’article 27 modifié.

3. Réunion du mercredi 10 septembre 2025, à 14 heures

La commission spéciale a poursuivi l’examen du projet de loi, adopté par le Sénat après engagement de la procédure accélérée, relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité (n° 1112) (M. Éric Bothorel, rapporteur général, Mme Catherine Hervieu, Mme Anne Le Hénanff, M. Mickaël Bouloux, rapporteurs).

Article 28 : Devoir de coopération de la personne contrôlée et amende administrative en cas d’obstacle à un contrôle

Amendements CS156 de Mme Marina Ferrari et CS229 de M. Aurélien Lopez-Liguori (discussion commune)

Mme Marina Ferrari (Dem). Élaboré avec le Medef, mon amendement vise à rendre la sanction plus proportionnée.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). L’article 28 prévoit que l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) inflige une amende administrative aux entités qui ne coopéreraient pas ou qui fourniraient des informations inexactes ou incomplètes. Cependant, dans sa rédaction actuelle, il ne fait pas de distinction entre une obstruction volontaire et une erreur de bonne foi, alors même que celle-ci serait plausible de la part des nouveaux assujettis à la directive NIS 2 (Network and Information Security) – les démarches administratives sont parfois très complexes, en particulier pour les petites entités. Ainsi, les petites collectivités locales qui commettraient des omissions involontaires par méconnaissance risquent la même sanction qu’un acteur qui aurait délibérément cherché à tromper les autorités. Cela va à l’encontre du principe fondamental de proportionnalité des sanctions figurant dans le droit français, mais aussi de l’article 34 de la directive NIS 2, exigeant des mesures effectives, proportionnées et dissuasives.

Cet amendement introduit une clarification simple : la sanction ne doit s’appliquer qu’en cas de manquement volontaire.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Avis favorable à l’amendement CS156, qui apporte une précision opportune en reconnaissant le droit à l’erreur, auquel je suis attachée. Je suis en revanche défavorable à l’amendement CS229, qui me semble moins bien rédigé.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. La commission des sanctions prévue dans le présent projet de loi tient déjà compte du caractère intentionnel des fautes, prise en considération qui a été renforcée par un amendement sénatorial. Pour les deux amendements, demande de retrait ou avis défavorable.

La commission rejette successivement les amendements CS156 et CS229.

Amendements identiques CS16 de M. Denis Masséglia et CS154 de Mme Marina Ferrari

M. Denis Masséglia (EPR). L’article 28 prévoit que l’entité contrôlée coopère avec l’Anssi, tout manquement étant passible d’une amende administrative. Toutefois, en matière de sanctions, le texte n’établit pas de distinction entre entités essentielles et entités importantes, contrairement à la directive NIS 2.

Cet amendement vise à préciser les différentes sanctions en fonction des catégories d’entités, afin que la transposition soit aussi fidèle que possible à la directive NIS 2. C’est en effet en homogénéisant les transpositions de directives que nous pourrons accompagner nos entreprises dans leur développement dans tous les pays de l’Union européenne.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Ces amendements s’inscrivent dans la logique de la directive NIS 2 et sont mieux rédigés que l’alinéa. Avis favorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Je m’en remets à la sagesse des membres de la commission.

La commission adopte les amendements.

En conséquence, l’amendement CS402 de Mme Le Hénanff, rapporteure, tombe.

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS403 de Mme Le Hénanff, rapporteure.

Amendement CS172 de Mme Sabrina Sebaihi

Mme Sabrina Sebaihi (EcoS). Il vise à ne pas imposer de sanctions financières aux collectivités locales. C’est à elles plutôt qu’aux grandes entreprises que le texte demande un effort financier, alors même que leurs budgets ont connu d’importantes coupes ces dernières années. Il faut au contraire les accompagner dans leurs investissements en matière de cybersécurité.

Dans une logique de responsabilité et de justice, nous proposons de remplacer les sanctions financières par des outils plus efficaces, comme la publicité des injonctions, l’accompagnement et la formation. Il s’agit de mettre les élus face à leurs responsabilités, sans pénaliser ni fragiliser les services publics.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. L’équilibre trouvé au Sénat s’agissant des collectivités me semble bon. Avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Ce débat est légitime, notamment à la lumière de l’éclairage apporté par le Conseil d’État au point 9 de son avis. Nous l’aurons à nouveau en séance publique à propos d’un amendement de M. le président.

Avis défavorable également.

La commission rejette l’amendement.

Elle adopte l’article 28 modifié.

Article 29 : Forme et prise en charge financière des contrôles

La commission adopte successivement les amendements rédactionnels CS404 et CS405 de Mme Le Hénanff, rapporteure.

Amendements CS34 de Mme Sabine Thillaye et CS230 de M. Aurélien Lopez-Liguori (discussion commune)

Mme Sabine Thillaye (Dem). L’article 29 prévoit que l’Anssi peut déléguer l’exécution des contrôles à des organismes indépendants. Compte tenu du caractère très sensible des données récoltées à cette occasion, mon amendement vise à préciser que le siège social de ces organismes doit se situer dans un État membre de l’Union européenne.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Mon amendement est un peu plus précis, puisqu’il porte non pas sur le siège social, mais sur le siège statutaire, l’administration centrale et l’établissement principal d’une entreprise qui procéderait aux audits.

Que l’Anssi puisse déléguer des contrôles à des organismes indépendants est une bonne chose. Toutefois, contrôler la cybersécurité d’une entité importante ou essentielle n’est pas un acte banal : cela donne accès à des points sensibles de nos infrastructures vitales ; cela conduit à manipuler des informations classifiées ; cela met au jour des vulnérabilités que nos adversaires rêveraient de connaître.

Nous ne pouvons accepter que de tels contrôles soient confiés à des acteurs étrangers, potentiellement soumis à des législations extraterritoriales ou à des intérêts extérieurs ; nous serions inconscients de le laisser faire. La cybersécurité doit rester dans le domaine régalien et ne pas être déléguée à des puissances étrangères, en particulier s’agissant d’opérateurs d’importance vitale (OIV) : il s’agit d’une ligne rouge. Les contrôles ne doivent être effectués que par des organismes à tout le moins européens, uniquement soumis au droit européen.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Nous avons déjà eu ce débat hier soir et je n’ai pas changé d’avis : ces amendements visent à surtransposer la directive NIS 2.

Il importe que les organismes indépendants soient certifiés par l’Anssi, qu’on ne peut soupçonner de vouloir mettre en danger la sécurité nationale et la souveraineté. Avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Je partage cet avis. Une préférence européenne ou, en tout cas, un privilège européen est souhaitable, mais le présent texte n’a pas vocation à créer une norme, qui serait source d’insécurité pour les entreprises. Une telle initiative doit être lancée au niveau européen.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). L’Anssi est une autorité administrative, qui applique le droit français ; elle ne dispose pas de moyens de protéger le pays contre l’extraterritorialité, sauf si nous les lui fournissons.

Quant à la sécurité de nos entreprises, elle n’est pas menacée puisque l’audit est diligenté par l’Anssi. Mais parce que celle-ci sera contrainte, pour différentes raisons, de recourir à des cabinets d’audit, nous souhaitons empêcher que ces derniers soient extra-européens. Une telle mesure contribuera à créer des emplois européens tout en protégeant nos entreprises.

La surtransposition est critiquable uniquement lorsqu’elle pose des problèmes de concurrence ou de simplification.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je souscris à votre analyse, mais le véhicule législatif n’est pas le bon. Nous devrons très probablement travailler sur cet enjeu, mais pas dans le cadre de cette transposition.

La commission rejette successivement les amendements.

Amendement CS231 de M. Aurélien Lopez-Liguori

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Il s’agit d’un amendement de repli, visant à donner aux entreprises elles-mêmes les moyens de se prémunir contre l’intervention de cabinets d’audit extra-européens : elles auraient la possibilité d’utiliser une sorte de droit de veto pour refuser qu’une entreprise américaine ou canadienne contrôle leurs systèmes d’information.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Avis défavorable, pour les mêmes raisons que celles exposées précédemment.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. L’Anssi est une autorité administrative, certes, mais c’est bien une autorité : elle désignera les organismes habilités à effectuer des audits de sécurité sur la base d’une liste d’entités de confiance avec lesquelles elle travaille depuis plusieurs années. On peut se fier à elle pour les audits d’entités particulièrement sensibles, comme les OIV ; elle sera en mesure de prévenir tout risque de compromission ou d’ingérence étrangère, sans qu’il soit nécessaire de l’inscrire dans ce texte.

Dès que des informations classifiées sont concernées, les règles de l’instruction générale interministérielle (IGI) n° 1300 sur la protection du secret de la défense nationale (PSDN) s’appliquent. Ces garanties sont suffisantes pour protéger les informations confidentielles auxquelles les organismes chargés des audits pourraient accéder. Avis défavorable.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). J’entends votre position consistant à dire que l’Anssi a toutes les compétences pour nous défendre de l’extraterritorialité et des ingérences, mais elle n’a pas nécessairement les outils suffisants.

Allons plus loin : l’Anssi a-t-elle empêché l’État français de solliciter Microsoft pour développer le Health Data Hub, alors que le risque d’ingérence était connu ? A-t-elle empêché l’avant-dernier gouvernement de passer un contrat de plus de 250 millions d’euros avec l’entreprise canadienne CGI pour procéder à des audits de cybersécurité et mener des formations dans les ministères ? Non.

Pourquoi l’Anssi n’a-t-elle rien fait ? Parce qu’elle ne dispose pas des outils lui permettant d’agir. Les lui octroyer relèverait certes d’une démarche de surtransposition, mais nous ne disposons pas d’un autre véhicule législatif. Nous ne savons pas quand nous aurons l’occasion de reparler de cybersécurité, alors que la situation est urgente : nous sommes confrontés à des enjeux de souveraineté, de résilience et d’indépendance. Le temps nous manque et en tant que législateur, nous devons saisir toutes les occasions ; ce texte en est une.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS173 de Mme Sabrina Sebaihi

Mme Sabrina Sebaihi (EcoS). Il vise à exonérer les collectivités du financement des audits. On leur demande de faire davantage avec des moyens de plus en plus contraints, mais c’est à ceux qui rendent ces audits obligatoires de les financer.

Il serait préférable d’augmenter les dotations aux collectivités pour leur permettre de financer ces audits, plutôt que de les étrangler financièrement en les y contraignant.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je répète que, s’agissant des collectivités territoriales, l’équilibre trouvé au Sénat est le bon ; il n’y a pas de raison de les exempter du financement des audits.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS459 de Mme Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il vise à laisser les entités mentionnées à l’article 14 du texte choisir les prestataires de services certifiés, qualifiés ou agréés ou les organismes indépendants sur la base d’une liste élaborée par l’Anssi.

Cette demande a été régulièrement formulée lors des auditions, pour différentes raisons – il n’est pas toujours souhaitable qu’une société en audite une autre. Il me semble nécessaire de permettre aux entités contrôlées de choisir entre différents auditeurs, notamment pour des raisons de confidentialité.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Demande de retrait ou avis défavorable.

Le recours à des dispositifs matériels ou logiciels ou à des prestataires de services certifiés, qualifiés ou agréés, ainsi que la présomption de leur conformité, figurent à l’article 16 du présent texte. Les audits de sécurité réguliers réalisés par des organismes indépendants sont déjà concernés. Ces exigences spécifiques sont applicables aux OIV en ce qui concerne leurs systèmes d’information d’importance vitale et aux administrations en ce qui concerne leurs systèmes d’information permettant des échanges d’informations par voie électronique avec le public et d’autres administrations, soumis au référentiel général de sécurité (RGS) des systèmes d’information.

Le dispositif de cet amendement, qui vise les entités mentionnées à l’article 14, ne semble donc pas opérant et ne correspond pas au besoin exprimé dans l’exposé des motifs du projet de loi.

En outre, l’Anssi publie déjà sur son site internet une liste de prestataires de services qualifiés. Cependant, puisque l’on peut considérer que cette publication ne satisfait pas le besoin exprimé, nous pourrons travailler à une meilleure rédaction du texte d’ici à son examen en séance publique.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. J’entends votre proposition d’amélioration rédactionnelle, mais je tiens à ce que les personnes auditionnées sachent que leur avis a été pris en considération. Je maintiens mon amendement.

La commission adopte l’amendement.

Elle adopte l’article 29 modifié.

Article 30 : Modalités d’application des dispositions relatives aux prérogatives de l’Anssi en matière de recherche et de constatation des manquements

Amendement CS406 de M. Philippe Latombe

M. Philippe Latombe, président. Il s’agit d’un amendement d’appel.

Depuis les déclarations de la ministre chargée du numérique et du directeur général de l’Anssi lors de leurs auditions par les commissions spéciales du Sénat ou de l’Assemblée, le délai de trois ans semble faire consensus, mais aucune trace écrite n’en existe à ce jour. Le projet de loi ne prévoit pas de date limite pour la mise en conformité, ni pour l’application des contrôles et des sanctions potentielles.

L’Anssi a indiqué qu’elle laisserait aux entités le temps de se mettre en conformité avant d’engager les procédures de contrôle et d’appliquer les sanctions. Afin d’assurer une lisibilité et de permettre une certaine progressivité de la mise en conformité tout en encourageant les entités à ne pas attendre le dernier moment pour remplir leurs obligations, il est nécessaire de fixer un calendrier d’application échelonnée et différenciée des mesures de contrôle, tenant compte du niveau de préparation des entités concernées et du niveau de priorité des exigences de mise en conformité.

Cet amendement fait écho à une discussion que nous avons eue hier : des engagements qui avaient été pris au banc par le ministre lors de l’examen de la loi de programmation militaire (LPM) ont été modifiés a posteriori. Il est donc nécessaire que le législateur fasse figurer dans le projet de loi ce qui a été dit lors des auditions et qui constitue la base de notre accord.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. L’établissement d’un calendrier me semble trop contraignant : il ne me semble pas opportun de figer une procédure dans la loi. L’Anssi et les entités concernées sont capables de travailler en bonne intelligence. Avis défavorable.

M. Philippe Latombe, président. Je maintiens cet amendement. S’il n’est pas adopté, je le déposerai pour l’examen du texte en séance publique, afin que nous ayons un engagement ferme du futur ministre du numérique.

La commission rejette l’amendement.

Amendement CS232 de M. Aurélien Lopez-Liguori

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Il vise à simplifier l’écosystème cyber. La Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) et l’Anssi disposent toutes deux de compétences de contrôle pouvant porter sur les mêmes entités, susceptibles de conduire à des doublons de procédure et à une charge administrative excessive ; leurs appréciations peuvent être différentes, voire contradictoires : la situation est non seulement inefficace, mais peut être dangereuse. À l’heure où les cyberattaques exigent une réponse rapide et coordonnée, nous ne pouvons pas nous permettre de tels chevauchements bureaucratiques. Nous proposons de prévoir une coordination explicite entre la Cnil et l’Anssi, notamment pour organiser des contrôles conjoints, alternés ou séquencés, dans le respect des compétences propres de chaque autorité. La cybersécurité exige de l’unité, pas de la dispersion. Nos autorités doivent avoir les moyens d’agir ensemble et efficacement, au service de la sécurité nationale.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. La précision relative aux modalités de coordination avec la Cnil ne me semble pas indispensable. Le directeur de l’Anssi a précisé, lors de son audition, qu’en cas d’absence de respect du RGPD (règlement général sur la protection des données) clairement constatée lors d’un audit ou d’un contrôle, l’Anssi saisirait la Cnil. Avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Si tel n’est pas toujours le cas, il est un point sur lequel je suis d’accord avec M. de Courson : l’usage du mot « notamment » dans le droit n’est pas utile. Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Elle adopte l’article 30 non modifié.

Section 2

Mesures consécutives aux contrôles

Article 31 : Ouverture d’une procédure à l’encontre de la personne contrôlée

Amendements identiques CS508 de M. Éric Bothorel et CS407 de Mme Anne Le Hénanff, amendement CS155 de Mme Marina Ferrari (discussion commune)

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Mon amendement est un amendement de clarification. L’alinéa 1er de l’article 31 doit prévoir des conditions de déclenchement de la phase d’instruction compatibles avec la réalité opérationnelle des contrôles. Si tel est effectivement le cas lorsque, de manière évidente, les mesures de contrôle ont révélé un manquement, cela doit également être possible lorsque le constat de certains faits est susceptible de révéler un manquement qui n’est pas encore qualifié ou pleinement établi au moment de l’ouverture de l’instruction. Dans certaines hypothèses, la qualification d’un manquement nécessitera des mesures d’instruction approfondies, assorties, le cas échéant, de mesures de contrôle complémentaires. La phase d’instruction permettra ainsi la qualification de certains faits compte tenu des réglementations mentionnées à l’article 26, pour déterminer si des manquements peuvent être identifiés. Il ne faut donc pas limiter l’ouverture de la phase d’instruction aux manquements constatés et qualifiés dans le cadre des mesures de contrôle.

Mme Marina Ferrari (Dem). L’amendement CS155 vise à supprimer les mots « ou une suspicion de manquement », qui ne figurent pas dans la directive NIS 2 et afin de garantir le droit à l’erreur.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. J’ai échangé avec l’Anssi sur ce point : il est indispensable de conserver les mots « ou une suspicion de manquement », car il est souvent difficile d’établir avec certitude l’existence d’un manquement. En leur absence, de très nombreux cas où la suspicion est caractérisée ne seraient pas soumis à l’Anssi, au seul motif qu’elle n’a pas été en mesure de la caractériser de manière formelle. Avis défavorable.

L’amendement CS155 est retiré.

La commission adopte les autres amendements.

Amendement CS408 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet amendement de clarification vise à préciser que les astreintes seront prononcées par l’autorité nationale de sécurité des systèmes d’information.

La commission adopte l’amendement.

Elle adopte l’article 31 modifié.

Article 32 : Mesures d’exécution

La commission maintient la suppression de l’article 32.

Article 33 : Saisine par l’Anssi de la commission des sanctions

Amendement CS233 de M. Aurélien Lopez-Liguori

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). L’article 33 permet la saisine de la commission des sanctions sans préciser que la personne contrôlée en est informée. Or, dans toute procédure administrative et disciplinaire, cette information constitue une garantie élémentaire qui permet à la personne visée de mieux préparer sa défense, d’apporter ses observations et de collaborer de manière constructive. Sans cette précision, nous risquons d’introduire une insécurité juridique : les sanctions seront susceptibles d’être contestées sur la forme faute de respect du principe du contradictoire.

Le présent amendement vise à inscrire noir sur blanc le caractère obligatoire de l’information préalable. L’objectif n’est pas d’alourdir la procédure mais de la rendre plus robuste, transparente et légitime.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet ajout me semble pertinent. Avis favorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. La saisine de la commission des sanctions faisant toujours suite à la notification des griefs, l’article 33 n’a pas besoin de prévoir explicitement l’information de la personne concernée par la procédure de sanction : cet amendement est satisfait. Avis défavorable.

La commission rejette l’amendement.

Amendements identiques CS509 de M. Éric Bothorel et CS410 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. L’amendement CS410 apporte des modifications de coordination. Il tend, à titre principal, à tirer les conséquences de précédents amendements qui excluent du champ de la directive NIS 2 les personnes morales dont les activités sont visées à l’article L. 1332-2 du code de la défense, tout en garantissant qu’elles font l’objet d’un niveau d’exigence équivalent. Il permet ainsi de soumettre ces personnes aux mesures consécutives à un contrôle prévues à l’article 33.

Il vise également à remplacer la notion d’entité par celle de personne concernée, dans la mesure où les personnes morales précitées, n’ayant pas la qualité d’entité essentielle ou importante, ne sauraient donc être considérées comme des entités au sens de la directive.

Enfin, cet amendement vise à simplifier la rédaction de l’alinéa 3 de l’article 33 en supprimant la mention des articles 8 et 10.

La commission adopte les amendements.

Elle adopte l’amendement rédactionnel CS409 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

La commission adopte l’article 33 modifié.

Après l’article 33

Amendements identiques CS510 de M. Éric Bothorel et CS185 de M. Vincent Thiébaut

M. Vincent Thiébaut (HOR). L’amendement CS185 vise à sécuriser juridiquement la dématérialisation des actes établis par les agents et personnels compétents. Cette mesure de bon sens prévoit l’utilisation d’une signature électronique unique et sécurisée, conforme aux standards techniques : elle assurera la valeur probante des actes, quels que soient le nombre de pages ou de signataires. L’objectif est de moderniser et simplifier les procédures administratives, conformément à l’exigence de sobriété normative.

Suivant l’avis de la rapporteure, la commission adopte les amendements.

Article 34 : Modalités d’application des dispositions relatives à la procédure pouvant être engagée par l’Anssi à l’encontre de la personne contrôlée

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS411 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

La commission adopte l’article 34 modifié.

Section 3

Des sanctions

Article 35 : Compétence de la commission des sanctions

La commission adopte l’article 35 non modifié.

Article 36 : Composition de la commission des sanctions

Amendement CS412 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. L’objectif est de s’assurer que la sanction éventuelle prend en compte, d’une part, l’impact des manquements de l’entité visée à ses obligations sur ses clients, ses fournisseurs ou son écosystème et, d’autre part, les enjeux stratégiques – notamment l’intelligence économique –, économiques, technologiques ou sociaux liés à l’entité. L’expertise sectorielle d’un représentant du ministère en charge du secteur d’activité de l’entité visée complétera les expertises techniques et juridiques des autres membres de la commission des sanctions.

Suivant l’avis de la rapporteure, la commission rejette l’amendement.

Amendements identiques CS511 de M. Éric Bothorel, CS415 de Mme Anne Le Hénanff et CS157 de Mme Marina Ferrari

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il s’agit d’aligner, par cohérence, les conditions et garanties quant à la nomination des personnalités qualifiées sur celles prévues pour la composition de la commission des sanctions mentionnée au titre Ier.

Il s’agit également de ne pas limiter la possibilité de recourir à des personnes dont la compétence en matière cyber est avérée afin d’éclairer la décision de la commission des sanctions. Un mécanisme de déport permettrait, lorsque le dossier l’impose, de prévenir le risque de conflit d’intérêts, à l’instar de ce qui existe dans d’autres instances prononçant des sanctions. Il serait donc disproportionné de prévoir des incompatibilités conduisant à se priver de potentiels candidats au profil intéressant.

La commission adopte les amendements.

En conséquence, l’amendement CS158 de Mme Marina Ferrari et les amendements CS413 et CS414 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure, tombent.

L’amendement CS159 de Mme Marina Ferrari est retiré.

La commission adopte l’article 36 modifié.

Article 37 : Sanctions en cas de manquements aux obligations en matière de cybersécurité

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS416 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendements identiques CS515 de M. Éric Bothorel et CS418 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Mon amendement a pour objet de tirer les conséquences de précédents amendements qui soumettent aux obligations des articles 14 et 17 les personnes morales que leurs activités visées à l’article L. 1332-2 du code de la défense privent de la qualité d’entité essentielle ou importante : il les soumet également au dispositif de sanction prévu à l’article 37.

Il vise par ailleurs à remplacer la notion d’entité importante ou essentielle par la celle de personne concernée, dans la mesure où les personnes morales visées, n’ayant pas la qualité d’entité essentielle ou importante, ne sauraient dès lors être considérées comme des entités au sens de la directive.

La commission adopte les amendements.

Amendements CS234 de M. Aurélien Lopez-Liguori et CS28 de Mme Sabine Thillaye (discussion commune)

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). C’est une question de justice : l’amendement CS234 vise à remédier à l’asymétrie selon laquelle le secteur public – dont les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics administratifs – serait exclu du régime de sanctions administratives applicable aux autres secteurs. Un opérateur privé dans le domaine de la gestion de l’eau ou des déchets serait susceptible d’être sanctionné d’une amende en cas de manquement à la directive NIS 2, tandis qu’une régie municipale exploitant les mêmes services essentiels y échapperait totalement. Ainsi, France Travail ne serait pas sanctionnée en cas de perte de données similaire à celle qui a eu lieu il y a quelques mois.

Or une cyberattaque ne fait pas de distinction selon qu’un service d’eau potable est fourni par une entreprise privée ou par une collectivité : les risques pour les Français sont identiques. Le Conseil d’État a lui-même relevé cette incohérence, en rappelant que la directive européenne NIS 2 prévoit des sanctions « effectives, proportionnées et dissuasives » pour toutes les entités concernées, publiques ou privées. Exonérer les collectivités de sanctions exposerait la France à un double risque, juridique – au niveau européen, alors que vous ne cessez d’affirmer depuis le début de l’examen du texte qu’il s’agit de nous soumettre à nos obligations à cet égard – et opérationnel, en affaiblissant l’efficacité de l’ensemble du dispositif de résilience. En l’absence de sanction ou d’un mécanisme d’effet équivalent, comment garantir que les collectivités se mettront en conformité avec leurs obligations ? Comment s’assurer que les services essentiels qu’elles gèrent sont protégés avec le même sérieux que ceux relevant d’acteurs privés ?

Mme Sabine Thillaye (Dem). Dans le cadre de l’application de la directive NIS 2, le projet de loi soustrait au régime des sanctions administratives les administrations de l’État et ses établissements publics administratifs, ainsi que les collectivités territoriales. Le Conseil d’État estime qu’une telle différence de traitement avec les opérateurs privés n’est pas justifiée, même si le gouvernement dispose à leur égard d’autres moyens que ces amendes pour garantir le respect de leurs obligations. Il ne faut pas laisser de faille dans le système.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Avis défavorable. On ne peut pas mettre sur le même plan une entreprise privée, à but lucratif – pour son dirigeant, la pire des sanctions est financière – et les collectivités, qui œuvrent pour l’intérêt général et le service public – même si elles créent des entités à statut spécifique dont il faudra peut-être que nous nous demandions, avec l’Anssi, comment les sanctionner à l’avenir.

Je travaille depuis dix ans sur la cybersécurité dans les collectivités locales. Dans un contexte politique où les maires sont submergés d’obligations, de contraintes, de réglementations et de contrôles, où leurs qualités et leurs compétences sont mises en doute, une sanction financière serait extrêmement mal vécue. Pour un maire, la pire des sanctions n’est pas financière – intégrée au budget, elle passe presque inaperçue –, mais une mauvaise réputation liée à la publication de son manquement à ses obligations en matière de protection des données, créant un risque pour l’élection suivante. Une sanction financière serait inutile et créerait des tensions avec les collectivités territoriales.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Avis défavorable, pour des raisons différentes. Les attaquants ne se feront pas de nœuds au cerveau pour distinguer ceux qui ont du pognon de ceux qui exercent une mission de service public – il suffit pour s’en convaincre de voir les conditions d’utilisation du rançongiciel Lockbit. L’utilité sanitaire d’un hôpital ou la mission de service public d’une collectivité ne dissuadera pas de les attaquer ! Conformons-nous aux observations formulées par le Conseil d’État au point 9 de son avis sur le projet de loi. Je vous invite à retirer vos amendements au profit de celui qui sera défendu plus tard par le président : il introduira une graduation, évitant ainsi un pur parallélisme des formes entre les entreprises privées et le secteur public.

Mme Sabine Thillaye (Dem). La commission des sanctions procède à une évaluation et n’est pas obligée d’appliquer une sanction. Si je comprends vos arguments, madame la rapporteure, le sujet n’est pas suffisamment pris au sérieux par les collectivités. Il est nécessaire de pouvoir disposer d’au moins un instrument.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Il s’agit d’un amendement d’appel. La sanction financière n’est pas forcément la bonne solution, a fortiori pour les collectivités territoriales. Réfléchissons, d’ici la séance, à votre idée, monsieur le rapporteur général, par exemple une obligation de communication dans la presse locale. Si les collectivités sont les plus nombreuses à être concernées, il ne faut pas oublier les agences de l’État – ou les ministères –, pour lesquelles il faudra trouver une solution : elles ne procèdent pas de l’élection et se fichent de la communication comme de l’amende, qui ne sera pas payée avec leur argent.

Mme Sabrina Sebaihi (EcoS). Le département des Hauts-de-Seine a subi une cyberattaque le 19 mai dernier et des dizaines de dossiers de la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) ont disparu des serveurs ; cela signifie que les familles n’ont plus de notification, qu’il faut tout reprendre de zéro. Au-delà du coût financier – qui peut être absorbé, comme vous l’avez dit, madame la rapporteure –, il faut aussi tenir compte du coût humain et social d’une telle situation.

L’essentiel est donc d’accompagner les collectivités en matière de sécurité pour éviter qu’elles subissent ce genre d’attaques, au lieu de vouloir les sanctionner alors qu’elles sont déjà très sensibilisées et décidées à protéger les données de leurs usagers – elles prennent très au sérieux les enjeux de sécurité.

Nous voterons donc contre les amendements.

Mme Marina Ferrari (Dem). Il se trouve que, dans mes anciennes fonctions au gouvernement, j’ai été à l’origine de l’exonération de la sphère publique du dispositif de sanctions. J’ai fait cet arbitrage pour plusieurs raisons. D’abord, et cela a été exprimé dans l’avis du Conseil d’État, il semblait compliqué d’estimer l’assiette sur laquelle porterait l’amende, puisqu’il est difficile d’évaluer le chiffre d’affaires d’une collectivité – si certaines disposent d’une régie lorsqu’elles sont opératrices de l’eau notamment, ce n’est pas le cas de toutes.

Ensuite, j’entends l’argument concernant les agences de l’État, mais on ne parle là que d’opérations comptables : on donne de l’argent d’un côté et on le reprend de l’autre par le biais d’une d’amende – c’est un peu baroque ! C’est comme les indemnisations accordées aux agriculteurs : on les aide d’un côté et on fiscalise de l’autre.

Enfin, je rappelle que si la directive NIS 2 permet aux États membres de soumettre les collectivités aux sanctions, la décision relève d’un choix politique. À l’époque, le choix du gouvernement avait été de ne pas assujettir les collectivités aux sanctions.

En revanche, je comprends la nécessité de trouver un aiguillon pour inciter les collectivités à s’engager et à aller plus vite ; la menace réputationnelle en est un – même si j’admets qu’elle affectera moins les agences de l’État.

Nous verrons si la rédaction proposée dans l’amendement du président nous convient, mais il faudra sans doute y retravailler d’ici à la séance.

La réunion est brièvement suspendue.

Les amendements CS234 et CS28 sont retirés.

Amendements identiques CS516 de M. Éric Bothorel et CS417 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Nous faisons tous le même constat : si le Conseil d’État a considéré que nous ne pouvions pas exonérer de sanctions financières la totalité des collectivités territoriales et des agences de l’État, il n’en reste pas moins qu’il sera difficile, comme l’a souligné Mme Ferrari, d’en déterminer l’assiette.

C’est pourquoi je propose de supprimer aux alinéas 2 et 3 de l’article les mots « collectivités territoriales », « groupements » et « établissements publics administratifs » et d’insérer un nouvel alinéa ainsi rédigé : « En cas de manquement aux obligations prévues au présent titre, la commission des sanctions enjoint aux collectivités territoriales de mettre en place un plan de remédiation dans un délai d’une semaine » – nous pourrons bien sûr discuter de ce délai – « à compter de la constatation du manquement. Si le plan de remédiation n’a pas été mis en place, la commission des sanctions peut prononcer à l’encontre de la collectivité territoriale une amende administrative dont le montant, proportionné à la gravité du manquement, ne peut excéder 10 millions d’euros ».

Cet amendement permet de répondre aux remarques du Conseil d’État s’agissant de la constitutionnalité du dispositif et d’établir une graduation, en prévoyant dans un premier temps un plan de remédiation, avant une éventuelle sanction si celui-ci n’est pas instauré. De plus, la sanction financière est proportionnée à la gravité. Cette rédaction me semble concilier vos observations concernant les collectivités territoriales et notre obligation juridique de suivre l’avis du Conseil d’État.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Je crois en ce mécanisme, car il permet une graduation de la sanction et tient compte des spécificités des collectivités.

Vous avez souligné, madame la rapporteure, que la sanction ultime pour les élus était réputationnelle, mais c’est vrai aussi pour les entreprises privées : il ne faut pas croire que, lorsqu’elles sont victimes de leaks, elles sont insensibles aux conséquences, lesquelles peuvent être bien plus dramatiques. Je pense à Camaïeu, dont le site web a été attaqué et rendu indisponible pendant plusieurs jours ; sans qu’aucune corrélation ait été formellement établie, la perte de chiffre d’affaires liée à l’indisponibilité du site marchand correspondait, peu ou prou, au montant demandé quelques mois plus tard pour assurer le plan de continuité de l’entreprise, laquelle a dû licencier plusieurs centaines de salariés – nous en connaissons tous, pour avoir fréquenté les boutiques de l’enseigne. Les conséquences ne sont donc pas réductibles à l’aspect financier pour les entreprises non plus.

De ce point de vue, la proposition du président me semble convenir et répondre aux attentes du Conseil d’État. Vous avez dit, madame Sebaihi, que les collectivités attaquées n’avaient pas besoin d’être, en plus, sanctionnées. Or le mécanisme proposé par le président vise non pas à sanctionner toutes les collectivités, mais seulement celles qui auraient commis des erreurs en matière de protection des données. Cette possibilité existe déjà dans notre droit depuis longtemps : l’administration est responsable en cas de dommages liés à des travaux publics. On pourrait imaginer, à l’extrême, qu’une cyberattaque soit de nature à nuire à des infrastructures publiques ou à des travaux publics ; dans ce cas, la collectivité serait condamnable et condamnée, ce que personne ici ne conteste. Par conséquent, le fait de placer les collectivités devant leurs responsabilités dans des cas de cyberattaque ou de cybermenace et de leur appliquer un régime de sanctions ne me choque pas – d’autant que le Conseil d’État considère qu’il n’y a aucune raison de les en exonérer.

La rédaction de l’amendement me paraît souple, juste et équilibrée : il n’y aura pas d’automaticité – le président Latombe a bien insisté sur le mot « peut » – et la sanction sera graduée, selon un calendrier qui restera à déterminer d’ici à la séance – le délai d’une semaine pouvant être perçu comme trop long ou pas assez.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Vous présentez cette proposition comme souple et modérée, mais je ne partage pas votre analyse.

L’idée de la remédiation, en revanche, me semble intéressante. C’est, de toute façon, ce que fera l’Anssi avec les collectivités qui auront failli, puisque la remédiation est l’étape qui suit la constatation d’un défaut de cybersécurité dans une collectivité. Et des acteurs désignés par l’Anssi ou disponibles dans les territoires seront présents pour les accompagner.

Par ailleurs, je ne suis pas favorable à ce qu’un montant figure dans la loi, qu’il s’agisse de 1 centime ou de 10 millions d’euros.

Avec tout le respect que je dois au Conseil d’État, il ne donne qu’un avis. En tant que parlementaires, nous sommes libres de faire la loi en tenant compte ou non de cet avis, qui n’est pas une injonction. En l’occurrence, je ne partage pas son analyse.

Je suis, je le répète, favorable à la remédiation ; l’étape suivante, si les mesures nécessaires n’ont toujours pas été mises en œuvre, est de rendre la situation publique – et je peux vous dire qu’une publication dans le journal Ouest France un lundi matin est aussi terrible qu’une amende de 5 millions d’euros !

Pour toutes ces raisons, et bien que je comprenne la démarche, je reste défavorable à ces amendements identiques.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Si aucun mécanisme de sanctions n’est prévu pour les opérateurs publics, le niveau de cybersécurité pour les données stockées risque d’y être moins bon que chez les opérateurs privés ; cela créerait un fait discriminant – comme entre zones rurales et zones urbaines en raison du seuil de 30 000 habitants.

Je suis d’accord avec Mme Le Hénanff pour trouver délicat le fait d’annoncer, de manière sèche, un montant de sanctions plafonné à 10 millions, sans que l’on puisse fixer une assiette ni faire de différence entre les collectivités, les SEM – sociétés d’économie mixte – ou les agences publiques. Le délai d’une semaine me semble aussi trop court. L’idée d’une sanction réputationnelle par la publication dans la presse est bonne, mais elle n’aura d’effets que sur les élus, tandis que les agences de l’État et les administrations centrales ne seront pas concernées.

Il serait utile de réunir un groupe de travail transpartisan d’ici à l’examen du texte en séance, afin de trouver ensemble une rédaction acceptable – pour l’instant, aucune ne semble bonne.

Mme Marina Ferrari (Dem). Je ne dirai pas mieux.

Certes, il existe déjà des cas dans lesquels les collectivités peuvent se voir infliger des pénalités, comme en matière de logements sociaux en vertu de la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains. Toutefois, les délais sont alors beaucoup plus longs, puisqu’il faut prendre le temps d’évaluer la livraison des opérations, d’établir un constat de carence, etc. Dans le cas présent, le délai d’une semaine pour mettre en place un plan de remédiation me semble bien trop court.

Par ailleurs, le montant de 10 millions d’euros est de nature à affoler les collectivités – même si j’ai bien noté qu’il s’agit d’une simple possibilité donnée à la commission des sanctions. Et pourquoi fixer un montant alors qu’on ne sait pas sur quoi le fonder ?

Je ne soutiendrai donc pas ces amendements. En revanche, je souscris à la proposition d’y travailler ensemble afin de parvenir à une rédaction équilibrée et acceptable pour tout le monde.

Mme Catherine Hervieu (EcoS). L’amendement du président Latombe envoie un signal de défiance aux collectivités, aux élus et aux services. Nul doute que, de toute façon, les collectivités concernées se saisiront du sujet sans attendre la promulgation de la loi ; les cyberattaques dont elles sont victimes sont déjà relayées par les réseaux d’élus, qui ont bien compris la nécessité de contribuer à la sécurité globale du pays.

Les collectivités, rappelons-le, votent des budgets à l’équilibre, mais doivent aussi contribuer à l’effort de redressement des comptes publics ; leur imposer des sanctions financières dans ce contexte, c’est en rajouter encore.

Enfin, les préfets, qui sont en relation avec les élus locaux et les collectivités, seront des relais pour les aider, en cas de difficultés, à appliquer la loi.

Pour toutes ces raisons, nous ne voterons pas ces amendements.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Il se passe des choses dans notre pays, en dehors de ces murs. J’entends ce qui se dit. Je voterai l’amendement de mon collègue président, mais je vais retirer le mien.

Je rebondis sur la proposition de réunir ceux qui, de bonne foi, sont prêts à travailler ensemble. J’entends aussi qu’on puisse avoir des convictions suffisamment fortes pour faire de l’exonération des collectivités un totem ; je ne ferai donc pas perdre de temps à ceux qui ne veulent pas participer à trouver une ligne de crête permettant de répondre à l’avis du Conseil d’État – qui reste un avis. Néanmoins, nous renverrions une bonne image des travaux parlementaires. Par conséquent, si d’aventure l’amendement du président n’était pas adopté, je vous propose de nous retrouver avant l’examen du texte en séance, dont la date n’est pas encore connue, et de travailler ensemble à une rédaction acceptable par tous sur ce point particulier.

L’amendement CS516 est retiré.

La commission rejette l’amendement CS417.

Amendements identiques CS512 de M. Éric Bothorel et CS419 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il s’agit de mettre l’article 37 du projet de loi en cohérence avec le changement de terminologie par rapport à la directive, en permettant à la commission des sanctions mentionnée à l’article L. 1332-15 du code de la défense de statuer sur les manquements des acteurs aux dispositions qui leur sont applicables.

La commission adopte les amendements identiques.

Amendement CS160 de Mme Marina Ferrari

Mme Marina Ferrari (Dem). De même que le texte prévoit le non-cumul des amendes administratives infligées par la Cnil et de celles de la commission des sanctions, cet amendement vise à interdire le cumul des sanctions au titre des directives REC (résilience des entités critiques) et NIS 2.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Je comprends l’intention. Nous avions posé cette question à M. Vincent Strubel, directeur général de l’Anssi, lors de son audition : il a indiqué qu’il n’y aurait pas de cumul des sanctions. C’est pourquoi je vous invite à retirer votre amendement.

L’amendement CS160 est retiré.

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS420 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendements identiques CS513 de M. Éric Bothorel et CS421 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. L’objectif de cet amendement est d’appliquer le règlement européen dit CRA (Cyber Resilience Act), visant à imposer des exigences de cybersécurité aux fournisseurs de produits numériques accessibles sur le marché unique, qui entrera prochainement en vigueur en droit national. Il tire les conséquences des modifications proposées à l’article 26.

La commission adopte les amendements identiques.

Amendements identiques CS514 de M. Éric Bothorel et CS422 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Il s’agit de mettre le texte en conformité avec la directive NIS 2, qui ne conditionne pas l’interdiction d’exercer pour les dirigeants des entités essentielles à la persistance d’un manquement malgré l’imposition d’amendes pécuniaires.

La commission adopte les amendements identiques.

La commission adopte l’article 37 modifié.

Après l’article 37

Amendements identiques CS517 de M. Éric Bothorel et CS423 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Nous souhaitons permettre à l’Anssi d’autoriser les organismes d’évaluation à évaluer la conformité à des exigences de cybersécurité et à délivrer des certificats de conformité en confiant au cas par cas, dans les schémas de certification, l’activité de certification à des organismes d’évaluation de la conformité.

La commission adopte les amendements identiques.

Chapitre IV

Dispositions diverses d’adaptation

Article 38 : (art. 30 et 35 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique) Alléger le contrôle des biens de cryptologie

Amendement de suppression CS424 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. L’article 38 n’a pas pour objet de transposer une disposition de la directive NIS 2. Or on nous explique depuis le début de l’examen du projet de loi qu’il faut s’en tenir au texte de base et ne pas faire de surtransposition ni utiliser ce véhicule pour autre chose.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. C’est vrai que la présence de cet article me place dans une position difficile, puisque j’explique depuis le début qu’il ne faut pas surtransposer et se borner à transposer les stipulations de la directive NIS 2. Je dérogerai néanmoins à cette règle, même si je regrette que cet article, tout comme les articles 41 et 42, ait été inséré dans le titre II du projet de loi alors qu’il ne transpose pas la directive NIS 2 – il eût été préférable de regrouper ces articles dans un titre spécifique.

Cependant, les enjeux de simplification de la procédure d’exportation des biens de cryptologie sont essentiels et il ne me semble pas opportun de supprimer purement et simplement ces articles. C’est pourquoi je suis défavorable à votre amendement.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Ce débat montre qu’il est inconfortable d’examiner un texte en l’absence du gouvernement. Il est néanmoins essentiel que soient maintenus les articles 38, 41 et 42 relatifs au brouillage et aux réseaux. Mieux vaudrait débattre de la suppression de ces articles lors de l’examen en séance, en présence du gouvernement. C’est pourquoi je vous invite à retirer vos amendements ; à défaut, avis défavorable.

M. le président Philippe Latombe. Je le maintiendrai pour la simple et bonne raison que, depuis le début de l’examen du texte, chaque fois que nous proposons d’y intégrer de nouvelles notions – la souveraineté, la dépendance –, on nous répond que ce projet de loi n’est pas le bon véhicule et qu’il ne faut pas mélanger les choses. Or, dans ce cas précis, nous mélangeons les choses. Si nous voulons être cohérents jusqu’au bout, nous devons supprimer les articles 38, 41 et 42 qui n’ont rien à voir avec la directive NIS 2.

La commission rejette l’amendement.

Amendements identiques CS518 de M. Éric Bothorel et CS425 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Ces amendements, essentiellement rédactionnels, visent à améliorer la lisibilité du dispositif pour les destinataires de l’obligation de déclaration des moyens de cryptologie.

La commission adopte les amendements.

Elle adopte l’article 38 modifié.

Article 39 : (articles L. 2321-2-1 et L. 2321-3 du code de la défense, articles L. 33-1, L. 45, L. 45 3, L. 45-4, L. 45-5 et L. 45-8 du code des postes et des communications électroniques, titre Ier de la loi n° 2018-133 du 26 février 2018 portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne dans le domaine de la sécurité [supprimés], articles 1er, 9, 12 et 14 de l’ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives) Abrogation de la transposition de la directive NIS 1 et simplification du cadre réglementaire

La commission adopte successivement les amendements rédactionnels identiques CS519 de M. Éric Bothorel, rapporteur général, et CS426 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure, ainsi que l’amendement rédactionnel CS428 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Amendements identiques CS520 de M. Éric Bothorel et CS427 de Mme Anne Le Hénanff

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Ils visent à assurer la coordination avec l’amendement qui définit les agents agissant pour le compte des bureaux d’enregistrement et supprime en conséquence le renvoi à un décret en Conseil d’État qui devait prévoir cette définition.

La commission adopte les amendements.

Puis elle adopte les amendements de coordination identiques CS521 de M. Éric Bothorel, rapporteur général, et CS429 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Elle adopte l’article 39 modifié.

Article 40 : (article 57 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique, article 24 de la loi n° 2018-133 du 26 février 2018 portant diverses dispositions d’adaptation au droit de l’Union européenne dans le domaine de la sécurité, article 16 de l’ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives) Mesures applicables à l’outre-mer pour les territoires régis par le principe de spécialité législative

La commission adopte successivement les amendements rédactionnels CS430, CS431 et CS432 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Elle adopte l’article 40 modifié.

Chapitre V

Dispositions relatives aux communications électroniques

Article 41 : (article L. 39-1 du code des postes et des communications électroniques) Renforcement des sanctions pénales pour améliorer la lutte contre les brouillages

Amendement de suppression CS433 de M. Philippe Latombe

M. le président Philippe Latombe. Il vise à supprimer cet article, qui n’a pas sa place dans le cadre de la transposition de la directive NIS 2. Comme je l’ai déjà indiqué, l’ajout d’un certain nombre de notions a été écarté au prétexte d’éviter une surtransposition. Or cet article est précisément une mesure de surtransposition.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Cet article n’opère pas de surtransposition de la directive NIS 2 puisqu’il ne relève pas de la directive. En revanche, il est mal placé.

Cet article est utile : la lutte contre les brouillages est indispensable. En effet, ils se multiplient et peuvent avoir des conséquences graves pour la sécurité des individus ainsi que la sûreté d’infrastructures, de services et d’industries stratégiques. Ces risques de brouillage peuvent également concerner les fréquences utilisées par les armées. Protéger le spectre contre les brouillages, c’est assurer la résilience de l’ensemble des services y étant associés. S’il ne concerne pas la cyber-résilience, cet article vise néanmoins à renforcer la résilience de la nation.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. À l’heure où l’agresseur d’un pays voisin utilise ce type de technologie, nous avons besoin de cette disposition pour nous protéger. Il serait maladroit de se passer de ce véhicule. J’insiste pour que cet article soit adopté.

M. le président Philippe Latombe. On nous a expliqué qu’une mesure relative aux sondes avait plutôt sa place dans la LPM. De la même manière, l’article 41 relève davantage de la LPM.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Depuis le début de l’examen du texte, lorsqu’on propose d’ajouter une nouvelle notion liée à la cybersécurité – par exemple la souveraineté ou la commande publique –, on nous explique que cela reviendrait à surtransposer. En outre, lorsqu’on souhaite faire notre travail de législateur en inscrivant des sujets urgents dans ce véhicule, on nous répond que ce n’est pas possible.

Nous ne voterons pas la suppression de cet article car nous sommes favorables au renforcement des sanctions pénales pour lutter contre les brouillages, mais ce sujet n’a rien à faire ici puisqu’il ne relève pas de la directive. Si cet amendement est adopté, comment maintiendrez-vous votre argument de la surtransposition lorsqu’en séance nous débattrons de nouveau des sondes, de la commande publique ou encore de la souveraineté, qui ont un lien direct avec la cybersécurité ? Votre position est décidément inconfortable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Je ne manque pas de souplesse. Je rappelle qu’à l’article 5 bis, plusieurs amendements, adoptés contre l’avis du rapporteur général, ont introduit des mesures techniques ou plus générales qui enrichissent le texte. Or nous discutons d’articles techniques qui portent sur des sujets précis ; ils ne sauraient être placés sur le même plan que l’introduction de concepts non définis tels que l’autonomie stratégique ou la souveraineté. Convenez que nous ne parlons pas des mêmes objets.

S’agissant des sondes, j’ai insisté sur le fait que ce sujet n’était pas clos et que nous devions le travailler de nouveau d’ici à la séance. Ce qui est inconfortable, c’est l’absence de l’exécutif, qui ne peut pas indiquer les raisons pour lesquelles il souhaite particulièrement le maintien de ces articles. Il serait donc raisonnable que nous débattions de cette question en séance, avec le gouvernement. D’ici là, la suppression de ces articles serait maladroite.

La commission rejette l’amendement.

La commission adopte les amendements rédactionnels CS434, CS435, CS436, CS437, CS438 et CS439 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Elle adopte l’article 41 modifié.

Article 42 : (articles L. 97-2 et L. 97-4 du code des postes et des communications électroniques) Renforcement des conditions d’accès à une assignation de fréquences déposée par la France auprès de l’UIT

Amendement de suppression CS440 de M. Philippe Latombe

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Dans un souci de clarification, d’ici à la séance, il pourrait être proposé de créer un titre IV – sans pour autant ouvrir une liste à la Prévert – regroupant les articles 38, 41 et 42, puisqu’ils comportent des éléments absents de la directive NIS 2.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Avis défavorable, pour les raisons évoquées à l’occasion de l’examen des amendements de suppression des articles 38 et 41.

M. le président Philippe Latombe. Il faudra déposer en séance un amendement en ce sens.

La commission rejette l’amendement.

Puis elle adopte les amendements rédactionnels CS441, CS442, CS443, CS444 et CS445 de Mme Anne Le Hénanff, rapporteure.

Elle adopte l’article 42 modifié.

La réunion est suspendue de quinze heures trente à quinze heures trente-cinq.

titre iii

résilience opérationnelle numérique du secteur financier

Chapitre Ier

Dispositions modifiant le code monétaire et financier

Avant l’article 43 A

Amendement CS176 de Mme Sabrina Sebaihi

Mme Sabrina Sebaihi (EcoS). Il vise à créer un comité national d’observation des risques cyber dans le secteur bancaire, financier et assurantiel. L’objectif est de suivre l’évolution des menaces, d’évaluer la mise en œuvre des obligations en matière de cybersécurité et surtout d’éviter que les coûts ne soient injustement répercutés sur les usagers.

Ce comité associerait des représentants des établissements bancaires, financiers et assurantiels, des autorités de régulation, de l’Anssi et des consommateurs, sans coût supplémentaire puisque ses membres siégeraient à titre gratuit.

Il ne s’agit pas d’alourdir le système mais plutôt de renforcer la confiance et la transparence d’un secteur exposé à des risques croissants.

M. Mickaël Bouloux, rapporteur pour le titre III. Je ne suis pas convaincu qu’il soit nécessaire de créer une instance pour s’assurer du respect de la directive NIS 2 et du règlement Dora par les entités financières. C’est le rôle de l’Anssi et des autorités compétentes respectives, notamment l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) et l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Par ailleurs, ce comité ne pourrait garantir l’absence de répercussion des coûts pour les consommateurs.

Je vous invite à retirer votre amendement ; à défaut, avis défavorable.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Même avis.

Je profite de l’occasion pour vous indiquer que sur les 170 amendements adoptés avant la reprise de nos travaux à 14 heures, 16 avaient été déposés le groupe Démocrates, 1 par le groupe socialiste, 1 par le groupe Droite républicaine, 11 par le groupe écologiste, 41 par le groupe EPR, 1 par le groupe GDR, 88 par le groupe Horizons, 9 par le groupe La France insoumise, 1 par le groupe LIOT et 1 par le groupe Rassemblement national. Notre commission travaille bien.

La commission rejette l’amendement.

Article 43 A (nouveau) : (articles L. 141-10 et L. 612-24-1 [nouveaux] du code monétaire et financier) Désignation de la Banque de France et de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution comme autorités compétentes dans le cas où une entité financière est assujettie à plusieurs autorités de supervision

Amendements CS242 de M. Mickaël Bouloux et CS263 de M. Paul Midy, amendements identiques CS109 de M. Philippe Latombe, CS522 de M. Éric Bothorel et CS531 de M. Mickaël Bouloux (discussion commune)

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. L’article 19 du règlement Dora prévoit que les entités financières déclarent à l’une des autorités compétentes visées à l’article 46 les incidents majeurs liés aux technologies de l’information et de la communication (TIC). Elles peuvent également notifier, à titre volontaire, les cybermenaces importantes à l’autorité compétente lorsqu’elles estiment que la menace peut concerner le système financier, les utilisateurs de services ou les clients.

Dans un objectif de simplification, le Sénat a décidé que les déclarations d’incident des entités financières ne seraient plus transmises qu’à la Banque de France, l’ACPR ou l’AMF, selon l’autorité concernée. Or il est nécessaire que l’Anssi soit également destinataire de ces déclarations, notamment en cas de contagion.

Je vous propose de soutenir mon amendement qui permettrait de préserver le rôle primordial de l’Anssi dans la gestion des cybermenaces, y compris de celles affectant les entités financières.

Si cet amendement était adopté, d’une part, il ferait tomber les autres amendements en discussion commune, d’autre part, il permettrait de supprimer l’article 45 bis, qui serait intégré au présent article.

M. Paul Midy (EPR). L’amendement CS263 vise à désigner l’ACPR comme autorité compétente chargée de recevoir les déclarations d’incident et les notifications de cybermenaces de la part des entités financières soumises à la surveillance des autorités compétentes.

Les entités assujetties à NIS 2 devront transmettre ces déclarations à l’Anssi ; il ne s’agira que d’une simple faculté pour les autres entités. En clair, cet amendement vise à préciser le rôle des différents acteurs.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Je retire l’amendement CS522.

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. L’amendement CS531 est un amendement de repli.

Le Sénat a choisi de désigner l’ACPR comme unique destinataire des déclarations d’incident majeur lié aux TIC et des notifications volontaires de cybermenace, en application du règlement Dora. Il ressort des auditions qu’il est absolument nécessaire que l’Anssi soit également destinataire de ces déclarations, comme le prévoit par ailleurs la directive NIS 2, puisque la plupart des entités financières sont des entités importantes ou essentielles.

À la lecture des amendements, je constate que nous sommes tous d’accord sur ce point. Plusieurs amendements – celui de M. Midy et les amendements ultérieurs CS48 et CS161 – prévoient bien l’information de l’Anssi mais n’instaurent pas un guichet unique ou, à tout le moins, un formulaire unique. Les entités financières y sont pourtant attachées au nom de la simplification administrative.

L’amendement CS242 tend simplement à ce que les démarches des entités financières prévues au titre de Dora et de NIS 2 soient accomplies auprès de l’Anssi et de leur autorité de supervision au moyen d’un document unique. C’est aussi ce que propose le président, qui a déposé deux amendements distincts : l’un concernant l’ACPR, l’autre l’AMF à l’article 45 bis. Il me semble que la rédaction de l’amendement CS242 est meilleure puisqu’elle englobe toutes les autorités de supervision ; je vous invite à le voter.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. J’invite le rapporteur et le président à retirer leurs amendements au profit de celui de M. Midy ; à défaut, j’émettrai un avis défavorable.

L’amendement CS242 impose par la loi une modalité purement technique : l’utilisation d’un document unique. Or ce sujet relève du domaine réglementaire.

L’ACPR est l’autorité de référence des entités financières, mais l’amendement fusionne les régimes issus de Dora et de NIS 2 sans en préciser l’articulation, au risque de brouiller les responsabilités et de créer une insécurité juridique.

Par ailleurs, le champ me paraît trop large. La mention de « tout incident ayant un impact important » excède le périmètre financier.

En outre, l’amendement supprime une distinction essentielle que prévoient le règlement Dora et la directive NIS 2 : la notification obligatoire s’imposant aux entités soumises à ces deux réglementations et la notification facultative s’agissant des cybermenaces.

Pour ces raisons, j’émets un avis défavorable sur l’amendement CS242 malgré la qualité du travail accompli.

S’agissant des amendements identiques CS109 et CS531, ils ne couvrent pas les outre-mer. Je vous invite donc à voter l’amendement CS263.

M. Denis Masséglia (EPR). M. le rapporteur pense que son amendement est le mieux rédigé ; nous pensons que c’est le nôtre.

La commission rejette l’amendement CS242.

Elle adopte l’amendement CS263 et l’article 43 A est ainsi rédigé ; en conséquence, les amendements identiques tombent, ainsi que l’amendement CS48.

Après l’article 43 A

L’amendement CS161 de Mme Marina Ferrari est retiré.

Article 43 : (art. L. 314-1 du code monétaire et financier) Modification de la définition des prestataires de services techniques

La commission adopte l’article 43 non modifié.

Article 44 : (art. L. 420-3 du code monétaire et financier) Maintien de la résilience opérationnelle des gestionnaires de plates-formes de négociation

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS243 de M. Mickaël Bouloux, rapporteur.

Elle adopte l’article 44 modifié.

Article 45 : (art. L. 421-4 et L. 421-11 du code monétaire et financier) Gestion du risque lié aux technologies de l’information et de la communication par les entreprises de marché

La commission adopte l’article 45 non modifié.

Article 45 bis (nouveau) : (art. L. 54-10-7 et L. 421-11-1 [nouveau] du code monétaire et financier) Désignation de l’Autorité des marchés financiers comme autorité compétente dans le cas où une entreprise de marché ou un prestataire de services pour crypto-actifs est assujetti à plusieurs autorités de supervision

Amendement de suppression CS244 de M. Mickaël Bouloux

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. Il n’a plus lieu d’être puisque l’amendement CS242 n’a pas été adopté.

L’amendement est retiré.

Amendements identiques CS110 de M. Philippe Latombe, CS523 de M. Éric Bothorel et CS533 de M. Mickaël Bouloux

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. Cet amendement de repli vise à mettre le texte en cohérence avec la disposition adoptée à l’article 43 A.

La commission adopte les amendements et l’article 45 bis est ainsi rédigé.

Après l’article 45 bis

Amendement CS47 de M. Arnaud Saint-Martin

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Nous souhaitons développer le partage d’informations entre les entités financières et les agences chargées de la gestion de leurs incidents de cybersécurité en systématisant également la notification de cybermenaces lorsque celles-ci sont identifiées par les entités financières. Le règlement Dora ne prévoit qu’une notification volontaire ; en la généralisant, on préviendrait d’éventuels incidents avec la détection en amont des principales cybermenaces pesant sur les entités financières.

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. Compte tenu des amendements adoptés aux articles 43 A et 45 bis, celui-ci n’est plus opportun. Je vous invite à le retirer.

L’amendement est retiré.

Article 46 : (art. L. 511-41-1-B du code monétaire et financier) Références aux risques liés aux technologies de l’information et de la communication au sein des dispositifs de gestion des risques des établissements de crédit et des sociétés de financement

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS245 de M. Mickaël Bouloux, rapporteur.

Elle adopte l’article 46 modifié.

Article 47 : (art. L. 511-55 du code monétaire et financier) Référence aux réseaux et systèmes d’information au sein des exigences de contrôle interne des établissements de crédit et des sociétés de financement

La commission adopte l’article 47 non modifié.

Article 48 : (art. L. 521-9 du code monétaire et financier) Obligations des prestataires de services de paiement en matière de gestion du risque lié aux technologies de l’information et de la communication

La commission adopte l’article 48 non modifié.

Article 49 : (art. L. 521-10 du code monétaire et financier) Modification de la liste des prestataires de services de paiement soumis à une obligation de notification des incidents opérationnels ou de sécurité majeur

Amendement CS246 de M. Mickaël Bouloux

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. Amendement rédactionnel.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Il n’est pas tout à fait rédactionnel : remplacer « notification » par « déclaration » n’est pas neutre. L’article 19 du règlement Dora utilise expressément le terme « notification ». Introduire une autre terminologie en droit national risquerait de créer une divergence avec le texte européen, source d’insécurité juridique pour les entités et de difficultés d’interprétation pour les juges et autorités de supervision. Cela nuirait à l’harmonisation recherchée par Dora. Avis défavorable.

L’amendement est retiré.

La commission adopte l’article 49 non modifié.

Article 49 bis (nouveau) : (art. L. 532-50 du code monétaire et financier) Extension de l’application du règlement Dora aux succursales d’entreprises d’investissement de pays tiers

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS247 de M. Mickaël Bouloux, rapporteur.

Elle adopte l’article 49 bis modifié.

Article 50 : (art. L. 533-2 du code monétaire et financier) Référence aux réseaux et systèmes d’information au sein des exigences de contrôle et de sauvegarde des prestataires de service d’investissement

La commission adopte l’article 50 non modifié.

Article 51 : (art. L. 533-10 du code monétaire et financier) Systèmes de technologies de l’information et de la communication et dispositifs de contrôle des prestataires de services d’investissement

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS248 de M. Mickaël Bouloux, rapporteur.

Elle adopte l’article 51 modifié.

Article 52 : (art. L.533-10-4 du code monétaire et financier) Systèmes de contrôle des risques mis en œuvre par les prestataires de services d’investissement autres que les sociétés de gestion de portefeuille qui ont recours à la négociation algorithmique

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS249 de M. Mickaël Bouloux, rapporteur.

Elle adopte l’article 52 modifié.

Article 53 (supprimé) : (art. L.612-24 du code monétaire et financier) Référence aux prestataires informatiques critiques au sein des tiers auxquels l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution peut demander toute information

La commission maintient la suppression de l’article 53.

Article 54 : (art. L. 613-38 du code monétaire et financier) Référence à la résilience opérationnelle numérique au sein des plans préventifs de résolution des établissements de crédit et des sociétés de financement

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS250 de M. Mickaël Bouloux, rapporteur.

Elle adopte l’article 54 modifié.

Article 55 : (art. L. 631-1 du code monétaire et financier) Extension de la liste des autorités habilitées à échanger des informations

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS251 de M. Mickaël Bouloux, rapporteur.

Elle adopte l’article 55 modifié.

Article 56 : (art. L. 712-7, L. 752-10, L.753-10, L. 754-8, L. 761-1, L. 762-3, L. 763-3, L. 764-3, L. 762 4, L. 763 4, L. 764-4, L. 771-1, L. 781-1, L.773-5, L. 774-5, L. 775-5, L. 773-6, L. 774-6, L. 775-6, L. 773-21, L. 774-21, L. 775-15, L. 773-30, L. 774-30, L.775-24, L. 783 2, L. 784 2, L. 785-2, L. 783-4, L. 784-4, L. 785-4, L. 783-13, L. 784-13 et L. 785 -12 du code monétaire et financier) Adaptations pour rendre applicables en outre-mer les modifications du code monétaire et financier prévues par le présent projet de loi

Amendement CS252 de M. Mickaël Bouloux

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. Cet amendement de coordination tient compte de plusieurs modifications du Sénat et corrige des erreurs de référence.

La commission adopte l’amendement.

Elle adopte l’article 56 modifié.

Chapitre II

Dispositions modifiant le code des assurances

Article 57 : (art. L. 354-1 du code des assurances) Nouvelles obligations pour les entreprises d’assurance et de réassurance en matière de gouvernance des risques liés à l’utilisation des systèmes d’information

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS253 de M. Mickaël Bouloux, rapporteur.

Elle adopte l’article 57 modifié.

Article 58 : (art. L. 356-18 du code des assurances) Extension aux groupes d’assurance des nouvelles obligations de gouvernance des risques liés à l’utilisation des systèmes d’information

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS254 de M. Mickaël Bouloux, rapporteur.

Elle adopte l’article 58 modifié.

Article 58 bis (nouveau) : (art. L. 121-8 du code des assurances) Inversion de la charge de la preuve pour les cyberattaques

Amendements identiques CS524 de M. Éric Bothorel et CS255 de M. Mickaël Bouloux

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. Le Sénat a adopté un amendement qui vise à inverser la charge de la preuve vis-à-vis des assurances en cas de cyberattaque, mais la rédaction retenue va à l’encontre de l’objectif recherché car elle prévoit qu’il appartient à l’assureur de prouver qu’un sinistre résulte de la guerre civile, d’émeutes, de mouvements populaires ou d’attaques informatiques précisément lorsque ces risques ne sont pas couverts par le contrat d’assurance.

Je vous propose donc un amendement rédigé en lien avec France Assureurs, l’Anssi et la direction générale du Trésor, qui prévoit qu’en cas de sinistre résultant d’une atteinte à un système de traitement automatisé de données, l’assureur doit prouver qu’il résulte d’une guerre étrangère pour ne pas avoir à l’indemniser puisque les pertes et dommages occasionnés par une guerre étrangère ne sont pas couverts par les polices d’assurance.

M. le président Philippe Latombe. À titre d’information, je vous signale que l’adoption de ces amendements ferait tomber l’amendement CS241 de Mme Sabrina Sebaihi.

La commission adopte les amendements identiques et l’article est ainsi rédigé ; en conséquence, l’amendement CS241 tombe.

Chapitre III

Dispositions modifiant le code de la mutualité

Article 59 : (art. L. 211-12 du code de la mutualité) Nouvelles obligations pour les unions et mutuelles du code de la mutualité en matière de gouvernance des risques liés à l’utilisation des systèmes d’information

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS256 de M. Mickaël Bouloux, rapporteur.

Elle adopte l’article 59 modifié.

Article 60 : (art. L. 212-1 du code de la mutualité) Suppression de dispositions redondantes dans le code de la mutualité

Amendement CS257 de M. Mickaël Bouloux

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. Amendement rédactionnel.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Il est satisfait : le projet de loi initial comporte déjà la modification pertinente. En outre, il mélange des dispositions issues de deux codes distincts – l’article L. 354-1 du code des assurances et l’article L. 212-1 du code de la mutualité –, ce qui rend la rédaction inopérante et juridiquement incohérente. Avis défavorable.

L’amendement est retiré.

La commission adopte l’article 60 non modifié.

Chapitre IV

Dispositions modifiant le code de la sécurité sociale

Article 61 : (art. L. 931 7 du code de la sécurité sociale) Nouvelles obligations pour les institutions de prévoyance et unions du code de la sécurité sociale en matière de gouvernance des risques liés à l’utilisation des systèmes d’information

La commission adopte l’amendement rédactionnel CS258 de M. Mickaël Bouloux, rapporteur.

Elle adopte l’article 61 modifié.

Chapitre V

Dispositions finales

Article 62 A (nouveau) : Absence de double assujettissement à Dora et NIS 2

Amendement CS525 de M. Éric Bothorel

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Il vise à corriger une erreur de référence et à étendre explicitement l’application de l’article aux collectivités ultramarines.

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. Si l’amendement CS242 avait été adopté, celui-ci n’aurait pas été nécessaire mais comme ce n’est pas le cas, j’émets un avis favorable.

La commission adopte l’amendement CS525 ; en conséquence, l’amendement CS259 tombe.

La commission adopte l’article 62 A modifié.

Après l’article 62 A

Amendements CS260 et CS473 de M. Mickaël Bouloux

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. L’amendement CS260 porte sur un sujet qui nous a été signalé lors des auditions et qui avait échappé au Sénat. Le nouveau cadre de gestion oblige les entités financières à prévoir des obligations plus strictes dans la contractualisation avec leurs prestataires de services de TIC. Dès lors, ces derniers pourraient se voir soumettre à des audits pour vérifier la conformité de leurs prestations de services avec les exigences contractuelles de leurs clients, qui sont eux-mêmes soumis au règlement Dora. On peut donc craindre qu’elles aient à communiquer des données sensibles à des cabinets d’audit étrangers, voire qu’elles fassent l’objet d’enquêtes intrusives de leur part, quand bien même ils le feraient pour le compte d’une entité financière française.

Certes, la loi du 26 juillet 1968 relative à la communication de documents et renseignements d’ordre économique, commercial, industriel, financier ou technique à des personnes physiques ou morales étrangères interdit déjà de communiquer des informations de nature à porter atteinte à la souveraineté, à la sécurité, aux intérêts économiques essentiels de la France ou à l’ordre public. Cependant, un système d’agrément, comme proposé dans cet amendement, permettrait d’éviter ces risques et faciliterait le travail des prestataires tiers de services TIC.

C’est pourquoi je propose d’établir une liste d’auditeurs approuvés par une autorité indépendante telle que l’Anssi ou l’ACPR pour réaliser, à la demande des entités financières, les inspections prévues au chapitre V du règlement Dora relatif à la gestion des risques liés aux prestataires tiers de services TIC.

L’amendement CS473, est un amendement de repli. À défaut d’une liste fermée et d’un agrément, il est proposé un référentiel des bonnes pratiques et un annuaire des auditeurs.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Je comprends l’intention de protéger les prestataires français contre les risques d’audits intrusifs conduits par des cabinets étrangers en instaurant un filtre souverain. Cela permettrait aussi de donner de la visibilité aux entités financières sur les acteurs autorisés à réaliser ce type d’audit. Toutefois, votre amendement CS260 pose plusieurs difficultés. Il va au-delà de ce que prévoit Dora et risque donc de constituer une surtransposition, fragilisant la conformité au droit européen. Il introduit une barrière à l’entrée sur le marché des services d’audit TIC avec un risque de distorsion concurrentielle. Il alourdit la mise en œuvre opérationnelle et pourrait restreindre excessivement l’offre disponible pour les entités financières. J’en demande donc le retrait. À défaut, j’émettrais un avis défavorable.

J’ai le même avis sur l’amendement CS473, mais je veux bien participer à des travaux de réflexion visant à en proposer une nouvelle rédaction en séance. Le risque de surtransposition existe aussi pour cet amendement de repli : dans son article 28, le règlement prévoit déjà un cadre détaillé pour la gestion des partenaires TIC, y compris pour les audits, et n’impose pas un tel annuaire national. Même non exclusif, l’annuaire pourrait devenir en pratique une liste fermée et dissuader le recours à d’autres auditeurs, en contradiction avec le droit européen de la concurrence et de la libre prestation de services ; il créerait un risque de distorsion de concurrence. Enfin, le risque de complexité opérationnelle subsiste : les entités financières seraient confrontées à des référentiels nationaux qui viendraient se superposer aux standards européens.

Il me semble que la loi de « blocage » de 1968 protège déjà contre les ingérences étrangères. Il n’est donc pas nécessaire d’aller plus loin dans le droit interne mais encore une fois, je peux m’engager à travailler avec vous sur ce point d’ici à la séance.

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. Je retire l’amendement CS260, mais je maintiens l’amendement CS473.

M. Aurélien Lopez-Liguori (RN). Il est dommage que vous retiriez ce très bon amendement. La direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) a donné l’alerte concernant les cabinets d’audits étrangers – en particulier les Big Four que sont Deloitte, EY, KPMG et PwC – qui sont soumis à l’application extraterritoriale de législations étrangères. Il est arrivé à plusieurs reprises que des entreprises fassent l’objet d’offres publics d’achat (OPA) agressives de la part de concurrentes américaines qui avaient bénéficié d’informations confidentielles fuitant à la suite de tels audits. Il est donc très pertinent de réserver à des entreprises européennes, soumises au droit de l’UE, la possibilité de faire ces audits.

Le rapporteur général redoute que l’amendement crée une distorsion de concurrence. En effet, mais celle-ci va être créée entre acteurs européens et extra-européens, ce qui est une très bonne chose ! Nous sommes des parlementaires français. Créer une distorsion de concurrence vis-à-vis d’acteurs extra-européens ne devrait pas nous poser de problèmes ni susciter en nous ces pudeurs de gazelle.

L’amendement CS260 est retiré.

La commission rejette l’amendement CS473.

Article 62 : Dates d’application des dispositions du titre III

Amendement CS46 de M. René Pilato, amendements identiques CS527 de M. Éric Bothorel et CS261 de M. Mickaël Bouloux, amendement CS262 de M. Mickaël Bouloux (discussion commune)

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Nous souhaitons supprimer le report en 2030 de l’application des dispositions du présent projet de loi pour les sociétés de financement. En France, les sociétés de financement et les établissements de crédit sont soumis aux mêmes règles prudentielles, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays européens. La directive Dora ne s’applique pas explicitement à ces sociétés. Les rapporteurs du texte au Sénat ont prétexté une supposée surtransposition pour repousser l’application de la directive à ces entités à 2030. Il convient toutefois de prendre en compte cette particularité du droit français : les sociétés de financement doivent donc être soumises aux mêmes règles prudentielles que les autres entités financières, et rien ne justifie le report en 2030 de l’application des dispositions du présent projet de loi.

M. Mickaël Bouloux, rapporteur. Mon amendement CS261 prévoit de revenir sur le délai accordé par le Sénat à toutes les sociétés de financement, y compris les plus grandes, pour se mettre en conformité avec les exigences prudentielles propres aux prestataires de services bancaires, édictée par le règlement Dora. Le projet de loi initial prévoyait une entrée en vigueur immédiate pour une dizaine de grandes sociétés de financement, dont la plus sensible est le Crédit Logement, qui se porte garant de prêts immobiliers de particuliers, et une entrée en application différée d’un an pour les sociétés de financement les plus petites, c’est-à-dire la grande majorité du secteur.

Le Sénat a voulu accorder à toutes, même les plus grandes, une entrée en application au 1er janvier 2030. Ce délai semble excessif au regard des enjeux en matière de résilience opérationnelle numérique. Je propose de rétablir un délai différencié : une entrée en vigueur immédiate pour les grandes sociétés de financement, et un report au 17 janvier 2027 – soit un an de plus que ce que prévoyait le projet de loi initial – pour les autres. C’est pourquoi j’émettrai un avis défavorable sur l’amendement CS46 qui ne fait aucune distinction en fonction de la taille des sociétés.

L’amendement de repli CS262 vise à retenir la date du 17 janvier 2027 pour toutes les sociétés de financement, même si je pense qu’il n’y a pas de raison de ne pas imposer une application immédiate aux plus importantes.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Comme le rapporteur, je demande le retrait de l’amendement CS46 au profit des amendements identiques.

L’amendement CS46 est retiré.

La commission adopte les amendements identiques ; en conséquence, l’amendement CS262 tombe.

La commission adopte l’amendement rédactionnel C526 de M. Éric Bothorel, rapporteur général.

Elle adopte l’article 62 modifié.

Après l’article 62

Amendement CS65 de M. René Pilato

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Nous souhaitons que le gouvernement remette au Parlement un rapport annuel sur la mise en œuvre de la stratégie nationale en matière de cybersécurité, qui précise les moyens humains, techniques et financiers mis à sa disposition pour l’exercice de ses missions de contrôle et d’audit. Ce rapport évaluera également les besoins à venir au regard de l’élargissement du périmètre des entités concernées par la présente loi. Il s’agit de s’assurer que les moyens alloués à l’Anssi seront suffisants, ce que ne permet pas ce projet de loi.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. Avis défavorable.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. Même si je ne crois pas souhaitable de demander des rapports trop nombreux, celui-ci pourrait avoir le mérite de mettre en évidence le manque de moyens de l’Anssi. J’y suis assez favorable.

La commission adopte l’amendement.

Amendement CS83 de M. Arnaud Saint-Martin

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Dans leur rapport d’information sur la cyberdéfense, Bastien Lachaud et Alexandra Valetta Ardisson recommandent d’établir une carte des entreprises et des compétences critiques de la base industrielle et technologique de défense (BITD), puis un plan de sécurisation incluant les sous-traitants. En matière cyber, ils invitent à rendre le donneur d’ordres responsable de l’ensemble de la chaîne, afin de garantir une solidarité effective. Souvent, les sous-traitants sont les maillons les plus vulnérables : pour préserver l’ensemble des actifs stratégiques, il est vital de les protéger.

Suivant l’avis de la rapporteure, la commission rejette l’amendement.

Amendement CS107 de M. Arnaud Saint-Martin

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Depuis une dizaine d’années, les satellites en orbite basse prolifèrent. Le spectre électromagnétique est une ressource naturelle rare et limitée, gérée par l’Union internationale des télécommunications (UIT). En France, les opérateurs passent par l’intermédiaire de l’Agence nationale des fréquences (ANFR) pour demander l’attribution d’une fréquence.

L’accélération des projets de mégaconstellation, dont celui de Starlink n’est qu’un exemple, s’accompagne de tentatives d’accaparer les couples spectres-orbites. Des milliers de demandes sont formulées chaque année. L’encombrement de l’orbite basse par les systèmes placés en coexistence forcés pose des problèmes désormais bien connus, en particulier les collisions en chaîne : le syndrome de Kessler soulève la question de la soutenabilité de ces activités.

L’amendement vise à obtenir un rapport relatif à l’allocation des fréquences afin d’établir un bilan des évolutions en cours et de leur incidence sur le développement de nos infrastructures en orbite et sur l’environnement spatial – on accorde beaucoup trop de licences.

Suivant l’avis de la rapporteure, la commission rejette l’amendement.

Amendement CS85 de M. Arnaud Saint-Martin

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Il vise à obtenir un rapport sur l’état du réseau de l’Anssi dans les territoires ultramarins.

Lors des auditions, Alexandre Ventadour, conseiller territorial de Martinique, chargé du numérique et du développement économique pour Régions de France, nous a expliqué que l’accompagnement humain et financier et la résilience face aux attaques constituaient des sujets de grande préoccupation dans toutes les collectivités. Les territoires éloignés de l’Hexagone ne sont pas forcément armés pour résister aux cyberattaques. Il est essentiel d’établir un état des vulnérabilités pour déterminer comment y remédier.

Suivant l’avis de la rapporteure, la commission rejette l’amendement.

Amendement CS63 de M. Arnaud Saint-Martin

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Nous devons impérativement allouer à l’Anssi les moyens suffisants pour faire appliquer les dispositions issues de la transposition de NIS 2. Cet amendement vise à obtenir un rapport établissant ceux qui lui seront nécessaires.

Suivant l’avis de la rapporteure, la commission adopte l’amendement.

Amendement CS77 de M. René Pilato

M. Arnaud Saint-Martin (LFI-NFP). Il vise à obtenir un rapport sur les moyens alloués aux collectivités territoriales pour combattre les menaces cyber.

Un rapport du cabinet de conseil Idate paru en novembre 2024 estime qu’elles devront dépenser 690 millions d’euros par an pour se mettre en conformité avec NIS 2, et 105 millions de plus pour embaucher et former le personnel qualifié.

Tout le monde pourra ainsi prendre conscience de la catastrophe budgétaire que le gouvernement provoque : il dépossède les collectivités de leurs moyens, puis les contraint à adopter des mesures essentielles pour leur cybersécurité, qu’elles ne peuvent plus assurer.

M. Éric Bothorel, rapporteur général. La commission des finances évalue les politiques publiques et contrôle l’action du gouvernement. Elle fait un excellent travail : elle pourra nous éclairer quant à la nécessité de soutenir les collectivités.

Vous êtes libre de parler d’austérité et de condamner la politique de soutien public. Cependant, nous disposons des moyens suffisants pour ne pas solliciter en permanence le gouvernement dans le but d’obtenir des éléments que nous pouvons nous-même établir.

Avis défavorable.

Mme Anne Le Hénanff, rapporteure. J’émets également un avis défavorable. Les collectivités décideront elles-mêmes du montant de l’investissement à consentir pour se mettre en conformité. Il serait difficile d’en décider depuis Paris. Le travail d’évaluation devra être mené, mais localement.

La commission rejette l’amendement.

La commission adopte l’ensemble du projet de loi modifié.

En conséquence, la commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité vous demande d’adopter le projet de loi, adopté par le Sénat, relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité (n° 1112) dans le texte figurant dans le document annexé au présent rapport.

([1]) La composition de cette commission spéciale figure au verso de la présente page.