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Compte rendu — Commission des affaires sociales

Compte rendu de réunion · 02/12/2025 · 26 083 caractères · HTML sur assemblee-nationale.fr

Compte rendu

Commission

des affaires sociales

  1. – Examen, en application de l’article 88 du Règlement, des amendements, en nouvelle lecture, au projet de loi, adopté par le Sénat, de financement de la sécurité sociale pour 2026 (n° 2141) (M. Thibault Bazin, rapporteur général ; M. Hadrien Clouet, Mme Anne Bergantz, Mme Sandrine Runel et M. Gaëtan Dussausaye, rapporteurs) 2
  2. – Examen, en application de l’article 140, alinéa 2, du Règlement, de la recevabilité de la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête visant à lever les incertitudes budgétaires en matière de sécurité sociale (n° 2067) (Mme Joëlle Mélin, rapporteure) 8
  3. – Présences en réunion … 14

Mardi

2 décembre 2025

Séance de 16 heures 30

Compte rendu n° 29

session ordinaire de 2025-2026

Présidence de

M. Frédéric Valletoux, président

La réunion commence à seize heures trente.

(Présidence de M. Frédéric Valletoux, président)

La commission des affaires sociales procède à l’examen, en application de l’article 88 du Règlement, des amendements, en nouvelle lecture, au projet de loi, adopté par le Sénat, de financement de la sécurité sociale pour 2026 (n° 2141) (M. Thibault Bazin, rapporteur général ; M. Hadrien Clouet, Mme Anne Bergantz, Mme Sandrine Runel et M. Gaëtan Dussausaye, rapporteurs).

La commission a accepté les amendements figurant dans le tableau ci-après (*) :

N°N° IdAuteurGroupeArticle
213M. BAZIN ThibaultDR2
862M. BAZIN ThibaultDR3 bis
863M. BAZIN ThibaultDR3 bis
874M. BAZIN ThibaultDR4
989M. BAZIN ThibaultDR4 bis A
864M. BAZIN ThibaultDR4 bis
865M. BAZIN ThibaultDR5
845Mme GALLIARD-MINIER CamilleEPR5
846XMme GALLIARD-MINIER CamilleEPR5
877846M. BAZIN ThibaultDR5
907M. BAZIN ThibaultDR5
866M. BAZIN ThibaultDR5
111Mme ROUSSEAU SandrineEcoS7
867M. BAZIN ThibaultDR8 bis A
868M. BAZIN ThibaultDR8 bis
869M. BAZIN ThibaultDR8 bis
870M. BAZIN ThibaultDR8 bis
871M. BAZIN ThibaultDR8 ter
831M. BAZIN ThibaultDR8 quater
872M. BAZIN ThibaultDR8 quater
850M. BAZIN ThibaultDR9
856M. BAZIN ThibaultDR9
826M. BAZIN ThibaultDR9 ter
760M. DIVE JulienDR9 sexies A
861M. BAZIN ThibaultDR9 sexies B
827M. BAZIN ThibaultDR9 sexies C
1056M. BAZIN ThibaultDR10
1057M. BAZIN ThibaultDR10
256M. BAZIN ThibaultDR10
768XGouvernement10
851768M. BAZIN ThibaultDR10
269M. BAZIN ThibaultDR10
983M. BAZIN ThibaultDR10
249M. BAZIN ThibaultDR10
250M. BAZIN ThibaultDR10 bis A
251M. BAZIN ThibaultDR10 bis A
909M. BAZIN ThibaultDR10 bis B
233XMme PIRÈS BEAUNE ChristineSOC10 bis
332233Mme MÉLIN JoëlleRN10 bis
584233Mme VIDAL AnnieEPR10 bis
214M. BAZIN ThibaultDR11 quater
258M. BAZIN ThibaultDR11 quinquies A
215M. BAZIN ThibaultDR11 quinquies B
252M. BAZIN ThibaultDR11 sexies
253M. BAZIN ThibaultDR11 sexies
254M. BAZIN ThibaultDR11 sexies
260M. BAZIN ThibaultDR11 octies
261M. BAZIN ThibaultDR11 octies
263M. BAZIN ThibaultDR11 octies
886M. BAZIN ThibaultDR12
887M. BAZIN ThibaultDR12
978M. BAZIN ThibaultDR12 quater
888M. BAZIN ThibaultDR12 quinquies
889M. BAZIN ThibaultDR12 quinquies
875M. BAZIN ThibaultDR12 undecies
890M. BAZIN ThibaultDR15
216M. BAZIN ThibaultDR18 ter A
217M. BAZIN ThibaultDR18 ter
883M. BAZIN ThibaultDR18 ter
218M. BAZIN ThibaultDR18 ter
884M. BAZIN ThibaultDR18 ter
219M. BAZIN ThibaultDR18 ter
220M. BAZIN ThibaultDR18 ter
255M. BAZIN ThibaultDR19
449XGouvernement20
929449Mme DUBRÉ-CHIRAT NicoleEPR20
265M. BAZIN ThibaultDR20 sexies
266M. BAZIN ThibaultDR21
817M. BAZIN ThibaultDR21
300M. BAZIN ThibaultDR21
319M. BAZIN ThibaultDR21
321M. BAZIN ThibaultDR21
322M. BAZIN ThibaultDR21
325M. BAZIN ThibaultDR21
326M. BAZIN ThibaultDR21
328M. BAZIN ThibaultDR21
329M. BAZIN ThibaultDR21 bis
330M. BAZIN ThibaultDR21 ter
331M. BAZIN ThibaultDR21 quater
821M. BAZIN ThibaultDR21 septies A
334M. BAZIN ThibaultDR21 septies
335M. BAZIN ThibaultDR21 nonies
337M. BAZIN ThibaultDR24
339M. BAZIN ThibaultDR24
342M. BAZIN ThibaultDR27
836M. BAZIN ThibaultDR28
838M. BAZIN ThibaultDR28
835M. BAZIN ThibaultDR28
221M. BAZIN ThibaultDR28 bis
839M. BAZIN ThibaultDR32
841M. BAZIN ThibaultDR32
842M. BAZIN ThibaultDR32
844M. BAZIN ThibaultDR32
853M. BAZIN ThibaultDR32
857M. BAZIN ThibaultDR32
825M. BAZIN ThibaultDR32
879M. BAZIN ThibaultDR32
885M. BAZIN ThibaultDR33
906M. BAZIN ThibaultDR35 bis
613M. BAZIN ThibaultDR36
624M. BAZIN ThibaultDR36 bis
625M. BAZIN ThibaultDR36 bis
626M. BAZIN ThibaultDR36 bis
627M. BAZIN ThibaultDR36 bis
628M. BAZIN ThibaultDR36 bis
629M. BAZIN ThibaultDR36 bis
630M. BAZIN ThibaultDR36 bis
631M. BAZIN ThibaultDR36 bis
632M. BAZIN ThibaultDR36 bis
633M. BAZIN ThibaultDR36 bis
634M. BAZIN ThibaultDR36 bis
635M. BAZIN ThibaultDR36 bis
636M. BAZIN ThibaultDR36 bis
637M. BAZIN ThibaultDR36 bis
638M. BAZIN ThibaultDR36 bis
639M. BAZIN ThibaultDR36 bis
640M. BAZIN ThibaultDR36 bis
641M. BAZIN ThibaultDR36 bis
614M. BAZIN ThibaultDR37
615M. BAZIN ThibaultDR37 bis
616M. BAZIN ThibaultDR37 bis
912M. BAZIN ThibaultDR39
918M. BAZIN ThibaultDR39
980M. BAZIN ThibaultDR39 ter
920M. BAZIN ThibaultDR40
617M. BAZIN ThibaultDR42
612M. BAZIN ThibaultDR42
618M. BAZIN ThibaultDR42
619M. BAZIN ThibaultDR42
620M. BAZIN ThibaultDR42
621M. BAZIN ThibaultDR42
622M. BAZIN ThibaultDR42
623M. BAZIN ThibaultDR42 bis
642M. BAZIN ThibaultDR42 quinquies
891M. BAZIN ThibaultDR43
230M. POTIER DominiqueSOC43
892M. BAZIN ThibaultDR43
893M. BAZIN ThibaultDR43
431M. POTIER DominiqueSOC43
894M. BAZIN ThibaultDR43
895M. BAZIN ThibaultDR43
896M. BAZIN ThibaultDR43
897M. BAZIN ThibaultDR43
898M. BAZIN ThibaultDR43
1003M. BAZIN ThibaultDR43
899M. BAZIN ThibaultDR43
900M. BAZIN ThibaultDR43
901M. BAZIN ThibaultDR43 bis
902M. BAZIN ThibaultDR43 bis
903M. BAZIN ThibaultDR43 bis
913M. BAZIN ThibaultDR44
914M. BAZIN ThibaultDR44
915M. BAZIN ThibaultDR44
955XGouvernement47
997955M. BAZIN ThibaultDR47
987M. BAZIN ThibaultDR50

(*) Les autres amendements étant considérés comme repoussés.

*

Puis la commission examine, en application de l’article 140, alinéa 2, du Règlement, de la recevabilité de la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête visant à lever les incertitudes budgétaires en matière de sécurité sociale (n° 2067) (Mme Joëlle Mélin, rapporteure).

M. le président Frédéric Valletoux. Lors de la Conférence des présidents du 12 novembre, la présidente du groupe Rassemblement National a indiqué qu’elle souhaitait exercer son droit de tirage pour la création d’une commission d’enquête visant à lever les incertitudes budgétaires en matière de sécurité sociale.

Il revient donc à notre commission, en application de l’article 140, alinéa 2, du Règlement, de vérifier si les conditions requises pour la création de la commission d’enquête sont réunies, sans se prononcer sur son opportunité.

Mme Joëlle Mélin, rapporteure. Mes chers collègues, je suis ravie de vous retrouver pour examiner la proposition de résolution portant sur la création d’une commission d’enquête visant à lever les incertitudes budgétaires en matière de sécurité sociale. Mon groupe a choisi de faire usage de son droit de tirage sur ce sujet essentiel pour nos concitoyens. Dans ce cas de figure, il revient à la commission de se prononcer uniquement sur la recevabilité de la proposition de résolution, qui s’apprécie au regard de trois critères cumulatifs. Je vais m’employer à démontrer que chacun des trois critères est respecté.

Je m’attarderai particulièrement sur la première condition : une commission d’enquête peut être créée « pour recueillir des éléments d’information, soit sur des faits déterminés, soit sur la gestion des services publics ou des entreprises nationales en vue de soumettre leurs conclusions à l’assemblée qui les a créées ». Notre proposition se situe au cœur de cet impératif.

D’une part, bien que les organismes gestionnaires de la sécurité sociale, qui représentent plus de 160 000 agents, relèvent du droit privé, ils exercent une mission de service public. En outre, avec plus de 666 milliards d’euros de dépenses en 2025, la sécurité sociale assure en tout ou partie le financement – et participe de ce fait à la gestion – de nombreux autres services publics tels que l’hôpital, les crèches, ou encore les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Par conséquent, la bonne gestion de la sécurité sociale emporte des conséquences qui excèdent largement son domaine propre.

D’autre part, si la Cour des comptes soulève depuis des années, dans ses rapports sur l’application des lois de financement de la sécurité sociale (LFSS) comme dans ses rapports de certification des comptes de la sécurité sociale, l’existence d’anomalies comptables ou administratives et, plus généralement, d’incertitudes entachant la gestion et les comptes de la sécurité sociale, la commission d’enquête s’intéresserait plus particulièrement à la période courant de 2022 à aujourd’hui. Dans l’exposé sommaire de la proposition de résolution, nous avons pris l’exemple des anomalies et des absences d’éléments probants relevées par la Cour des comptes au titre des cinq branches de la sécurité sociale pour la seule année 2024. Nous nous plaçons ainsi dans le champ de faits déterminés dans une période circonscrite.

Il semble d’autant plus nécessaire de conduire ces investigations que la sécurité sociale, qui fête cette année le quatre-vingtième anniversaire de sa création, a connu des évolutions profondes depuis 1945. Elle apparaît aujourd’hui particulièrement fragilisée : son déficit, rappelons-le, est estimé à 23 milliards d’euros en 2025 et sa dette devrait atteindre 138 milliards en 2026.

La sécurité sociale est malade, pour des raisons en partie connues, qu’il s’agisse de la réduction du poids relatif des cotisations sociales, de la dépendance accrue à la conjoncture économique, du chômage chronique, de la mondialisation non maîtrisée ou encore de la généralisation des aides non contributives. Alors que ces indicateurs se dégradent d’année en année, la gestion et la fiabilité comptable, en ce domaine, ne semblent pas s’améliorer, bien au contraire : elles se dégradent dans l’indifférence générale et à bas bruit. La sécurité sociale meurt et les Français en subissent toujours plus les conséquences.

Pour ces raisons, les trois missions confiées à la commission d’enquête par l’article unique de la proposition de résolution sont nécessaires pour faire toute la lumière sur les défaillances graves que connaît la sécurité sociale et pour proposer toutes les recommandations utiles à leur résolution. En l’occurrence, la proposition de résolution satisfait doublement à la première condition de recevabilité.

La deuxième condition est qu’une commission d’enquête ne peut être créée sur des faits ayant donné lieu à des poursuites judiciaires, et aussi longtemps que ces poursuites sont en cours. Interrogé par la présidente de l’Assemblée nationale, le garde des sceaux a fait savoir qu’il n’y avait pas de procédure en cours susceptible de recouvrir le périmètre de la commission d’enquête envisagée.

Enfin, en vertu de la troisième condition, la commission d’enquête ne doit pas porter sur le même objet qu’une précédente commission d’enquête – ou qu’une mission d’information antérieure lorsqu’elle s’est dotée des pouvoirs d’une commission d’enquête – avant l’expiration d’un délai de douze mois à compter du terme de ses travaux. Or les commissions d’enquête récemment créées n’ont jamais couvert le champ de la présente proposition de résolution. Certaines traitaient certes des enjeux posés à des services publics financés par la sécurité sociale, à l’instar de la commission d’enquête sur les difficultés d’accès aux soins à l’hôpital public, mais aucune n’a eu l’ambition d’analyser le fonctionnement de la sécurité sociale en tant que telle, ses financements et sa gestion, de comprendre les causes de ses dysfonctionnements et de ses anomalies, ou de rechercher les raisons de l’inaction publique en la matière. Il est ainsi manifeste que la troisième condition de recevabilité est satisfaite.

Après avoir porté ces éléments à votre connaissance, j’espère vous avoir convaincus que cette proposition de résolution remplissait les conditions de recevabilité énoncées, de telle sorte que vous pourrez l’adopter avec la certitude que ces futurs travaux, auxquels il vous sera bien sûr loisible de contribuer, seront utiles à l’avenir de la France et des Français.

M. le président Frédéric Valletoux. Nous en venons aux interventions des orateurs des groupes.

M. Thomas Ménagé (RN). Le groupe Rassemblement National utilise son droit de tirage pour créer la présente commission d’enquête sur les comptes de la sécurité sociale. Il faut se rendre compte de la situation dans laquelle nous nous trouvons : depuis 2022, les différents gouvernements macronistes n’ont pas réussi à faire certifier sans réserve les comptes d’une seule branche. Qu’il s’agisse de la maladie, des accidents du travail et maladies professionnelles, de la vieillesse, de l’autonomie, du recouvrement, rien n’est géré ! Pis, les comptes de la branche famille ne sont plus certifiés globalement depuis trois ans parce que, chaque année, des erreurs portant sur un montant de 5 à 6 milliards d’euros sont constatées.

Depuis sept ans, les macronistes se sont trompés sur tout – nous l’avons encore constaté récemment avec l’évaluation des recettes fiscales. Mais, à chaque fois, tout va bien, madame la marquise : on continue sans se poser la moindre question. Difficile, donc, d’interroger les Mozart de la finance et les sachants que vous croyez être, chers collègues macronistes, pour savoir ce qu’il s’est passé et où vous avez échoué.

Vous ne vous contentez pas de faire de mauvais choix budgétaires : vous êtes incapables de tenir le budget que vous faites voter ou que vous imposez par le 49.3. Chaque année, le Rassemblement national, notamment par la voix de notre rapporteure, Joëlle Mélin, vous alerte sur le dérapage des comptes sociaux mais, malheureusement, tout continue comme avant.

Contrairement à vous, les Français se posent beaucoup de questions. Ils aimeraient bien savoir où va l’argent, fruit de leur travail, qu’ils versent chaque mois ; ils ont le sentiment qu’il disparaît dans le tonneau des Danaïdes de la mauvaise gestion. Il faut garder à l’esprit qu’à chaque fois qu’une erreur est commise, quelqu’un passe à la caisse. Malheureusement, avec vous – on le constate également dans le cadre des débats sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) et sur le projet de loi de finances –, ce sont toujours les mêmes qui trinquent : les Français honnêtes, qui bossent – et qui n’en peuvent plus, parce qu’ils n’arrivent plus à boucler leurs fins de mois. Nous le vérifierons encore dans quelques heures, en séance, quand nous débattrons de la proposition consistant à augmenter la contribution sociale généralisée sur les revenus du capital, c’est-à-dire sur l’épargne des Français.

Nous souhaitons que la commission d’enquête audite les finances afin de révéler les causes du grand dérapage des comptes sociaux. Pour être très clair, nous voulons savoir où va chaque euro provenant de la poche des Français. C’est ce que nous essaierons de faire, avec notre rapporteure, dans le cadre de cette commission d’enquête.

Mme Annie Vidal (EPR). Nous examinons la proposition de résolution du groupe Rassemblement National visant à créer une commission d’enquête sur les incertitudes budgétaires en matière de sécurité sociale. Fidèles à notre méthode, nous nous y investirons pleinement parce que la sécurité sociale concerne la vie quotidienne des Français, leurs soins, leur retraite, leur protection. Nous serons au rendez-vous avec rigueur et esprit de responsabilité, animés par la volonté de proposer et non pas seulement de dénoncer.

Avec un déficit estimé à 23 milliards d’euros pour 2025 et une dette de près de 138 milliards en 2026, la sécurité sociale, qui fête ses 80 ans, traverse une crise profonde aux causes multiples : chômage persistant, mondialisation, baisse du poids des cotisations et explosion des aides non contributives, à quoi s’ajoute une gouvernance qui peine à s’adapter. Dans ce contexte, il est essentiel de mener des investigations sérieuses car l’affaiblissement silencieux de notre modèle social a des conséquences directes pour tous les Français.

Toutefois, si nous connaissons des incertitudes budgétaires, celles et ceux qui refusent de doter la sécurité sociale d’un budget en sont les premiers responsables. Or qui s’est opposé à l’adoption d’un PLFSS depuis le début de la législature, si ce n’est le groupe Rassemblement National ? Il y a là une contradiction politique majeure. On ne peut pas, d’un côté, déplorer le manque de visibilité sur les comptes sociaux et, de l’autre, refuser le vote du texte qui fixe ces comptes et supprimer les articles qui visent à instaurer une plus grande transparence.

Pour garantir la pérennité de notre modèle social, il faut cesser de s’abriter derrière de grands mots pour fuir les grands choix. Nous le disons donc clairement : la première condition à remplir, pour parvenir à la transparence budgétaire, est d’assumer un PLFSS de compromis pour 2026.

M. Thibault Bazin (DR). La Cour des comptes a refusé de certifier les comptes de la Caisse nationale des allocations familiales et de la branche famille en 2022, 2023 et 2024, et ne certifie les autres branches qu’avec réserve. Elle souligne « des dérives continues dans l’exécution de l’objectif national de dépenses d’assurance maladie », marquées par des écarts croissants entre prévision et réalisation. Elle met également en exergue des erreurs persistantes dans le calcul des prestations et identifie un risque résiduel portant sur un montant compris entre 5,4 et 7,2 milliards d’euros, sans que l’on sache s’il s’agit d’erreurs en faveur ou au détriment des allocataires.

Nous avons aussi été marqués par l’erreur de prévision de la direction de la sécurité sociale l’an dernier concernant le niveau des remises par les entreprises pharmaceutiques. On parle d’une erreur de prévision de 1,2 milliard d’euros, que nous avons essayé de comprendre dans le cadre de la mission de la Mission d’évaluation et de contrôle des lois de financement de la sécurité sociale – en vain.

La sécurité sociale est un pilier de notre pacte national, mais un pilier fragilisé nécessite transparence, rigueur et vision de long terme : c’est ce qui peut manquer, parfois, aujourd’hui. Les travaux de la commission d’enquête que vous proposez d’instituer pourraient y contribuer. Il nous faut y voir plus clair.

Notre groupe est convaincu qu’il faudra aussi mener des réformes structurantes pour assurer une véritable trajectoire de redressement. Deux leviers pourraient être actionnés à cette fin : d’une part, l’introduction de la pluriannualité, afin de sortir de la gestion à courte vue, d’autre part, la révision du cadre organique des lois de financement, qui nous enferme trop souvent dans un choix binaire – taxer plus ou couper plus. Une commission d’enquête sur les incertitudes budgétaires et la gestion interne de la sécurité sociale constituerait un troisième levier : celui du contrôle.

Par manque d’information et parce qu’il est, en quelque sorte, concurrencé par le Printemps social de l’évaluation, le projet de loi d’approbation des comptes de la sécurité sociale ne se concentre généralement que trop peu sur les enjeux de la certification, au profit de l’évaluation.

Les trois critères de recevabilité de votre demande me paraissent satisfaits. Votre travail pourrait contribuer à rétablir la confiance ; nous sommes prêts à nous y investir.

M. le président Frédéric Valletoux. Nous en venons aux questions des autres députés.

M. Michel Lauzzana (EPR). Pouvons-nous espérer, madame Mélin, que la commission d’enquête mènera ses travaux de façon objective ? Quand on entend les propos de M. Ménagé, entièrement à charge, il semblerait que la messe soit dite ! On peut craindre, dès lors, que la commission cherche moins à peser le pour et le contre qu’à polémiquer.

Pour ma part, je suis très intéressé par le budget de la sécurité sociale et ses dérives. Une commission d’enquête devrait avoir pour objectif d’apporter des pistes d’amélioration. Même si je ne doute pas de votre bonne foi, madame Mélin, la vision défendue par votre groupe m’inquiète fortement car elle ne se concentre que sur des éléments négatifs. Vous me rétorquerez sûrement que ce n’est pas vrai, mais je persiste à m’interroger.

M. Christophe Bentz (RN). Thomas Ménagé est intervenu pour exposer la position politique de notre groupe. On peut parfaitement s’opposer au PLFSS, dénoncer les dérapages et les insincérités budgétaires, tout en enquêtant de manière objective. La commission d’enquête aura pour vocation de mener des auditions et de fournir un travail de fond, technique : soyez assurés que Mme Mélin le fera avec beaucoup de talent.

Mme la rapporteure. En ce qui me concerne, j’aurai vraiment plaisir à travailler avec vous sur ce sujet fondamental dont vous avez parfaitement exposé les enjeux.

Pourquoi cette commission d’enquête ? Ayant lu, depuis 1997, à la suite des ordonnances Juppé, tous les rapports d’application des LFSS dans le cadre de mes anciennes fonctions professionnelles, j’ai toujours été stupéfaite que l’on nous dise que l’on ne peut pas soigner telle pathologie ou rembourser tel soin, alors qu’il existe, par ailleurs, tant d’anomalies.

En 2005, l’apparition des rapports de certification des comptes, à la demande de M. Séguin, a constitué une évolution majeure. Et quand, il y a un an ou deux, nous avons présenté les rapports de certification sous la forme de tableaux fiscaux, ça a claqué à la figure ! On constate d’importants dysfonctionnements au niveau des caisses. Dans le système tripartite conventionnel, on demande beaucoup aux patients et aux professionnels de santé mais peu aux caisses. Celles-ci vont devoir dire exactement comment elles reçoivent l’argent et comment celui-ci est géré, combien revient au patient, quels sont les moyens humains et techniques dont elles disposent et pourquoi, chaque année, la Cour des comptes aboutit à de telles conclusions dans ses rapports de certification.

Madame Vidal, je ne vois pas tellement le lien entre le vote du PLFSS et l’objet de la commission d’enquête – nous aurons l’occasion d’en débattre, avec rigueur, compréhension et cordialité.

Monsieur Lauzzana, j’ai été pendant trente ans expert judiciaire et, à ce titre, je me devais d’être totalement neutre. Il est loisible à mon collègue Thomas Ménagé de s’exprimer, au nom du groupe, avec une certaine vivacité ; pour ma part, je tiens à vous assurer que la commission d’enquête travaillera avec une neutralité absolue. C’est sa raison d’être et la condition de son succès.

Il existe trop d’incertitudes, dans de nombreux domaines – vous remarquerez que l’intitulé de la commission d’enquête est très soft puisqu’il n’évoque que des incertitudes. Je ne sais pas si celles-ci sont structurelles, fonctionnelles ou liées à une cause précise. Il est possible que nous identifiions des responsabilités et que nous parvenions à revenir sur des anomalies gravissimes.

Pour chacune des branches et pour le recouvrement, la Cour des comptes a identifié entre dix et quinze éléments non probants, tous plus graves les uns que les autres, et a formulé deux à trois recommandations de fond. La Cour dit qu’elle s’est heurtée à des limites dans son audit : il faut savoir pourquoi. Nous devrons certainement interroger la sixième chambre pour savoir sur quoi elle a buté dans son enquête. Votre collaboration et la courtoisie qui préside généralement à nos échanges permettront d’avancer sur ce sujet qui intéressera tout le monde.

Lorsqu’en séance publique, j’ai fait savoir, au nom de mon groupe, que nous avions utilisé notre droit de tirage pour demander la création de cette commission d’enquête, j’ai vu plusieurs visages approbateurs, parmi lesquels ceux de Mme la ministre de la santé et de Mme la ministre des comptes publics. J’ose espérer que nos travaux permettront d’apporter des réponses à leurs attentes. Soyez assurés, chers collègues, de ma volonté d’établir un rapport de fond, d’une neutralité totale. Il y va de la survie de la sécurité sociale.

M. le président Frédéric Valletoux. J’abonde dans le sens de Mme Vidal : nous savons tous qu’avec vous, le travail sera sérieux et approfondi. Nous ferons en sorte d’accomplir un travail collectif sur ce sujet majeur.

Je crois donc qu’il y a un accord au sein de notre commission pour constater que les conditions requises pour la création d’une commission d’enquête sont réunies. En l’absence d’objection, c’est avec une certaine forme d’impatience, voire de gourmandise, que nous attendons le début de ces travaux.

En application de l’article 140, alinéa 2, du Règlement, la commission constate que sont réunies les conditions requises pour la création de la commission d’enquête visant à lever les incertitudes budgétaires en matière de sécurité sociale.

La réunion s’achève à seize heures cinquante-cinq.

Présences en réunion

Présents. – M. Thibault Bazin, M. Christophe Bentz, Mme Anne Bergantz, Mme Sandra Delannoy, Mme Stella Dupont, M. Michel Lauzzana, M. René Lioret, Mme Christine Loir, Mme Joëlle Mélin, M. Thomas Ménagé, M. Jean-François Rousset, M. Frédéric Valletoux, Mme Annie Vidal

Excusés. – Mme Anchya Bamana, Mme Béatrice Bellay, M. Elie Califer, M. Paul Christophe, M. Gaëtan Dussausaye, Mme Karine Lebon, M. Jean-Philippe Nilor, M. Sébastien Peytavie, M. Jean-Hugues Ratenon